Au naturel, l’Acteur est
séduisant. Son œil clair enjôle son interlocuteur éventuel mais le regard est
franc, direct.Un de ceux qui ne tourne
pas autour du pot. L’homme a joué dans 60 films, des premiers et des seconds
rôles, mais jamais en y étant insignifiant. On ne le trouve pourtant pas beau
d’emblée comme un Alain Delon dont il est une anamorphose plus virile.
Jack Nicholson a grandi pourtant
dans une ambiance familiale incertaine quand il croyait encore que sa mère
était sa sœur…Elevé donc par ses grands-parents, il file tout seul en voiture à
18 ans jusqu’à Hollywood où il devient garçon de course pour la
Metro-Goldwyn-Mayer, une entreprise bien connue de Cinéma et Télévision.
S’enchainent alors des petits boulots, comme second rôle, scénariste,
producteur et aussi sa rencontre avec Roger Corman, qui débouchera sur « La
Petite Boutique des Horreurs » en 1960.
Il lui faudra attendre
néanmoins jusqu’à la fin des années 60 pour y trouver le film qui va le
lancer : Ce sera Easy Rider, en 1969, de Dennis Hopper et avec Peter
Fonda. C’est aussi sa première nomination aux Oscars (Second rôle). Vont
s’ensuivre, principalement :
1970 Cinq Pièces faciles
(Bob Rafelson) 1ère nomination aux Oscars (meilleur acteur) 1972 The
King of Marvin Gardens (Rafelson) 1973
La Dernière Corvée (Hal Ashby) 1974 Chinatown (Roman Polanski) avec Faye
Dunaway 1975 Profession : Reporter (Antonioni).
Première consécration en 1975
avec Vol au-dessus d’un Nid de Coucou (Milos Forman) Il remporte l’Oscar et
c’est un succès mondial, produit par le jeune Michaël Douglas. Avec Louise
Fletcher, Danny De Vito, Christopher Lloyd, Brad Dourif…
S’ensuivront : 1976
Missouri Breaks (Arthur Penn) avec Marlon Brando 1976 Le Dernier Nabab (Elia
Kazan) avec Robert de Niro. Autre apogée Cinéma : 1980 Shining (Stanley Kubrick)
d’après un livre de Stephen King et avec Shelley Duvall. Son meilleur rôle en
fait mais si emblématique qu’il n’est même pas nommé aux Oscars, l’effet
anti-Kubrick sans doute. Puis ce seront :
Le mythique « Facteur
sonne toujours Deux fois » en 1981 (Rafelson) avec Jessica Lange. Célèbre
scène de tournage enfarinée sur la table de la cuisine où les deux acteurs
oublièrent qu’ils tournaient !
1981 Reds (Warren Beatty) avec Diane Keaton et Warren
Beatty. Il
joue en second rôle l’écrivain Eugène O’Neill. 1983 Tendres Passions (JL
Brooks) Avec Robert Duvall. Oscar du Second rôle 1985 L’Honneur des Prizzi
(John Huston) Avec Angelica Huston, l’amour de sa vie…
1987 Les Sorcières
d’Eastwick (George Miller, celui de Mad Max) avec Cher, Susan Sarandon,
Michelle Pfeiffer. Un rôle de fou diabolique comme il les adore 1987 Ironweed
(Babenco) un clochard, avec Meryl Streep 1989 Batman (Tim Burton) Il incarne
pour la première fois le « Joker », ce qui donnera des idées à
Joachim Phoenix 1990 The Two Jakes (Nicholson) la suite du personnage de
détective de Chinatown, qu’il réalise lui-même.
Puis en vrac et entre
autres : 1992 Des Hommes d’honneur (Reiner) 1994 Wolf (Mike Nichols) avec
Michelle Pfeiffer 1995 Crossing Guard (Sean Penn) avec Angelica Huston
(toujours) 1996 Mars Attacks (Burton) il joue le président des USA ! Et
enfin, 1997 Pour le Pire et pour le Meilleur (James L. Brooks) son 2ème Oscar du meilleur Acteur/ avec
Helen Hunt et Greg Kinnear.
Là, il fait une pause de
plusieurs années pour revenir en 2001 avec The Pledge (Sean Penn). Une sorte de
tour d’honneur avec en 2003 Monsieur Schmidt (Payne) dernière nomination à
l’Oscar 2003 Tout peut arriver (Nancy Meyers) avec Diane Keaton, autre grand
amour 2006 Les Infiltrés (Scorcese) un de ces rôles décalés qu’on adore !
Dernier tour de piste en
2010 avec « Tout peut arriver », et la nouvelle génération :
Reese Witherspoon, Paul Ruud, Owen Wilson…On ne revit plus Jack Nicholson sur
un plateau de Cinéma. La rumeur dit qu’il a été aperçu à la sortie d’un matche
de base ball avec son fils mais aussi qu’il était atteint de démence sénile…Sa
dernière folie, en quelque sorte ♥
Jack Rackham
J’ai toujours adoré Jack
Nicholson, même dans Tommy ou Reds. Il avait l’air de monsieur tout le monde,
avec beaucoup de gentillesse mélangée à un grain de folie…
En observant le monde par ma
lorgnette, j’y ai découvert parfois de drôles de choses. Par exemple un
monsieur en blouse blanche faisant des expériences sur d’autres êtres humains.
Pour étudier leur comportement, leurs réactions, voire leurs pensées profondes…
Un monsieur Milgram,
psychologue social reconnu, a inventé en 1963 un système d’étude du
comportement humain, via des tests de réaction à une situation. Il s’agissait
d’étudier sur un nombre de spécimens, de personnes en fait, leur choix
d’obéissance à un ordre donné.
