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lundi 8 décembre 2025

Aller chercher le Pain

 


Il y a des photos comme ça qui vous rappellent des souvenirs. Un premier rendez-vous, des vacances à la mer, un repas de famille, une grand-mère disparue, une voiture qu’on aimait, un moment unique ou non de sa vie quotidienne qui témoigne du temps qui a passé…

Les vieux Capitaines ont les mêmes passe-temps. Ils ont bourlingué dans les mêmes lieux, peut-être n’ont-ils pas eu le même comportement que vous, l’esprit s’échauffe plus vite quand on a un sabre bien aiguisé, mais les souvenirs sont bien là, communs et immuables.

Pour une visite chez un commerçant, c’est pareil. On a refait le trajet plusieurs fois, on a le temps de se répéter ce qu’on veut et on imagine secrètement une aventure peu ordinaire et inattendue. La boulangerie est le principal lieu de débauche, tant illustré par un film de Pagnol aux accents moralisateurs. Comme si l’endroit se prêtait particulièrement à l’adultère ou aux galipettes sauvages. Mais non…

La pharmacie allait bien tout autant aux polissonneries de passage, voire même aux rendez-vous répétés. Comme des running-gags étalés sur les prescriptions médicales mensuelles ou trimestrielles. Des regards enfouis par des corsages énigmatiques ou des frôlements ambigus d’encouragements.



Il y avait aussi les joies de l’éducation Nationale et ses représentants, ces conseils de parents d’élève s’éternisant par des conseils hautement privés, les épiceries de village et leur rideau de fer tardif, jetant un voile de discrétion pudique aux échanges alimentaires, et les réunions de Mairie aux apéritifs festifs et chaleureux…

Souvenirs de ces mutines donnant un peu de bonheur aux âmes errantes un soir d’été ou un jour de promenade, pour une baguette, une aspirine, une question qui taraude ou une libido qui chatouille…

Besos

"Tu vas où, Jack ?

Je vais chercher le pain..."





Photos : Marie-Hélène Breillat/ Anna Galiéna/ Christina Hendrickx.

vendredi 29 novembre 2019

La nouvelle Pharmacienne




Mattéo avait oublié depuis longtemps l’aventure avec Virginie, cette belle pharmacienne qui avait rempli sa vie de nombreux mois, vivant ensemble une belle passion qui avait fini par s’arrêter brusquement. Non pas que le feu qui brûlait entre eux se soit éteint mais un beau jour, un grand camion de déménagement emporta tout très loin sans autre explication. Virginie avait vendu ses parts dans la pharmacie et pris la fuite, comme si cet amour l’avait effrayé. Mattéo en fut navré et ne put que constater le vide ainsi laissé.

Bien plus tard, car il continua à venir se servir dans cette pharmacie de son quartier, une autre pharmacienne arriva pour la remplacer telle Mary Poppins avec son parapluie volant, comme si la nature avait horreur du vide et des amours perdus.

Elle ne ressemblait pas du tout à la précédente et c’était même son contraire. Blonde avec des yeux clairs et une froideur certaine, signe de ces personnes qu’on appelle communément : maîtresses-femmes. Mattéo ne fut d’ailleurs pas conquis d’emblée par cette Irina plutôt réservée, même si son expérience précédente avait laissé comme une porte entr’ouverte de la pharmacie…

Il revint un peu plus souvent qu’il n’avait besoin pour faire mieux connaissance de la fille, comme si un nouveau mystère s’offrait à lui, telle une providence renouvelée. A nouveau il fut titillé d’une curiosité évidente et comme la magie de Noël revenant à la même date, son cœur fut de nouveau capturé.

Sans qu’il s’y attende un jour, elle afficha un sourire à tomber, puis  reprit son masque habituel. Un petit jeu qui éveilla la libido endormie de Mattéo, qui commença à être plus attentif à cette nouvelle pharmacienne. La fois suivante, il scruta alors le regard d’Irina, plongeant dans ses pensées secrètes et fut envoûte par sa voix mécanique aux accents slaves. Il fut plus attentif à ses formes et fut presque excité à sa bouche bien dessinée et ses membres bien plantés qu’il devinait sous sa blouse.

Comme reprenant le cours de cet amour perdu, avec les sourires, les cafés et les frôlements, il attaqua directement par un baiser qu’elle ne repoussa pas, lui rendant même une langue inquisitrice et une main pleine de poigne.

Comme ils avaient fait ainsi connaissance, vint le temps des étreintes pleines de fougue. Il sentait qu’Irina était une femme forte, demandant de la virilité et du sang froid. Il devinait bien sa sensualité sous la glace apparente et cela l’excitait même. Sa beauté lui parut de plus en plus évidente, et il aima goûter sa féminité comme un jardin de gourmandise, aux herbes de son pays.

