vendredi 14 février 2020

La Vie de Claire Bretécher (1940-2020)


Je ne sais si vous le savez mais Jack Rackham était un pirate qui voguait sur les mers assisté de deux femmes, des lieutenantes habillées en habits d’hommes pour éviter les envies et la médisance.

Pas étonnant qu’au-delà des mers, il ait toujours aimé toute sorte de moussaillonnes, artistes, écrivaines et dessinatrices…Claire Brétécher faisait partie de celles-là, pionnière des grandes bédéistes, à la plume personnelle et au ton incisif.

Première de promotion a avoir eu le Grand Prix d’Angoulême en 1982, elle est partie rejoindre les Choron, Goscinny, Reiser, Gotlib, et Cabu qui l’avaient précédé au royaume des impertinents talentueux.

Tu vas nous manquer, Claire…



*
Elle est l’auteure BD de :

Les Gnangnan, Les Naufragés (avec Cauvin), Baratine et Molgaga, Robin les Foies, Cellulite, Tulipe et Minibus (avec Hubuc), Salades de Saison, Fernand l’Orphelin (avec Delporte), les Amours écologiques du Bolot occidental, les Frustrés, Thérèse d’Avila, les Mères, le Destin de Monique, Dr Ventouse, Agrippine, Tourista…et autres récits, de 1967 à ce jour dans divers magazines et albums.

Sans compter les illustrations, le théâtre, la peinture et le dessin d’art !



lundi 27 janvier 2020

L'Île Secrète





J’avais préparé quelques affaires dans un sac marin, prêt à quitter pour quelques jours ce bel appartement auquel je m’habituais peu à peu. Il y avait comme une odeur de tabac ambré qui flottait dans la pièce principale, cernée d’une immense bibliothèque aux quatre coins, l’attachée de presse du Poseidon Ania Chester ayant pris l’habitude de fumer la pipe en ces lieux. Elle avait filé depuis pour une petite escapade amoureuse, faisant là un break bien mérité.

« J’avale pas la fumée ! » résonnait encore entre mes oreilles et ces murs, à mon grand dam, que je décidais de filer à mon tour vers de nouvelles aventures. Ces nouvelles contrées m’étaient peu familières pour l’instant mais j’apprenais…

Ces traboules niçoises m’avaient révélé des chemins inattendus, me faisant gagner de la distance et aussi du rêve. J’imaginais parfois de me retrouver vers les Caraïbes, fermant les yeux en faisant un vœu très fort. Mais pour l’instant, ça me suffisait de prendre un sacré raccourci vers mon bateau prêt à fendre les mers. Bosco m’avait tracé un plan, où comme dans les séries télé le héros masqué éclairé d’une torche rejoint un passage secret connu de lui seul (et de ses amis). Zigzaguant précautionneusement dans le labyrinthe, il arrive enfin à la clarté d’une lumière de jour découvrant la sortie et un paysage inconnu.


Devant lui, en contrebas, il aperçoit le Poseidon mouillant dans une eau calme. Bosco est là, lui faisant signe et grognant déjà vers quelques hommes apprêtés spécialement pour cette escapade maritime. Je sens le parfum de l’aventure, oubliant l’odeur de tabac dans mes narines. Je balance mon sac sur le pont puis je fais de même, faisant grincer un peu le plancher sous mon poids. C’est bon de retrouver ses habitudes, me dis-je…

Le nez au ciel, je cherche les mouettes mais Bosco a déjà lancé la manœuvre pour filer vers le canal qui nous mène à la Grand’Mer. Nous filons comme le vent et déjà nous sommes devant cette île secrète qui verra nos prochaines aventures (et turpitudes).

 - Alors Capitaine, qu’est-ce que vous en dites ? lance Bosco, fier de lui.

- Je crois qu’on peut ouvrir un tonneau de rhum, on tient là un petit bijou d’île. Tu me fais visiter ?

- Suis content, Jack. Déjà pour le raccourci à travers ces traboules puis dans la montagne, un vrai dédale !

- Oui, j’aurais pu me tromper plusieurs fois…

C’est une amie qui m’a fait le plan, raconta-t-il, elle le tenait du proprio qui était gynécologue. Il gagnait bien sa vie mais était souvent dérangé dans son travail. D’ailleurs, son téléphone sonnait si souvent que pendant qu’il auscultait cette amie, il avait continué à gérer les travaux de ce raccourci. C’est comme ça qu’elle a tout mémorisé, lui demandant plusieurs fois :

Doc, je n’ai pas bien compris, vous pouvez me réexpliquer le chemin ? Oohoo…


Jack Rackham ♥

(Rhoôoo ^^) 



mardi 14 janvier 2020

Dans tes Rêves


Son ptit sourire au coin des lèvres semblait comme une approbation. Mais non.  Sa nature mutine et entêtée était déjà prête à toutes les oppositions, à l’arrogance de sa beauté étalée sous l’œil unique de ce Capitaine priapique…

Une petite moue aussi en filigrane où elle imaginait un instrument massif sous un pantalon en toile tendue, telle la voile un bateau gonflé sous le vent. Comme la tente d’un nabab au trésor, un îlot caché sous une toison noire d’ivoire, dont elle imaginait douceur en tâtonnant. Elle réinventait le supplice de la goutte regardant le tricorne renversé du spécimen, suffocant d’un désir fou.