Voilà comment s’établissait
le lien :
Recrutés par petites
annonces au prétexte d’une expérience scientifique sur l’apprentissage, et
moyennant un petit défraiement bien sûr, les participants sont issus de tous
âges et tous milieux, et conviés dans un lieu officiel, une université.
Cela nécessite une mise en
scène présentée ainsi : Un élève, un professeur et un expérimentateur
doivent se retrouver dans une pièce pour jouer un jeu de questions sur des mots
qu’ils doivent mémoriser. Le professeur pose des questions à l’élève qui est
derrière une vitre, assis sur une chaise reliée à des fils électriques. Ce qui
suscite l’imagination…En cas de mauvaise réponse de l’élève, une punition lui est
donnée. Sous forme de décharge électrique. Qui sera augmentée en cas de cumul
des mauvaises réponses. Le tout sur la supervision de l’expérimentateur, seul
détenteur de l’autorité.
Bien sûr, l’élève et
l’expérimentateur sont des comédiens et seul le professeur est le vrai sujet de
l’expérience. Un tirage au sort (faussé) avait été fait antérieurement pour
faire croire au hasard des rôles et d’ailleurs une petite décharge de 45 volts
lui avait été faite au début, pour prouver la véracité des décharges.
Au fur et à mesure du jeu,
les décharges électriques vont augmenter(forcément) et le professeur sera
soumis à des dilemmes successifs :
Suis-je obligé
d’obéir ?
Est-ce ma
responsabilité ?
Quand puis-je arrêter ?
Le comédien jouant l’élève
simule bien sûr les décharges progressives jusqu’à ne plus bouger…et le
professeur se sent lui persuadé d’une mission éducative qu’il doit mener à
bien. C’est-à-dire, faire mémoriser tous ces mots à l’élève !
Un film, « I comme Icare », a mimé
cette expérience et cela vaut bien des analyses et discours.
Sachant que la décharge
maximale possible était de 450 volts, le record détenu par un des
« professeurs » fut de 405 volts, sinon 150-250 volts furent les
moyennes atteintes par leur majorité.
Si la soumission à
l’autorité est la principale cause de ces obéissances, on peut noter surtout
cette notion de désengagement quand l’expérimentateur a assèné :
« J’en prends toute la
responsabilité ! »
Alors, là…
Prochainement, je vous
parlerais du Syndrome de Stockholm ou d’ autres villes de ce beau monde où nous
habitons ^^
Jack Rackham ♥
Photo : Film "Docteur Jerry and Mister Love" (Jerry Lewis/Stella Stevens)
La dentellière, c’est
d’abord un livre. De Pascal Lainé. Sorti en 1974, il reçoit à l’automne le
célèbre Prix Goncourt…Quelques années plus tard,Claude Goretta en fait un film. Il sort en
1977. C’est un franc succès et consacre l’actrice Isabelle Huppert pour son
rôle-titre.
Me balançant dans mon vieux
hamac, je me souviens d’avoir vu ce film durant mes jeunes années. Les mouettes
peuvent ricaner mais j’en ai tiré des leçons, un sacré bon film mouais…
C’est l’histoire d’une jeune
fille, Béatrice, réservée, silencieuse, qui travaille dans un salon de
coiffure. Sa vie, elle la voit simplement, modeste comme ses origines et cela
lui va bien. Elle ne fait jamais de vague et fait ce qu’on lui dit, du mieux
qu’elle peut. Un jour, sa patronne l’emmène en vacances en bord de mer et elle
y rencontre François, un étudiant brillant, un fils de famille…
Elle lui plait, ils s’aiment
et il lui présente ses amis, sa famille. Elle, est toujours silencieuse, sage
comme une image et ils ont décidé de vivre ensemble. Béatrice n’est pas de son
milieu, ses amis ne comprennent pas ce qu’il lui trouve mais c’est comme ça.
Elle le prend comme il est, sans rien dire.
Des différences se creusent
entre eux, peu à peu. Différences de culture, d’ambition, de mode de vie, tout
les sépare en fait. François décide de la quitter et brise leur amour. Elle ne
bronche apparemment pas mais subit cette rupture si fort qu’elle l’envoie en hôpital psychiatrique.
Quelques mois plus tard, François revientla voir mais rien n’y fait, elle se
renferme sur elle-même, toujours silencieuse. Elle arrive au quotidien à
surmonter ce désamour en s’adonnant à la dentelle. Comme ces dentellières de
jadis, concentrant toute leur énergie et patience sur leur ouvrage. Comme pour
oublier un amour perdu ?
Je tire un peu sur ma vieille pipe, envoyant une bouffée de
volutes vers les mouettes toussantes, me laissant aussi le temps de réfléchir…
Je pense en ce moment, à une jeune moussaillonne de mes
amours, rencontrée sur le net. Rien n’avait pu nous séparer, les amis, la
famille, les préjugés, nos cultures et nos habitudes. D’ailleurs, nous sommes
toujours ensemble, qui sait…^^
Hum… Rien ne peut séparer des amours qui s’aiment quand ils
ne le veulentpas. Ou alors c’est que
leur amour n’est pas si fort, ou qu’il n’est pas réciproque, et à ce moment-là,
cela n’a plus d’importance. Non ?
Plein de besos ♥
Jack Rackham
PS : Attention aux
pervers narcississiques qui rôdent sur les Goëlettes…Méfi, mes moussaillonnes !