Retournant ce nouvel amour, il dévora le festin de sa croupe et autres gourmandises aux alentours. De son côté, elle tâtait le terrain pour mieux faire connaissance et remplit avec ferveur ses gorges de plaisir. Droit dans les yeux, derrière son comptoir, elle le voyait plus tard pour une ordonnance ou de l’aspirine.

Collés l’un contre l’autre, elle lui glissait à l’oreille :

« Je vous serre quelque chose ? »


Une femme à poigne, cette pharmacienne…
(A suivre)

Jack Rackham

Photos : Robin Wright dans House of Cards.


samedi 26 mars 2016

L'Amant de la Pharmacienne



Mattéo avait pris l’habitude de passer voir Virginie à toutes heures au magasin. La pharmacie avait l’étrangeté d’un lieu public mélangé à un endroit qui sentait bon le souffre de leurs ébats nocturnes, et cela donnait plus encore de piment à leur relation.

En fait, dès le tintement du grelot cristallin, quelque chose se passait. Lui en transe qui rentrait comme dans l’antre de Polyphème dans Ulysse, elle qui cherchait sa présence du regard et commençait à rougir comme si les clients et les employés voyaient tous sa gène et aussi le film de leurs soirées ici même entre les médicaments et les panneaux publicitaires médicaux.

Il lui faisait signe comme d’habitude remuant des doigts fins comme ceux d’un pianiste, puis il s’approcherait plus tard en lui donnant un baiser dans le creux de l’oreille, regardant bien aux alentours les collègues attentives au moindre écart inhabituel.

« Un flacon de L52, s’il vous plait mademoiselle. » Lançait-il, car il aimait acheter quelque chose à chaque visite pour ne pas avoir l’impression de lui faire perdre son temps. Et son temps justement était compté car quelques pattes d’oies rappelaient les moments précédents de sa vie où il ne la connaissait pas, bien qu’il la trouvât elle-même sans âge et sans défaut.

« Mademoiselle ! Tu te rends compte ? » Faisant semblant de le gronder après la fermeture et oubliant qu’elle était la patronne de cette belle pharmacie de quartier au chiffre d’affaire conséquent. Elle se souvenait qu’elle avait eu plusieurs maris, des enfants déjà grands, mais elle réagissait comme une employée modeste, une simple préparatrice en pharmacie.

Ce soir-là, Mattéo ne lui fit pas le grand jeu comme à son habitude même si son désir était aussi grand que la première fois. Il lui réservait une petite surprise pour le lendemain, à elle sa bien-aimée, pensant que la routine étant le seul ennemi d’un grand amour, il veillerait à ne pas endormir cette flamme et l’attiserait comme au premier jour.

La clochette tinta comme les autres fois mais il était arrivé plus tard, pour une fois, et eut droit au regard froncé de sa dulcinée, sur le point d’être inquiète.

« Tu m’as fait peur, un accident est si vite arrivé, ou alors c'est une autre femme qui… » 

Elle avait l’air vraiment bouleversée et Mattéo regretta presque cette mise en scène de son retard. La prenant alors dans ses bras, il mesura bien son amour pour elle, son cœur battait vite, et elle le lui rendait comme une femme sait le faire, en prenant la pleine mesure de son homme, montrant les chemins de son désir en se frottant contre lui, où elle le désirait.

Elle fit un geste pour se lever pourtant mais il l’en empêcha. « Non. Pas de fermeture et de rideau de fer ce soir, j’ai trop envie de toi. » 

Elle protesta avec le corps un instant mais pas plus que ça. Le magasin était vide de clients, il était tard et après tout, elle n’avait la tête à rien d’autre que lui.

Les deux amants oublièrent tout. La pharmacie, l’heure, et même tout ce qui faisait leur vie, ne pensant plus qu’à une chose, symbole de leur amour fou : Baiser.

Roulant sous le comptoir, ils ne faisaient qu’un et s’accouplaient à l’infini, transpirant de tout leur corps et se dévorant partout, avec délice et perversion, sans nulle idée de défendu ou de saleté. Ils se goûtaient comme des glaces aux multiples parfums, même carotte et asperge, fruits de mer ou chocolat…Le carillon sonna comme dans un rêve et ils réalisèrent soudain que quelqu’un venait d’entrer dans la pharmacie. Yeux hagards, ils réfléchissaient où ils avaient mis leurs vêtements, sans doute éparpillés dans les allées ou sur le comptoir. 

« Y’a quelqu’un ? » Dit soudain une voix de femme, sans doute Madame Carillo qui aimait passer un long moment ici chaque jour, habitant à deux pâtés de maison de la pharmacie. Une vraie commère, une langue de vipère, et ce serait la fin de son commerce si elle venait à supposer la moindre chose sur des pratiques illicites dans cet établissement.

