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samedi 22 janvier 2011

Un Beau

Il est arrivé par hasard sur l’île du Crâne, débarqué d’un navire anglais ou d’un ferry mexicain venant des Amériques.

Sa démarche est légère et son sourire fait fondre dès qu’on le voit. Sa barbe de trois jours lui donne un air décontracté et les femmes se retournent sur lui. Les hommes aussi parfois. Son destin l’a conduit évidemment sur le Poséidon, après avoir écumé le bourg de l’île.

Les cœurs brisés crient encore au dessus des toits jusqu’à nous et c’est avec hésitation que je l’ai embauché comme matelot, je ne veux pas d’embrouille sur mon bateau.

Le bougre est  plutôt gentil, s’appelle Mattéo et Tim lui conte fleurette entre deux cargaisons déchargées dans la cale. Elle se pomponne plus souvent depuis son arrivée et disparait de temps en temps vers le coup de midi et 19 heures, revenant essoufflée mais avec un petit sourire que je reconnais bien.

Ah, c’est ma vie. Quand un beau arrive…

Et justement, j’ai beaucoup de visite en ce moment, Maia qui devait venir prendre le thé depuis longtemps, Emma qui propose des cours d’anglais gratuit à mes matelots, Eloïse qui est revenue de son exil et a pensé à une épicerie à domicile bihebdomadaire et verrait bien mon nouvel  employé comme coursier pour faire les aller-venues.

Même Katia à eu besoin de lui pour refaire les peintures de son Cabaret. Seule Lady Ania, mon attachée de presse n’a d’yeux que pour moi. J’aime quand elle regarde mon tricorne en faisant mine de rien, ses cheveux longs noirs s’entortillent de pudeur et sa bouche de poupée  me lancent des invitations à prendre un café de délices avec des langues de chat…

Mattéo semble s’être parfaitement intégré à la vie de l’équipage, et afin de lui épargner des travaux trop pénibles et usants à la longue, je le mets aux cuisines avec Bosco qui semble ravi d’avoir un assistant. Reconnaissant, des tournées de part de tarte aux fraises sont offertes à tous les hommes et moi-même. J’imagine le bon vouloir et la générosité de ce Mattéo, celle de Bosco n’étant que  légendaire…

Puis un jour, notre ami disparut. On ne sait ce qu’il devint, quelque chose  avait du lui déplaire. Qui sait ?

Ah, c’est la vie des beaux.

Quand un pirate arrive…^^


Jack Rackham.

vendredi 15 octobre 2010

POIROT et l'Age du Capitaine

Le petit bonhomme faisait les cents pas autour du globe posé au centre de la pièce. Le doigt posé sur sa lèvre inférieure, son cerveau semblait fulminer et tordant son autre bras dans son dos, il prenait des airs de Napoléon, jouant sur une manœuvre la bataille.

«  Maître Bosco, demanda t-il, à quel moment le Capitaine Rackham a-t-il disparu ? »

Bosco aimait la manière dont cet homme lui parlait. « Maître » ! Il fit mine de réfléchir puis répondit qu’il n’avait plus vu Jack Rackham depuis la sieste de l’après-midi.

La moustache de Poirot frétillait et l’œil du grand homme allait et venait dans tous les coins de la pièce, cherchant un indice, un oubli, une trace, un petit détail. Interrogeant les personnes proches du Capitaine, il réunit ce qu’il put pour retrouver le pirate, ou avoir au moins une piste :