C’étaient des humoristes anglais (principalement) qui ont sévi
depuis la fin des années 60 à la télévision puis au Cinéma. Leur humour, du Burlesque absurde particulièrement corrosif et décalé, a eu un succès mondial et est même devenu
une référence par-delà les époques. Graham Chapman (1989) et Terry Jones (2010)
ayant disparu, il reste John Cleese, Eric Idle, Michaël Palin et enfin Terry
Gilliam pour poursuivre leurs créations respectives.
Terry
Gilliam était d’ailleurs le seul américain de la troupe, mais frère d’armes
sans pareil pour pratiquer cet humour labelisé Monty Python’s, fils prodigue de
cet humour anglais original. Au cours de sa longue carrière, il réalise 13
longs métrages pour le Cinéma :
Sacré Graal (75), Jabberwocky
(77), Bandits bandits (81), Brazil (85), Les Aventures du Baron de Munchausen
(88), The Fisher King (91), L’Armée des 12 Singes (95), Las Végas Parano (98), Les Frères Grimm (05),
Tideland (05), L’Imaginarium du Dr Parnassus (09), Zéro Théorem (13), puis L’Homme qui tua Don
Quichotte (18) …
Son premier film, Sacré Graal,
était directement une production Monty Python’s, co-réalisé avec Terry Jones.
Brazil, son film majeur, est devenu depuis un classique du Cinéma. Les 12
Singes et Dr Parnassus confirmèrent son appartenance au gratin des grands
réalisateurs. Mais Gilliam, c’est avant tout un vrai pirate de la création, un
touche-à-tout, un scénariste-dialoguiste, un artiste-dessinateur, un
maquettiste-décorateur, et aussi évidemment un acteur… Wow !
Il a bien sûr participé aux
autres films des MP : La Première Folie des MP ou Pataquesse (71-remake
de morceaux choisis du TV Flying
Circus), La Vie de Brian (79), Les MP à Hollywood (82), et Le Sens de la Vie
(83). Ce dernier film, Terry Gilliam en
réalisa seul, le prologue : Un court-métrage intitulé The Crimson Permanent
Assurance. Un chef-d’œuvre !
Ah oui : Terry prépare un
nouveau film, son dernier, peut-être.
Le Carnaval de la Fin du Jour.
Tout un programme…
Jack Rackham
Photo du haut : Terry Gilliam. Vidéo du bas : Brazil (film)
Allongée dans un grand lit de draps mauves surplombé de
baldaquins éparpillés aux motifs identiques néanmoins,je me prélassais les yeux fermés bercée
encore des belles histoires d’hommes et de Dieux racontées par mon bel ami
pirate, le sieur Jack Rackham. Le sacripant avait éveillé en moi des désirs
inconnus, voire inassouvis, provoquant des tremblements et des gestes
compulsifs dans tout mon corps.
Je fermais plus fort les yeux encore pour ressusciter en moi
cette histoire de géant extraordinaire, m’imaginant en sa présence et
m’autorisant les choses les plus folles…
Cette statue avait été érigée en hommage à Hélios, Dieu du
Soleil, suite à un siège de Rhodes parles
légions de Démétrius 1er, vers 305 avant JC. Plantée devant la ville
d’une hauteur de plus de 30 mètres, elle symbolisait la résistance des Rhodiens
incitant tout envahisseur à ne pas recommencer. Le bronze avait été coulé vers
292 avant JC, initié par Charles de Lindos, ingénieur bâtisseur.
Emoustillée par ce colosse impressionnant, il me prit l’envie
de lancer un sortilège pour agrémenter un peu la soirée de ma condition de sorcière
et femme mature célibataire.
J’avais la peau encore douce, les seins bien galbés et tout
ce qu’il fallait pour séduire un grand bellâtre planté là depuis longtemps et
désirant de la compagnie. Mes doigts glissèrent alors de mes pâtes d’oie pleines de charme aux feuilles magiques de mon grimoire. Un grand éclair blanc zébra le
ciel puis le sol sembla vibrer, comme animé d’un nouvel arrivant de plusieurs
tonnes…
Je sortis me rendre compte par moi-même du maléfice accompli
puis je vis la statue géante plantée au dessus de moi, dont le pagne ne recouvrait
pas vraiment les attributs.
Je dus lui faire de l’effet, car il me rappela soudain un
vieil ami pompier doté d’une belle lance à incendie. Ni une, ni deux, d’un
claquement de doigts je modifiais le sortilège pour rendre le loustic à mes
humaines proportions puis je me lançais à l’assaut de la sixième merveille du
monde, prêt à combler toute l’étendue et la profondeur de ma féminité…
Pour Jack Rackham, Claudia l’ensorceleuse ♥
Ci-joint, affiche du film de Sergio Léone (1961) Le Colosse de Rhodes.
Ils sont là presque pliés en deux, priant pour la prospérité
de leur semence, pour la protection de leur récolte à venir contre le gel et
tous les éléments qui pourraient contrarier leur dessein. Celui du Bon Dieu
aussi, à travers ses serviteurs. Ils savent pourtant que l’entreprise est
périlleuse, que chaque année et saison demande bonne chance et hasard du temps.
Les oiseaux aussi, les voleurs de récolte, les passants, tout peut réduire à
néant ce tavail de Titan.
Ils se sont rencontrés par hasard, unissant un jour leur regard
et leurs efforts. Ils se croyaient seuls au monde à vivre leur vie et leurs
soucis. L’Amour était là pourtant, prêt à surgir de la terre et de leur sang.
