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dimanche 26 septembre 2010

Ladycologue

J’ai parcouru des milliers de miles, par delà les mers et même les terres. Les vents ont tant frotté mon visage que je l’entends encore souffler, même quand ma porte est close et que la mer est d’huile. Mon tricorne se repose aujourd’hui de tant de va-et-vient que toiser un palmier armé de bananes mûres lui paraîtrait un combat trop fatiguant. Je n’ai pourtant point usé à ce point mes désirs et mes rêves que j’ai encore envie de voyager, de conquérir.  D’autres territoires me font encore vibrer et mon sabre n’attend qu’un signe pour se dresser  tel un phare rasant la mer pour appeler des sirènes…

A présent, mes voyages se font de mon hamac, dans mes rêves, ou dans ma cabine de Capitaine, par le biais d’une carte ou d’un globe tournoyant sur lui-même et s’arrêtant au hasard d’un pays. J’aime dérouler ces chemins de hasard, que je cale avec de vieux livres ou ma lorgnette.

Je laisse glisser mon doigt sur une carte, parcourant ces contrées où j’avais un flirt, un amour, une maitresse, caressant l’espoir de les revoir à nouveau…Qui sait si elles se souviennent de ces moments d’amour aux salives gourmandes, se régalant de nos atours comme des chiens aux gueules haletantes.

J’imagine ces parcours de ma vie où je gambadais sur ces rondeurs granulées et salines. J’hume encore ces fesses et ces toisons, fermant les yeux pour mieux ressentir leurs fumets et leurs formes. Mes doigts sentent encore leurs contours, si bien que je pourrais les dessiner…

Je prends mon crayon et mes plumes puis je trace la carte de mon cœur comme sur une femme accroupie. Où je marque les grands crus de ma vie, comme des capitales de souvenirs, des points d’orgues d’émotion. Je me remémore mes Ladies, de Madeleine à Katia, de Sara à Rita, en passant par  Clochette et Dana, jusqu’à Cameron et Josépha…

Quelquefois, j’oublie que je suis pirate et je contemple mon pays imaginaire…



Jack Rackham, ladycologue.

mercredi 11 novembre 2009

L'île des amours perdues


« Dana n’avait donné signe de vie depuis si longtemps que je ne me faisais aucune illusion sur la suite de notre collaboration. J’avais rangé ses quelques feuillets de sa création dans un tiroir, l’œuvre des artistes est sacrée, dépassant largement la valeur de l’individu qui l’a créée. Nul besoin d’aller voir sa cabane sous la canopée, je n’y aurais trouvé que de l’absence, à laquelle sa froideur m’avait déjà habitué…La loi des vases communicants étant immuable et faite drôlement de coïncidences, je me décidais à rejoindre un lieu de rendez-vous secret, celui qui m’avait dirigé ainsi que mon équipage vers l’île du Crâne…

Un message lapidaire a décidé de ce voyage, quelques mots sur un morceau de parchemin et ma vie avait chaviré. J’ai toujours laissé la vie mener mon chemin, les amours s’imposer ou s’étioler, personne n’aurait mon amour acquis sans qu’il ne me donne le sien en retour. Telle était la combinaison secrète de ma vie, et je venais de recevoir une clé qui l’ouvrirait peut-être.

Rêvant entre mes cordes, retranscrivant mes souvenirs amoureux, j’en profitais pour faire le point en voguant vers mon destin, vers cette île du Crâne à la sonorité crépusculaire. Tim remplissait ma vie de tous les jours, ce que je faisais pour elle également…Les libertés que nous nous accordions n’avaient de sens que dans la réciprocité de nos sentiments, mais était-ce de l’amour ou de la fraternité ? Nous échangions nos nuits et nos salives, mais nos secrets réciproques indiquaient bien des bifurcations à venir. Nous profitions du présent et c’était déjà ça…

Dans mes rêves, Sara servait d’amour idéalisé pendant que Rita s’imposait telle posée sur un piédestal d’amour et de sexualité. Pourtant nos vaisseaux étaient partis vers d’autres ports, n’ayant jamais songé à partager nos jours, nos repas et nos enfants…Entre mes cordes, Clochette et Zahiya m’avaient fait rêver, et Marie attendait son heure, les canailles !