-          Je lui ai trouvé un drôle d’air. Il n’a même pas repris de la tarte aux fraises,  pourtant je lui avais fait un abonnement mensuel intéressant. Ca vous intéresse, monsieur Poirot ?
-          Je suis son attaché de presse, enfin de sa compagnie de navigation, Ania Chester, enchanté. Un homme qui vous aborde avec charme, mais soucieux de sa vie privée. Il avait rendez-vous cet après-midi…
-          Je suis son lieutenant en mer, mais depuis que nous avons jeté l’ancre sur l’île du Crâne, plutôt sa femme de ménage. Il va, il vient, et je le laisse compter fleurette à ces Dana ou Cameron…Il fait l’avion des fois dans son hamac, une sorte de truc spatio-temporel. Du moins, c’est ce qu’il raconte…Ces moustaches, elles sont vraies, dites-moi ?
-          Prof d’anglais, oui. Je lui ai donné des cours longtemps, un bon élève ! Je l'avais rencontré à l'épicerie, on ne s'est plus quitté depuis...
-          Jack est un ami ! Il m’a présenté ma future femme avant qu’elle ne s’aperçoive de…Hum, quelques ascendances orientales ne font pas le Calife ! Un petit tour ? Quelques fleurs, un lapin, lààà…
-          Jack est un amouuuuur ! Il ne peut s’agir que d’une escapade de convenance, j’ai trouvé qu’il mangeait un peu trop de tartes aux fruits. C’est un être adorable, qui ne pourrait décevoir sa princesse Zahiya…Je peux prendre votre bras ? Il y a tant de ressac qu’on le ressent encore plus quand on prend ces passerelles, cher Hercule !
-          Ouais, suis matelot ici depuis un moment. Je connais Jack depuis l’école…Il nous a fait peur avec sa Sara, une sirène qui vit dans la cale, ou Patricia, une nymphomane de son invention. Il passe des heures à écrire des histoires entre ses cordes, un peu de hamac ici ou sur la plage, entre des palmiers…Je l’ai vu y courir cet aprèm, un rendez-vous, c’est sûr !
-          Un homme étonnant, une belle santé ! Toutes ces femmes qui lui tournent autour, c’est vraiment étonnant. Un patient d’une grande imagination en plus, il vient me voir de temps en temps, j’ai un cabinet au village…il aime la peinture. Dans mon cabinet, il aime un tableau particulier, celui d’un Capitaine. Willouby…
-          Jaaaaaaaaack !!! C’est un amour ! J’aime faire un tour en balai avec lui, il est si attachant…Et quelle souplesse, le roi du retourné acrobatique ! En hamac ou même dans un lit, roôôooo…Oui, j’écris un peu mes aventures, le premier tome vient de sortir. Je vous en dédicace un, monsieur Poirot ??
-          Il  ne va pas tarder à revenir. Je connais Jack depuis longtemps, et puis personne ne lui veut du mal, il est si gentil ou alors ces personnes sont mortes depuis longtemps. J’aime mon Jack, comme il m’aime, un vrai p’tit trésor…

Poirot se tenait le menton en grommelant, et tournait quelques feuillets des aventures du Capitaine et pirate. Soudain, s’arrêtant, il pousse un cri en se tapant dans la main et s’exclame :
«  Bon sang ! J’ai trouvé !!! »

Et vous ? Non, l ne s’agit pas de deviner l’âge du Capitaine, mais de nous dire où est passé Jack et avec qui. Allons, si vous connaissez un peu le loustic…Ou alors, lisez tous ces indices ci-dessus, fouillez un peu ses billets sur ce blog, et trouvez, comme Hercule Poirot !

Bonsoir !

lundi 7 décembre 2009

Sex and Utilities


Je continuais donc à voir Emma malgré la tournure de nos relations. Ma prononciation progressait sensiblement, le tenu de marquises de mon professeur d’anglais devait y être pour quelque chose…Ce rapprochement me permettait alors de mieux connaître Emma Brodie. Les après-midi que nous passions au lit me régalait de ses effronteries et de sa classe…

Le goûter étant le point d’orgue de nos ébats, elle s’amusait pourtant à me montrer sa croupe sous toutes coutures, comme si j’avais besoin de lire le menu avant de la dévorer. Emma était comme ça, coquine et légère, ce qui n’empêchait pas de partager des conversations où nous comparions nos goûts et nos couleurs. Les mains sur ses fesses, je me lançais parfois à un :

- Tu crois vraiment que tout le monde aime la même chose, que le beau est universel, que certains voient des choses que d’autres ne voient pas ?

Sans se retourner, elle me donnait des réponses que je trouvais communes mais bien dites, sur l’inégalité des chances, l’intelligence ou l’inculture de certains. Sur ce, je donnais un petit coup d’accélérateur à nos ébats, son visage s’écrasant sur le lit m’invitant à aller plus dans mon questionnement. Ce que je faisais en tournant mon pouce sur sa rondelle, avant de la pénétrer dans son for intérieur. Là, d’un râle inhumain, elle acquiesçait à mon idée première sur la position sociale et ses privilèges !

D’autres fois, nous sortions entre amis et après le spectacle ou la visite faite, nous prenions un pot ou un gâteau en quelques lieux de souffrance humaine où elle aimait s’attabler. Lieux enfumés, assoiffés de misère ou les nantis peuvent trinquer avec les misérables sans risquer scandale ou agression…Puis c’était le moment du jugement, j’assistais impuissant à la pesée du musée visité ou la note de la pièce jouée. D’un avis commun, Emma et ses amis semblaient tels des violons accordés et je n’osais troubler le bon goût obligé.

Pourtant, ces après-midi et ces soirées-là sont encore dans ma mémoire. Je me souviens d’Emma et ses postures, son port de tête, ses sourires aux connivences entendues, ses éclats de rires entrecoupés de moues enfantines. Actrice née, mon professeur d’anglais semblait sortie d’un catalogue de comédie et je lui trouvais un charme fou…

On s’est quitté un jour, pour un rien, pour beaucoup. Je regrette encore sa bouche, ses cheveux blonds qui balancent comme une ponctuation de son regard, son accent anglais qui donnait de l’importance à tout…Pas son avis sur les choses, sur la vie, qui m’ont toujours fait hausser les sourcils et sursauter mon tricorne.