Cela rappelle une belle histoire, une de celles qu’il y a dans les films. Ceux
aux images incertaines qui datent de la nuit des temps…
« Il était une fois un petit village, un de ceux dont on
aurait pu oublier le nom. La vie s’y était réduite à sa plus simple expression,
ne laissant entre ses ruines que trois spécimens de l’humanité : Un vieux
forgeron, une mamée veuve et un chasseur.
Le forgeron, déjà à la retraite, devait bien se résoudre à
rejoindre la maison de son fils et sa belle-fille, n’étant plus capable de
rester seul et de s’occuper de lui-même. Le chasseur l’aide à porter sa
dernière charrue, mais la mamée se met en colère, et va dans la plaine se
mettre en quête d’une femme pour le chasseur, encore jeune et gaillard. Elle s’imagine
que si le chasseur prend une femme, le village pourra repartir et renaitre de
ses cendres…
Un peu plus loin dans la campagne environnante, un rémouleur itinérant discute avec un garde-champêtre au sujet d’une fille de troupe de théâtre,
abandonnée par son amoureux et patron, et livrée par son chagrin à une bande de
charbonniers sans scrupule. Imaginant le pire, le rémouleur la prend en charge,
faisant d’elle néanmoins son larbin jusqu’à rejoindre les abords du petit
village, guidés un peu par la magie de la vieille mamée, opiniâtre. Le chasseur est là qui se baigne...Les deux commencent
à se plaire et la fille décide de fausser compagnie au rémouleur manipulateur.
Cachée chez le chasseur, la fille rêve alors d’une autre vie
où elle retrouverait du respect, pendant que le nouvel amoureux s’en va
emprunter du grain et une charrue, pour essayer de cultiver la terre de son
village. Il ramène aussi deux grosses miches de bon pain à sa nouvelle bien-aimée,
lui arrachant des larmes et symbolisant aussi par le pain, l’idée d’une
protection divine.
Mais l’eau fraîche et le pain ne font pas tout et après avoir
produit les premiers sacs de grains vendus bon prix au grand marché du coin, et
éjecté de leur vie le rémouleur cupide et stupide, les deux amoureux reprennent
ensemble le cours de leur nouvelle vie dans ce village renaissant, se préparant
même à accueillir un nouveau venu. C’est la vie qui continue… "
♥
Jack Rackham.
*
Illustrant parfaitement l’utilité de la vie paysanne, et
donnant écho aux manifestations actuelles contestant les taxes et obligations
de normes empêchant la prospérité de la vie agricole française, REGAIN (Pagnol
d’après Giono, 1937) est un des plus beaux films du Cinéma français sur le
sujet.
Couv : L’Angelus, de J.F. Millet.
Vidéo : Regain (1937 Pagnol) fin du film, sans les dialogues.
Le tricorne à l’envers, posé sur un front plissé par de
longues aventures sur toutes les mers du monde, le sieur Jack Rackham profitait
du beau temps les bras derrière sa nuque, laissant seulement paraître un
certain érotisme illustré par des aisselles aux pilosités étonnantes.
Une donzelle posée par là, se releva puis se cala sous un de
ses bras, admirant béatement les dits spécimens, n’écoutant plus alors que son
Capitaine qui se mit à clamer clair et fort le titre d’une revue spécialisée
empruntée à la bibliothèque du navire :
- Résilience(s) !
Son œil éclairait un pourquoi de son ignorance pendant que la
barbe qu’il gratouillait en réfléchissant laissait paraître la lumière de sa
compréhension imminente. Les arcanes de ce mot pendu à toutes les lèvres
venaient de se révéler à notre pirate
bien-aimé, déjà prêt à en restituer les mystères aux bonnes oreilles présentes
sur le Poséidon.
Le ciel était bien haut ce jour-là, les mouettes en étaient
pourtant absentes et le silence interrompu laissait deviner un grand moment de
culture seulement ponctué par les couinements répétés de la grande balançoire
du ponton principal. Le Capitaine commença à lire…
« On appelle « «Résilience » la capacité d’une
personne à surmonter un traumatisme, puis à s’adapter et à se reconstruire
après cet évènement. Cela peut être d’ordre affectif comme professionnel,
unique ou multiple (voire à répétition pour les plus vulnérables). Si le cycle
est immuable, la méthode est variée et même très personnelle à chaque individu.
Après avoir subi cette épreuve (ou ces épreuves), la personne
se sentira dans l’obligation d’évoluer pour survivre ou simplement se regarder
dans une glace, pour ne pas tomber encore plus bas et garder coûte que coûte
l’estime de soi. Réussir à vivre sera le premier objectif, ne serait-ce que
pour exister socialement.
Il existe bien entendu des individus qui n’envisageraient
jamais de se remettre en question après quelconque événement relationnel ou
personnel, étant même persuadé de leur bon droit quels qu’en soient les dégâts
psychologiques,envers l’autre surtout.
Les psychopathes ne sont pas pris en compte dans cette étude. Bref…
Ne pas réussir cette résilience peut amener au dégoût de soi
et à décider d’en finir. Selon les cas, s’auto-complaire dans la victimisation
ou la soumission en est une autre issue.
Au contraire, l’être résilient va réussir à vivre, à
survivre. Et ce, selon la violence du choc émotionnel ou physique (ou les
deux). Cela peut être :
Un accident routier ou domestique donnant une incapacité ou
une amputation, impliquant à son tour une limitation de vie normale. Un viol ou
un acte sexuel dégradant (incestueux, par exemple) provoquant une honte ou une
haine, une impuissance à effacer de sa mémoire la scène. Un échec professionnel
ou amoureux faisant perdre l’estime de soi et accentué par l’implication
d’autres personnes pouvant rappeler encore et encore son incompétence ou insuffisance.