Elle dégrafa un peu le haut de son bustier, au diable l’avarice, pour une frustration encore plus grande. Ses joues enflèrent pour retenir l’envie, sans grand  succès, puis abandonna l’idée même de ne plus y penser.

« Vous me laissez tenir le gouvernail, Capitaine ? » l’acheva de plein fouet,  qu’il perdit connaissance.

La retrouvant, elle était là sur lui, la cuisse chaude et la peau de pêche. La belle s’étalait de tout son long, frémissant et demandeuse, lui réclamant un coup de gourdin pour avoir piqué la carte de l’île au trésor ! La moussaillonne était tenace et lui rappelait quelques connaissances, empoigneuses de manches à balais, coriaces et suaves^^
« Vous faites quoi, Capitaine ? Hissez donc la grand’voile, maintenant… » Hmmm ?

Seulement dans tes rêves, alors…


Jack Rackham




Photos Cameron Diaz et Bill Murray. Ici et là... ♥

mercredi 18 décembre 2019

La femme du Tatoueur



Elle se tournait comme pour lui parler mais il ne la voyait pas.

Oh, mon amour ! » Criait-elle à l’Artiste.

Lui dessinait ses mots d’amour, tout à son Art, écrivant sur sa beauté plus que lui caressant son corps. Elle voyait pourtant ses doigts virevoltant sur ses notes, créant sur le papier la volupté de son désir.

Aveugle au désir de sa croupe, elle partit finalement avec le tatoueur…


C’est une bien triste histoire de Noël, Capitaine ?

Tu parles, tu aurais vu la gueule du tatoueur…Et sa femme fut si jalouse qu’elle le quitta illico pour l’Artiste et ses doigts de fée. Celui-ci retenant la leçon, ne négligea plus jamais sa nouvelle épouse jusqu’à user son corps de ses étreintes et aussi à son tour, ses oreilles de « Oh, mon  Amour ! »…

Jack Rackham


(Une bien belle histoire, finalement) Ci-dessous, la femme du tatoueur.

vendredi 29 novembre 2019

La nouvelle Pharmacienne




Mattéo avait oublié depuis longtemps l’aventure avec Virginie, cette belle pharmacienne qui avait rempli sa vie de nombreux mois, vivant ensemble une belle passion qui avait fini par s’arrêter brusquement. Non pas que le feu qui brûlait entre eux se soit éteint mais un beau jour, un grand camion de déménagement emporta tout très loin sans autre explication. Virginie avait vendu ses parts dans la pharmacie et pris la fuite, comme si cet amour l’avait effrayé. Mattéo en fut navré et ne put que constater le vide ainsi laissé.

Bien plus tard, car il continua à venir se servir dans cette pharmacie de son quartier, une autre pharmacienne arriva pour la remplacer telle Mary Poppins avec son parapluie volant, comme si la nature avait horreur du vide et des amours perdus.

Elle ne ressemblait pas du tout à la précédente et c’était même son contraire. Blonde avec des yeux clairs et une froideur certaine, signe de ces personnes qu’on appelle communément : maîtresses-femmes. Mattéo ne fut d’ailleurs pas conquis d’emblée par cette Irina plutôt réservée, même si son expérience précédente avait laissé comme une porte entr’ouverte de la pharmacie…

Il revint un peu plus souvent qu’il n’avait besoin pour faire mieux connaissance de la fille, comme si un nouveau mystère s’offrait à lui, telle une providence renouvelée. A nouveau il fut titillé d’une curiosité évidente et comme la magie de Noël revenant à la même date, son cœur fut de nouveau capturé.

Sans qu’il s’y attende un jour, elle afficha un sourire à tomber, puis  reprit son masque habituel. Un petit jeu qui éveilla la libido endormie de Mattéo, qui commença à être plus attentif à cette nouvelle pharmacienne. La fois suivante, il scruta alors le regard d’Irina, plongeant dans ses pensées secrètes et fut envoûte par sa voix mécanique aux accents slaves. Il fut plus attentif à ses formes et fut presque excité à sa bouche bien dessinée et ses membres bien plantés qu’il devinait sous sa blouse.