Virginie voulut se ressaisir et tenta de se relever mais Mattéo pesait de tout son poids sur elle et arborait un petit sourire.  Elle comprenait à présent le jeu de son amant et eut envie de hurler. Pourtant son désir montait, jusqu’à atteindre des paliers inattendus pour une situation jusqu’alors inconnue pour elle. Elle était prise par son amant avec sa virilité habituelle, mais elle était échauffée plus qu’à l’accoutumée, basculant plus encore son bassin pour qu’il aille au plus profond de son coeur. Son souffle dans son cou la chavirait tellement, comme si elle était ivre. Mais ce n’était que de l’amour pur, le meilleur qu’elle n’ait jamais connu…

Entre deux spasmes, elle entendait parler dans le magasin –d’autres personnes étaient rentrées ?- mais elle avait la main de Mattéo qui l’empêchait de hurler de plaisir, lui accélérant le mouvement selon ce qu’il sentait de sa maîtresse. Quand madame Carillo s’approcha du comptoir sous lequel ils étaient, faisant mine de regarder par-dessus, il la retournait en silence pour la prendre encore mieux, ressemblant de loin à deux statues grecques d’une beauté sans nom. 

Mordant ses lèvres, elle arrondissait encore plus ses fesses pour qu’il ait envie d’elle plus encore, il se calait alors jusqu’au plus profond d’elle, transpirant abondamment de son immense désir puis jouissant ensemble du plus bel amour jamais consommé dans une pharmacie…


Des bruits coururent dans le quartier sur des présences nocturnes quelque fois dans ce magasin, mais on ne les  prêta qu’à des cafards ou des rats. Rien sur des otaries !

 Jack Rackham

 Photos: Linda Fiorentino.



jeudi 21 janvier 2016

La Pharmacienne



Le tintement cristallin brisa à nouveau le silence qui s’était installé dans le magasin.  

L’homme prit place derrière la file de personnes qui attendaient leur tour et marqua son arrivée d’un raclement de gorge, net et court. Il n’était ni grand ni beau mais planté sur ses jambes, sûr de lui et regardait vers la pharmacienne d ‘un œil franc et direct. Rien ne les reliait particulièrement, sinon la proximité de l’établissement de la maison familiale. 

Elle se tourna et leva discrètement le nez, mâchonnant un bonjour inaudible. Beaucoup de gens entraient et sortaient de l’endroit et machinalement, elle enregistra sa présence telle une physionomiste professionnelle. Son eau de toilette lui plaisait bien, chose inhabituelle chez la clientèle plutôt habituée à utiliser de l’eau de Cologne basique, virant dès les premières chaleurs de la matinée et obligeant le personnel à une omerta nasale automatique.

Sa chevelure brune et son port de tête fit qu’il la trouva différente. Les autres employées allant et venant n’ayant aucun attrait à ses yeux. Son tour approchait et il pria d’être servi par cette femme dont il essayait de deviner le prénom. Un jeu de regards imperceptible avec une collègue et miracle de la loterie des files d’attentes, il la trouva devant lui, charmante et digne, telle la vraie patronne du magasin et attendant sa demande.

Elle alla chercher les médicaments commandés selon les prescriptions du médecin, et le papier froissé dans la main, elle allait telle une aventurière à l’intérieur du dédale d’étagères et boîtes en tous genres qui constituaient un vrai labyrinthe. Se regardant  alors par-dessus un tiroir ouvert, leurs yeux se croisèrent et ils furent troublés comme si un secret commun venait de les lier. 

L’œil clair et franc, elle s’avança vers le comptoir et ils échangèrent quelques politesses qui furent noyés dans un brouillard nappé de confusions et de bredouillements mutuels. 

Au moment de partir, il la sentit regardant ses talons et il tenta une œillade perpendiculaire au sortir du magasin, comme image volée pour l’album virtuel de ses pensées. Bien rangée pour mieux en profiter seul, telle une gourmandise secrète.

Puis il revint un peu plus tard, et la retrouva intacte comme si les jours s’étaient arrêtés de passer. La magie opérait toujours mais ils ne s’étonnaient de rien, ne se demandant même s’ils pouvaient partager simultanément cette impression.

La pharmacie devint comme un lieu de mystère hors du temps et au fil des ordonnances, ils répétèrent le bal de leurs espérances, se demandant jusqu’à quand cela continuerait.

Une fois pourtant, il comprit un jeu de rires entre les employées, comme si la belle avait parlé de quelque chose qui était trop lourd à garder sur son cœur. Son regard noir d’un courroux sans pitié fut tel que le ciel s’assombrit et fit taire aussitôt toutes les pipelettes à quolibets.

Un soir s’approchant de la fermeture, il passa juste pour la voir. Ils étaient seuls pour la première fois et c’est machinalement qu’elle actionna le rideau de fer. Il la prit dans ses bras et l’embrassa, comme jamais il ne l’avait rêvé. Elle le regardait droit dans les yeux et dégagea le plateau d’un comptoir comme pour mieux l’inviter.

Sa peau était douce et le corps de l’homme se fit pressant. Elle caressait sa barbe et il remonta sur lui les jambes de Virginie, comme pour mieux la connaitre.


Doucement, il rentrait dans sa vie… 






Photo du bas : Linda Fiorentino.