Quelquefois, il s’agit d’une impuissance généralisée, subie à travers des
proches ou même des personnes vues à la télévision (voir les neurones miroir)
qu’on ne peut pas aider et ce stress s’accumulant au fil du temps, vous plonge
dans de telles affres que seules des drogues ou de l’alcool vous feront
supporter encore la vie. Un vrai calvaire !
Comment résister à tous ces chocs de la vie, à y faire face
et renaitre de ses cendres ?
L’acceptation de ce traumatisme sera la première étape du
processus de résilience, dont le but sera d’en faire table rase pour laisser
place à un moi nouveau. Le cerveau humain est d’ailleurs déjà programmé pour ça,
préparé à faire le deuil de ce traumatisme insupportable, prêt à se
reconstruire par la faculté d’effacement des mauvais souvenirs, et une facilité
à se pardonner soi-même dont des malfaisants usent aussi abondamment, n’est-ce
pas ? (voir les psychopathes, cités précédemment)
La recherche d’objectivité et la confrontation avec les
faits, malgré une bonne volonté sera peut-être difficile et nécessitera l’aide
d’un tiers (ou plusieurs) pour garder la ligne directrice recherchée et ne pas
basculer vers trop de positivité ou à l’inverse, de négativisme.
Il faudra donc aussi :
Réapprendre à voir le monde comme il est, rééduquer son
cerveau pour faire face à son déni initial et accepter la situation
irréversible, ne pas chercher de responsable immédiat mais des solutions,
s’autoriser l’erreur et l’échec momentané, et surtout essayer d’avancer), de s’aimer
un peu soi-même et de reprendre le contrôle de sa vie !
Il faudra alors se trouver un objectif majeur et apprécier
chaque petite victoire sur le chemin de cette résilience. Et sans perdre son
sens de l’humour, bien sûr ! (ou le retrouver) ^^
Voilà, nous avons prédigéré pour vous ces infos sur la
« résilience » mais nous avons aussi recherché des exemples de résilients
dans nos collections de films préférés, ceux-ci vous parlant mieux que des
exemples théoriques ou impersonnels.
Les voici :
RIO BRAVO (Hawks1959)Dans
un western, un Shérif alcoolique incarné par Dean Martin, commence à se trouver
une rédemption, poussant même la chansonnette et se rasant gratis, bien aidé
par ses amis John Wayne et Walter Brennan !
LA VENGEANCE AUX DEUX VISAGES (Brando1961)Marlon Brando est mon résilient préféré,
trahi une première fois par son ami Jack, qui remet le couvert en lui brisant
la main en le trahissant une deuxième fois. Oula ! Sa résilience va être
terrible…
FORREST GUMP (Zemeckis1993)Surtout pour le « Lieutenant Dan » que joue Gary Sinise et qui,
en pleine guerre du Vietnam ne cesse de répéter : « Et Surtout, prenez
soin de vos pieds ! ». Après avoir été sauvé par Forrest (Tom Hanks)
puis amputé des deux jambes, c’est un bel exemple de reconstruction, physique
et morale !
CASABLANCA (Crtiz1942)Alcool, chagrin d’amour et…Marseillaise ! Humphrey Bogart en patron
de bar pendant la guerre, qui retrouve son grand amour (Ingrid Bergman) et doit
malgré lui, sauver son…mari !
VERTIGO (Hitchcock1958)Traumatisé depuis un accident qui coûte la vie à un collègue, James
Stewart est sujet au vertige. Ce qui donne une idée à un vieil ami…qui
l’entraine dans une spirale meurtrière, où il tombe amoureux deux fois de la
même femme (Kim Novak)…sans le savoir !
LA LECON DE PIANO (Campion1992)Holly Hunter, muette depuis l’enfance et
accompagnée de sa fille et son piano, se trouve un mari par correspondance et
le rejoint. Sans le vouloir, elle tombe amoureuse d’un voisin indigène (Harvey
Keitel), mais son mari n’est pas content et se venge…Sa mutilation lui change
la vie et elle trouve enfinle bonheur
^^
RETOUR VERS LE FUTUR (Zemeckis1985)Surtout pour le personnage de George MC Fly,
à la destinée d’écrivain SF ! Le destin des Mc Fly change complètement
suite à un voyage dans le temps du fils Marty (Michaël J. Fox), où on n’aime pas
trop se faire traiter de…mauviette !
LE MAGICIEN D’OZ (Fleming1939)Tous les personnages principaux sont des
résilients : L’homme de paille et son manque de tête, l’homme de fer et
son manque de cœur, le lion et son manque de courage, Dorothée, la petite fille
et son manque de maturité… Seule reste sur le carreau, la sorcière de l’Ouest. Mince !
SIGNES (Shyamalan2002)Un prêtre (Mel Gibson) ayant perdu sa femme et sa foi est confronté à
l’extraordinaire qui vient tester son intelligence et son intégrité. Toute sa
famille se met au diapason pour l’aider à sa rédemption, et même les
Aliens !
UN JOUR SANS FIN (Ramis1993)Un journaliste-météo (Bill Murray) antipathique et misanthrope est
contraint de vivre encore et encore la même journée jusqu’à ce qu’il retrouve
sa sincérité et trouve aussi l’amour de sa vie (Andie Mc Dowell) ! (la
résilience à l’envers)
A L’OMBRE DE LA HAINE (Forster2001)Un homme blanc, gardien de prison, et une
femme noire dont le mari va être exécuté dans le couloir de la mort, sont
réunis au hasard du deuil de leurs enfants respectifs. Dans une ambiance
pesante de mort et de racisme, ils se rapprochent pour s’apporter une raison de
vivre et de l’amour. Deux résiliences se sont croisées ^^ (sans compter une
belle scène d’amour torride consacrant la carrière d’Halle Berry !)