De l’autre côté de l’île, quelqu’un m’attendait pour ce rendez-vous de longue haleine. Des mois avaient passé...Je fis apprêter le navire et dirigeais la manœuvre vers mon destin. Le vent était de mon côté, et nous fûmes rendu rapidement. Une belle crique nous accueillit et je descendis seul sur ce qui servait de ponton, quelques planches tenues par de la ferraille entre deux gros rochers. Je marchais vers une cabane qui était plantée au milieu d’un terrain plane, et quelqu’un en sortit subitement…

Un chapeau planté jusqu’aux oreilles laissait échapper de longs cheveux. La gorge nouée, je reconnus cette démarche. Je me remémorais une partie de ce message :
« …si tu te trouves à la mi-novembre, à la crique des deux-rochers sur l’île du Crâne, je serais là, j’ai une petite affaire à te proposer, mon trésor !… »

Katia était là, devant moi et simultanément, nous enlevâmes nos couvre-chefs pour mieux se voir. Emus, on s’embrassa. Pas un petit baiser timide de retrouvailles, non. Un gros baiser de quinze ans de retard, avec des pluies de mains pour se toucher, pendant que nos langues avaient entamées un bal que nous avions dansé souvent…

On se releva, presque rassasiés mais pas encore, et on se regarda longuement.

- Tu n’as pas changé, Jack. Peut-être la barbe, mais j’ai toujours aimé tes poils, hi hi…
- Toi non plus, Katia. On n’a que quelques années de différence, j’ai toujours aimé les femmes mûres…
- Et moi les gamins. Tu as lu mon courrier, tu es partant pour une petite affaire ?
- Tu parles, j’ai pas encore l’âge de la retraite, j’ai une petite idée de la question mais raconte... »

Le soleil est encore haut, les mouettes entendent leurs rires, et font des pirouettes dans le ciel comme pour fêter leurs retrouvailles. Bras dessus, bras dessous, ils sont là comme deux amants qui n’ont plus envie de se lâcher.et vont vers un rendez-vous imaginaire. Celui d’une nuit d’amour dont ils ont envie depuis longtemps…


Pour Jack Rackham.

vendredi 21 août 2009

Dana La Femme de Papier


Dana avait un tempérament un peu brut. Elle avait une manière bien à elle de prendre congé de ses visiteurs. Je ne sais si je préférais la descente d’arbre en projeté, ou la fermeture d’âme en guise d’au-revoir. On a beau avoir sillonné toutes les mers et combattu nombre de coquins, on se rend compte que le pire n’est pas celui qu’on croit…

Je tapais compulsivement sur mon portable pour me détendre, et accessoirement je cherchais le site des Aventures et Conquêtes des Mondes Cachés ou Engloutis. J’avais promis à Dana une collaboration littéraire et je comptais bien l’assouvir jusqu’à la lie. Un support de publication assermenterait notre travail, même si je n’avais encore aucune idée de la méthode à employer entre nous.

Entre deux pages, mon esprit s’évadait vers des pensées diffuses et des fantasmes…Dana occupait mon esprit. Je devais tenir promesse, la belle était de toutes façons butée comme une enclume, mais mon esprit était à moi et nul ne pouvait me le brider. Je m’adossais à mes cordes et je calais mes bras sous ma tête, souriant et partant au pays de merveilles…

Nous étions dans ma cabine et Dana était en fanfreluche sur mon lit. Elle semblait ravie mais impatiente…Je préparais les peintures qui allaient recouvrir son corps, et mes notes me serviraient de modèles, devant faire attention car je n’avais pas droit à l’erreur, la peinture n’autorisant pas à gommage ou seconde chance. Je tirais la langue et me lançais…

J’étais contre Dana et je commençais par les côtes pour retranscrire mes lettres. De l’autre main, pour m’appuyer, je touchais une cuisse, un sein. Elle me regardais dans les yeux et ne lisais ni malice ni sentiment. Le travail était plaisant et je me demandais bien comment j’avais réussi à la convaincre de se laisser peindre…Elle écartait un bras, se poussait selon le besoin, je faisais mon ouvrage, en profitant pour sentir son odeur, renifler les senteurs de sa peau, regardant ses aspérités, ses grains de beauté, que j’effleurais parfois sans faire exprès…