Comme reprenant le cours de cet amour perdu, avec les sourires, les cafés et les frôlements, il attaqua directement par un baiser qu’elle ne repoussa pas, lui rendant même une langue inquisitrice et une main pleine de poigne.

Comme ils avaient fait ainsi connaissance, vint le temps des étreintes pleines de fougue. Il sentait qu’Irina était une femme forte, demandant de la virilité et du sang froid. Il devinait bien sa sensualité sous la glace apparente et cela l’excitait même. Sa beauté lui parut de plus en plus évidente, et il aima goûter sa féminité comme un jardin de gourmandise, aux herbes de son pays.

Retournant ce nouvel amour, il dévora le festin de sa croupe et autres gourmandises aux alentours. De son côté, elle tâtait le terrain pour mieux faire connaissance et remplit avec ferveur ses gorges de plaisir. Droit dans les yeux, derrière son comptoir, elle le voyait plus tard pour une ordonnance ou de l’aspirine.

Collés l’un contre l’autre, elle lui glissait à l’oreille :

« Je vous serre quelque chose ? »


Une femme à poigne, cette pharmacienne…
(A suivre)

Jack Rackham

Photos : Robin Wright dans House of Cards.


mardi 19 novembre 2019

La Chatte voilée



Leïla marchait d’un pas décidé dans le désert, traînant derrière elle ce mari qui avait fait de sa vie un enfer. Elle se souvenait pourtant de leur première rencontre, un soir de printemps où il avait ébouriffé ses yeux comme un magicien et prise à de nombreuses reprises, entamant là un amour fou qu’elle pensait éternel.

Leurs galipettes étaient sans tabous, se livrant aux pratiques les plus interdites comme des écoliers découvrant toutes les jouissances possibles telle une succession de premières fois, à l’infini. Ils étaient tant épris l’un de l’autre qu’ils décidèrent de se marier. Pour la vie, ce n’était pas assez long pour eux mais ils verraient ça plus tard et Robert pris Leïla pour épouse, pour le meilleur et pour le pire.

Quelque chose changea alors, on ne sait pas pourquoi, mais Robert devint injuste, jaloux, casse-couilles, au point que Leïla ne l’aima plus. La religion avait-elle changé quelque chose pour son mari, elle qui ne croyait en rien sauf dans l’amour ?

Elle l’avait trainé alors au milieu du désert, avant qu’il ne pense à lui faire du mal et à ne plus lui faire du bien. Lui qui ne supportait plus qu’un autre la regarde, il allait voir combien elle était belle et désirable.

Entourée de nombreux hommes qu’elle avait rencontrés en chemin, elle ferma les yeux pour se livrer à eux et goûter à nouveau aux plaisirs qu’elle avait perdus. Sous l’œil de son mari…fou de rage !


Jack Rackham

- C’est bien vrai ça, Capitaine ? Ou c’est des conneries ?
- Tu sais Bosco, j’en connais quelques unes qu’il faudrait pas embêter longtemps…



mardi 29 octobre 2019

Les Dessous cachés de la Joconde


Les secrets de fabrication de histoire de l’Art foisonnent d’exemples similaires : la radiographie d’une toile célèbre révèle au grand jour les diverses étapes de sa réalisation, montrant par superposition les couches successives façonnées jusqu’à sa dernière figuration.

L’effet est souvent étonnant, les images successives aussi belles les unes que les autres, le plus souvent. Parfois, cela détonne un peu, violant plus l’intimité de la création que la bonifiant, surtout aux yeux des amateurs innocents et peu érudits, pas habitués à de tels outrages.

Ils préfèrent rester sur cette bonne impression initiale de leur ignorance, pensant après tout que le talent est rare, quelque chose d’unique auquel ils n’ont pas accès. Forcément.

« C’est un don ! ». Alors, comment regretter de ne pas avoir choisi la vocation artistique, picturale ou musicale, puisque seuls quelques élus étaient destinés à y prétendre ? Pas étonnant alors, d’avoir préféré la banque ou la maçonnerie, voire la fainéantise, car finalement beaucoup de choses demandent du talent…

La couture par exemple, et toutes sortes d’habiletés manuelles pour l’assemblage de tissus, donnant des vocations qualifiées de hautes, d’où ces grandes maisons de création aux noms célèbres et connues de par le monde.

Il y a aussi ce talent pas si universel, donnant accès aux choses de l’amour, alliant les capacités manuelles aux  manipulations mentales, regroupant en un les plus belles qualités humaines afin d’atteindre le sommet d’une chose souvent inaccessible : le bonheur.

Parait-il que le modèle initial qui servit à Léonard de Vinci pour son tableau La Joconde, était une sacrée friponne éveillée au libertinage, malgré un physique un peu ingrat et un léger strabisme.

« Mais elle avait un don ! » Dit-on.

Ah ?

Jack Rackham