THE ARTIST (Hazanavicius 2011)Le temps du Cinéma où le muet va bientôt
laisser sa place au parlant. George Valentin (Dujardin) et Peppy
Miller(Bérénice Béjo) sont tombés amoureux mais leurs carrières
s’entrecroisent. Elle pour le meilleur du parlant, et lui…Mais sur l’impulsion
de Peppy, leur amour renaît de ses cendres et c’est le succès les réunissant dans
un numéro de claquettes éblouissant !
Et tant d’autres exemples, à vous de trouver vos films de
résilients. Dans le prochain numéro de Résilience(s), vous trouverez… »
Avec un petit rire
mutin, le Capitaine posa le magazine soigneusement devant lui et regarda le
ciel cherchant quelques mouettes égarées. Il se tourna alors vers la belle
moussaillonne encore captivée par cette lecture puis se levant d’un coup en la
tenant par la main, l’invita à sa résilience…
On danse, chérie ?
Pour Jack Rackham, besos.
Credit photos : De haut en bas, The Cell film (Jennifer Lopez), The Haunting of Hill House (série), The Silent House (film), Vertigo (James Stewart), Un Jour sans Fin (film), The Artist (film et vidéo) puis The Cell à nouveau.
John (Scottie) tenait fermement la main de
Madeleine, ou plutôt de Judy le prénom qu’elle portait quand il l’avait
rencontrée la seconde fois-fruit de l’arnaque montée de toute pièce par son ami
Gavin-et il savait qu’il ne la lâcherait pas. Pas cette fois…
Le destin lui avait accordé une
chance supplémentaire et là, il ne la laisserait pas passer. Il regardait
Madeleine qui transpirait abondamment, suspendue dans le vide, et il la ramenait
vers lui, lentement et aussi solidement que si leurs mains étaient soudées
comme deux étaux. Elle, posant un premier pied nu sur le rebord du parapet, il
la pressait contre lui et respirait son odeur forte de transpiration et de
maquillage réunis, ce qui l’excitait plus encore d’être contre elle.
Il la serra encore et elle se blottit
soulagée, imaginant la fin horrible qui lui aurait été promise. Ils se
sourirent mutuellement puis s’embrassèrent, lentement et avec un certain délice
de ce sauvetage inattendu.
En un instant, John lui pardonna tout
et Kim se mit à l’aimer, plus encore de ce pardon ressenti. Les deux oublièrent
même le complice instigateur de ce stratagème qui avait exécuté sa propre femme
et vivait quelque part en ignorant tout de ces nouveaux ressorts de destinée.
Après tout, peu importait…
Se tenant par la main, John et
Madeleine se dirigèrent vers les escaliers de bois en saluant la Mère
religieuse qui était restée là, tétanisée par la succession de tous ces
évènements. Puis ils dévalèrent toutes les marches jusqu’en bas puis
rejoignirent la Buick, garée dans l’allée devant l’église. Ils regardèrent les
arches blanches une dernière fois, comme pour dire adieu à une malédiction.
Tout alla très vite ensuite : Décidant de
quitter le pays, car ils ne voulaient plus croiser Gavin dans les parages et ne
pouvant le dénoncer sans compromettre Madeleine/Judy, ils prirent la direction
de l’Europe comme pour un voyage de noces, John voulant se faire pardonner de sa
reconstitution théâtrale qui avait failli mal tourner. Et ils ne tardèrent pas
à se marier effectivement, sitôt fait leur nouvelle vie, avec de nouveaux
voisins, de nouveaux amis.
Mais ils n’eurent pas d’enfant malgré
le grand amour qui les unissait, John étant trop jaloux, peut-être la peur d’avoir
un concurrent trop direct…^^
Elle garda sa teinture blonde et
cette coupe de cheveux qu’il aimait tant, mais aussi ce prénom, Madeleine. Il
était comme le lien entre l’ancien et ce nouvel Amour, le gardien de tous ces
souvenirs. Ce moment où il l’avait déshabillée de retour de cette fausse noyade
du pont de San Francisco où elle faisait semblant d’être évanouie, ce linge
étendu sur le fil aux accents impudiques, cette carpette aux allures de peau de
bête animale.
Ils n’avaient jamais reparlé de ce
moment-là, mais le refaisaient en pensée prolongeant le plaisir à l’infini,
dans des multitudes de variations qu’ils n’auraient pas imaginé avec un(e)
autre...
Jack Rackham ♥
*
Vertigo (Sueurs froides) est un film
d’Alfred Hichcock sorti en 1958 racontant l’histoire d’un homme (James Stewart)
sujet au vertige, victime d’une machination par un vieil ami qui veut se débarrasser
de sa femme. Engageant une actrice (Kim Novak) qui lui ressemble, il se sert du
vertige de l’homme pour élaborer son plan : lui faire croire à la dépression
de sa femme puis à son suicide. Le moment venu, l’homme est donc incapable de sauver la femme à
cause de son infirmité, pendant que de son côté, l’ami a déjà tué sa vraie
femme, donnant le change avec le faux suicide de l’actrice. Convalescent après
cette tragédie dont il est le témoin involontaire, il retombe par hasard dans
la rue sur l’actrice, puis peu à peu va tout découvrir…Jusqu’à la mort accidentelle
de celle-ci, dans des circonstances identiques à la première, alors qu’il a réussi à vaincre
son vertige !