Il y a des gens comme ça, qui n’ont pas d’avis sur les choses. Qui ont fait la moyenne de ce qui est bien, de ce qui est mal. Comme un bon goût idéal, une moyenne imaginaire qui pèse et soupèse chaque chose…

Le goût des autres…


Jack Rackham.

PS : J’ai bien cherché une autre bonne photo du film avec Anne Alvaro, pour mettre ici, mais point. Comme quoi Agnès Jaoui peut raconter le bon goût des autres tout en n’oubliant pas sa promotion à elle et son mari…Glen Close dans Liaison Fatale, c’est pas mal, non ?

vendredi 4 décembre 2009

English and Utilities


La vie est longue sur un bateau et encore plus sur la terre quand les livraisons sont livrées et les tâches d’entretien faites. Tim vaque d’épicerie en musée et il faut que je songe d’ailleurs à m’occuper d’elle, si je ne veux pas qu’elle m’oublie…Tout le monde a pris ses marques sur l’île du Crâne et Bosco va même à l’école pour apprendre à lire. Je savais bien qu’il avait du mal à suivre sur le grand livre de Cuisine que je lui avais passé. Erreurs sur les dosages et même sur les épices. Je me doutais bien…

De mon côté, ma décision était prise : J’allais perfectionner mon anglais ! Oui…Les longs abordages au milieu des océans, les attaques diverses et les tortures pratiquées pour faire dire des trésors ne m’avaient pas incité à perfectionner ma langue de Shakespeare, mais la rencontre hier matin avec Miss Brodie, m’avait redonné le goût des langues. Si…

Le salon de thé était vide et j’avais du ma présence en ces lieux féministes à la fermeture momentanée de l’épicerie de mon amie Eloïse. Départ soudain avec son coursier, que tous les gens de l’île avaient pris pour son frère, moi y compris. Il y a des familles qui s’aiment, il ne faut pas tout le temps voir le mal çà et là, mais se féliciter de ces bonnes ententes fraternelles.

Je m’étais assis en face de cette dame aux allures de coquette en attendant mon grog, breuvage ô combien revigorant, aux saveurs citronnées bienfaisantes. Le rhum lui donnait du corps, oui, c’était vrai…Je fixais la demoiselle et ôtant mon tricorne, j’engageais la conversation. On échangea sur le temps puis nos regards. Son œil était profond et bleu, son sourire suave et mouillé. Je regardais ses lèvres parler, que j’en oubliais qu’elle me regardait…
- Je vous plais, ou j’ai un bouton, dit-elle.
- Pas du tout, je me souvenais d’un jeu avec ma cousine où on se regardait la bouche à l’envers. Ca faisait drôle…
- Pourtant, je n’étais point à l’envers !
- J’imaginais…

Emma Brodie était le charme personnifié et elle n’avait peur de rien. Nous nous revîmes de nombreuses fois. Elle était à chaque fois resplendissante et surprenante, jamais coiffée et habillée pareil, une femme quoi…Elle parlait couramment anglais, ce qui me donnait l’idée de prendre quelques cours. Son regard me transperça quand je lui fis la proposition, comme si elle avait deviné. Oui, je veux coucher avec vous, et alors ? Elle me dit oui avec un air effronté, ne sachant si cela ne comprenait que les cours d’anglais. Non, sans doute…

Etant resté dans ma prime jeunesse à « The mouse is in the house », ce fut long et agréable, prolongeant un peu plus le plaisir de la voir. Elle arrivait à l’heure tapante et posait son sac à main comme signal de départ. J’étais bon élève et elle s’en félicitait. Elle dégageait alors un petit air de fierté qui la rendait plus belle. Miss Brodie n’était pas si jeune et je n’osais imaginer la grâce de ses vingt ans, elle m’aurait fait mourir d’émotion…

Le jour arriva du dernier cours, celui que nous avions convenu. J’aurais voulu lui demander de continuer finalement mais c’est elle qui prit l’initiative. Se collant contre moi, elle frotta sa joue contre ma barbe en me regardant droit dans les yeux. Je frôlais ses cheveux courts qui balançaient et ses mains allèrent sur mon corps. Je sentis sa main contre mon sabre et je me mis au garde-à-vous…Sa bouche glissa et d’une génuflexion, elle reprit le cours de nos échanges.

Nous n’avions pas souvent évoqué nos domaines de prédilections et nos aspirations, mais la ferveur de sa langue me disait qu’elle me trouvait bon goût…


Jack Rackham.

Voyez donc cet excellent film d’Agnès JAOUI : « Le Goût des Autres » avec Anne ALVARO, Jean-Pierre BACRI, Alain CHABAT, Gérard LANVIN et…Agnès JAOUI !