*
Kim Novak (interprétant
Madeleine/Judy) est née en 1933 et tournera en 1958 « Vertigo », son
seul film sous la houlette du grand maître Alfred Hitchcock.
Sa carrière commence en 1953. Entre
autres, ce furent : Picnic (1955), L’Homme au bras d’Or (Preminger 1955),
Tu seras un Homme, mon fils (1956), La Blonde ou la rousse (1957), L’Adorable
voisine (1958), L’Inquiétante Dame en noir (1962), Embrasse-moi Idiot (Wilder
1964), Les aventures amoureuses de Moll Flanders (T.Young 1965), Le Démon des
Femmes (Aldrich 1968), Le Triangle du Diable (1975 TV), Le Miroir se brisa (1980), et elle tourne son
dernier film en 1991 (Traumatismes).
Nota : Elle a été doublée dans
Vertigo par Nadine Alari. Et Judy est remplacé par « Lucy » en
version française.
Et Vertigo est une adaptation du roman de Boileau-Narcejac : D'Entre les Morts (1954)
Photos : Avec James
Stewart/affiche de Vertigo/Kim novak seule.
Sa carrière au Cinéma a commencé
comme une apparition, accompagnant Woody Allen dans son légendaire film Annie
Hall, en 1977. L’essai suivant sera une consécration avec Le film qui
bouleversa l’histoire de la SF : ALIEN (1979, R.Scott).
Et coïncidence, l’autre grand bouleversement
de la Science-fiction au cinéma aura lieu 30 ans plus tard avec Avatar de James
Cameron, utilisant de toutes nouvelles innovations technologiques et numériques
pour ce grand film à succès. Sigourney Weaver y incarnant le Dr Grace Augustine,
et bouclant la boucle d’Ellen Ripley, lieutenant du vaisseau Nostromo,
combattant un passager étranger extraterrestre.
L’actrice tournera trois suites
supplémentaires, dont celle de 1986 sous la houlette du même Cameron (Aliens le
retour), qui lui vaudra sa première nomination à l’Oscar. En 2012 et 2017 sortiront
deuxautres suites sansl’actrice mais toujours bien présente par son
évocation référentielle.
Le reste de la carrière de sigourney est
faite néanmoins de beaux rôles, premiers ou seconds, tels :
L’œil du témoin (1981, P.Yates), L’Année
de tous les dangers (1982, Weir), SOS Fantômes (1984, Reitman), Escort girl
(1986, Swaim), Working Girl (1988, M.Nichols), Gorilles dans la brume (1988, Apted)
-ces deux films lui valant deux autres nominations aux Oscars- et SOS Fantômes
2 (1989, Reitman) clôturant cette décennie.
Les suivantes ne manqueront pas de
beaux fleurons, même si la saga Alien occultera toujours le reste :
1492 Christophe Colomb (1992,
R.Scott), Président d’un Jour (1993, Reitman), La Jeune fille et la Mort (1994,
Polanski), Copycat (1995, Amiel) –un des meilleurs standards sur les tueurs en
série- Blanche-Neige (1997, Cohn), Galaxy Qvest (1999, Parisot), Le Village
(2004, Shyamalan) La Fille du Parc (2007, D.Auburn)…
Et la SF sera toujours bien présente
ces dernières années, avec des apparitions dans Paul (2011, Mottola), Exodus,
Gods ans Kings (2014, R.Scott)), Chappie (2015, Blomkamp), les remakes SOS
Fantômes (2016 et 2020), Quelques minutes après minuit (2016, Bayona), ou
faisant la narratrice pour la série Dark Crystal, le Temps de la Résristance
(TV 2019). En attendant la sortie d’Avatar 2, en 2021 !
Bref, une longue carrière de rôles d’héroïnes
solides et déterminées, jouant rarement les midinettes, plutôt féminine sans
être un canon de beauté, mais bien plantée sur son mètre 80, symbolisant la
femme moderne et indépendante, parfois vulnérable mais prête à tous les combats…
Du moins pas le genre à céder devant
un virus quel qu’il soit, enfilant volontiers la blouse du médecin ou de l’infirmière-soldat
pour tenter de le combattre et de pouvoir sauver l’humanité entière !
"Une drôle de semaine, une drôle de
période, de drôles de personnes. Mais je ne suis pas magicien, je suis pirate…"
Tel avait été le post-scriptum de la première publication du « Magicien »,
écrite sous le coup de la colère, en 2009. Une époque bien lointaine, à la
colère bien dérisoire vue d'aujourd’hui.
Avec un petit coup de peinture en plus, pour l’occasion…
*
Il passe de bateau en bateau, pour faire
quelques tours de magie, tours de cartes et autres apparitions de
lapins…Justement, il est sur le Poséïdon, participant à un un spectacle dont j’ai
eu l’idée pour distraire le public de l’île et l’équipage.
je relève la tête de mon portable, il me sourit. Ses dents blanches
inquiètent un peu mais son habit de lumière en impose, c’est un Magicien…
Il a le don de vous faire voir ce qu’il veut, ses mains voltigent et ses cartes
mélangent leurs couleurs, le pique se tient à carreau et son trèfle fend le cœur.
On ne peut pas dire qu’il plaît aux femmes, mais quand il les charme elles se
voient comme il les voit, toutes belles ou pas comme les autres, le temps d’un
instant ou même d’un été.
Il ne regarde pas leur condition humaine, peut importe qu’elles soient Comtesses
ou femmes de chambres, il les aime comme des femmes entières. Justement celle-là lui plaît, elle est cuisinière et a bonne figure. Il l’a
repérée après le spectacle de la veille. Tim ma lieutenante est vexée car elle
a tout fait pour attirer son attention, mais il ne regarde que l’autre…
C’est vrai qu’elle est belle, intelligente, et il lui conte fleurette comme à
ses plus belles heures. Son sourire est enjôleur et sa magie opère. Il raconte
ses voyages, ses buts, ses projets, confie ses tours de cartes, ses secrets,
ses misères…La fille l’écoute comme une oreille, le Magicien fait tomber son
masque, ils sont en harmonie, ils sont heureux…
Les soirées succèdent aux spectacles, lui joue de son art, elle cuisine, ils se
retrouvent après et refont le monde, projetant leurs rêves. Faire un projet
commun, trouver quelque chose pour se rapprocher, pour ne plus se quitter. Ce
sera fait, promis, leurs yeux brillent de mille feux. On ne sait ce que c’est,
pas besoin de tout se dire, la chose n’est pas commune et ils se comprennent.
Pourtant au fil du temps, quelque chose à changé. Elle est moins présente et hier,
elle a même manqué un spectacle du magicien. Ce n’est pas bien grave,
pense-t-il, il y en a tous les soirs…Il se recule un peu pour la laisser respirer,
elle a ses projets qui grossissent, un grand mariage à la cour d’un Roi, une
publication dans un Almanach, elle se sent le courage de tout…Tout le monde va
bien voir ce qu’il va voir !
Sa carrière et sa cuisine prennent de l’ampleur, elle l’a oublié un peu mais de
temps en temps, il vient la voir. Ses tours de magie lui paraissent dérisoires
à présent, ses recettes à elle dégoulinent d’ambition. Mais elle se sent de
plus en plus belle, c’est la Reine du monde avec un ballet de courtisans qui
est là pour son miel…Au diable les jaloux !
Il est là qui la regarde. Il se souvient
leurs projets, de leur amour…Ce n’est pas grave, il est content pour elle.
Le Magicien est sur le pont, elle n’est pas venue, comme hier soir, avant-hier
et les autres soirs. Il a compris et il va partir. Sa tournée va l’emmener
loin, au delà de l’île du Crâne, et il ne la reverra peut-être jamais.
Sa magie a opéré. Comme deux miroirs, il a transmis son reflet sur l’autre,
elle croit connaître tout de lui. Son mystère a disparu et elle trouve qu’il
est assez banal. Elle, par contre, sent la vie devant elle, a des beaux
projets, et justement elle pense à quelqu’un qu’elle a connu jadis, un homme de
son pays, elle rêve de celui-là.
Il tourne au bout du quai et va vers une prochaine rencontre, un prochain amour
peut-être. Il est habitué à ces vases communicants entre les gens, à se faire
dépouiller par ces personnes de son habit de lumière. Il est habitué mais il
continuera à parcourir le monde et il va recommencer, encore et encore.
C’est un Magicien…
Jack Rackham.
PS : Depuis longtemps, Roger le Magicien a oublié
Zoë la cuisinière. On dit qu’elle a tout laissé tomber. Un homme lui avait brisé
le cœur, et prit tout l’argent qu’elle avait gagné. Un homme de son pays, un
pirate…^^ (Photo : Guy Verhofstadt ) Version 1 du Magicien : Cliquer ici
Les apparences sont parfois trompeuses, même quand on revêt
son habit du dimanche de Capitaine. Celui d’un pirate de pacotille nommé
Rackham Le Rouge…Calé entre les cordes et le bastingage, je raconte mes
aventures imaginaires, perdues entre mes amours et les films de Cinéma qui
m’ont fait rêver. Et aujourd’hui, j’ai envie de raconter ce héros pourpre aux
petites cornes de diablotin, se balançant d’unimmeuble à l’autre avec sa canne amovible d’aveugle, écoutant les appels
de la ville hurlante pour sauver les femmes, les orphelines et les veuves livrées
aux malfaisants : Daredevil !
J’avais découvert ce casse-cou dans Strange, magazine
français BD des éditions Marvel au milieu des années 70, époque où on pensait
que le racisme, la misogynie, la pauvreté, les violences physiques ou morales
seraient éradiquées un jour. Près de 50 ans après, j’ai l’impression que tout
ça a à peine changé et que seules les sciences via la micro-informatique ont
fait avancer le monde. Depuis, les abonnements à des chaines numériques ont juste concurrencé fortement le cinéma dans les salles, amenant pourtant via Netflix la version
de Daredevil en série à épisodes. 39 épisodes diffusés de 2015 à 2018, d’une
grande qualité graphique et scénaristique, Charlie Cox prenant les traits de
Matt Murdock alias Daredevil. Deborah Ann Voll y incarne Karen Page la
secrétaire-juriste et Elden Henson, « Foggy » le fidèle ami et associé.
Le méchant est interprété par l’inoubliable et sanguinaire Vincent d’Onofrio,
la ravissante chirurgienne qui panse les plaies du héros masqué est Rosario Dawson,
et son mentor de jeunesse des arts martiaux joué par Scott Glenn…
Non, le monde n’a pas changé. Certains hommes continuent leurs
harcèlements, allant très loin pour attraper leur proie, jusque dans les
milieux du Cinéma.. Sans compter ce nouveau mot, pour compter un nombre de mortes,
victimes de ces jaloux, impuissants, narcissiques et tueurs : « Féminicides ».
Mais qui sait, tapi sur un toit ou dans une ruelle sombre,
écoutant les voix et son cœur, il est là qui est prêt à bondir et mettre une
raclée à ces couilles molles qui terrorisent leur femme et leurs enfants.