Elle se décalait un peu, moi tenant mes papiers et mon pinceau de chaque main, déplaçant ses longs cheveux et se découvrant à moi, s’ouvrant comme un livre et me dévoilant chacune de ses pages. Le lit l’accueillait comme un berceau, j’étais face à elle frôlant ses cuisses et me régalant du regard de la peau de son ventre…Je faisais mine d’ignorer son pubis jusqu’à ce que mon écriture en approche le secteur. Mon petit doigt gauche, du moins ce qu'il en restait, s’appuyait délicatement sur un endroit vierge près de sa toison pendant que je peignais les signes de mon récit…

J’envahissais ses cuisses de mes gribouilles, faisant mine de ne point voir et mettant mon nez à un millimètre de son intimité. Je retenais ma langue fidèle à ma promesse et lui faisait signe d’ouvrir plus grand ses cuisses pour lever ses jambes et la basculer en arrière, pour avoir accès à d’autres parties de son corps. Le tableau offert à mes yeux était ahurissant et je me régalais de cette Dana sauvage que je lisais comme un livre…

Un raclement de gorge me fit sursauter et je me retrouvais au milieu de mes cordes, surpris en plein rêve par Dana qui me toisait en souriant.
- En plein travail, Capitaine ? Lança t-elle.
- Je réfléchissais…Répondis-je, confus.

J’arrangeais mon pantalon, car les songes de mon sommeil m’avait émoustillé. Elle s’en rendit compte mais ne semblait m’en tenir rigueur.
- Tenez, je vous amène quelques feuillets de ma composition, vous me direz ce que vous en pensez. Vous avez réfléchi à notre projet ?
- Oui, une histoire de mondes engloutis et retrouvés…Ca vous dit ?
- C’est parfait ! 

Elle m’aida à me relever de mes cordes d’une main ferme. Ca me faisait drôle de la voir habillée. Décidément, on faisait tout à l’envers…

( A Suivre…)

vendredi 7 août 2009

La Tribu de Dana - par B


"Quel est le nom de cet homme déjà ? Ah oui: Jack Rakham. A la manière qu'il a eu de vouloir m'étreindre il doit avoir l'habitude qu'aucune femme ne lui résiste. ... J'espère ne pas y être allée trop fort en le propulsant dehors comme je l'ai fait, le pauvre. Je suis une vraie brute, parfois."

Dana repensait à cette rencontre inattendue alors qu'elle était à la cueillette et culpabilisait un peu de sa rudesse envers son visiteur. La végétation était luxuriante et, c'est vrai, elle ne manquait de rien. Elle agrémentait parfois les repas qu'elle préparait à ses enfants avec des poissons et des coquillages qu'elle ramenait du rivage. C'est d'ailleurs en y allant qu'elle l'avait vu. Elle avait préféré se dévoiler et se présenter plutôt que de jouer à une partie de cache-cache. Surtout, elle ne voulait pas que cet homme et ses compagnons envahissent son territoire et viennent mettre en danger la vie qu'elle avait choisi de mener là, loin de tous ces sauvages qui se disaient civilisés mais qui ne respectaient pas grand chose en réalité. En tout cas pas la confiance qu'elle avait cru pouvoir accorder à quelques-uns.
Son regard se voila au souvenir de sa vie passée et de ce qui l'avait amenée à partir vivre le plus à l'écart possible des hommes. Mais elle se reprit bien vite en se disant que ces choses-là avaient déjà une place: le passé. Elle comptait bien les y laisser.
Depuis qu'elle vivait là, et la vie n'était pas toujours facile en haut d'un arbre, même douillettement installée, elle était heureuse. Elle était aussi heureuse d'offrir une vie de cette qualité à ceux qu'elle aimait le plus au monde: ses enfants. A eux trois ils formaient une famille sereine qui n'avait pas à s'embarrasser des contraintes sociales. Ils vivaient au rythme de la nature, et cela leur allait bien.

Elle regarda la position du soleil. Bientôt dix heures. Elle décida de rentrer avec ce qu'elle avait déjà cueilli, de quoi tenir facilement trois jours.
En s'approchant de la maison elle entendit des éclats de voix. Intriguée, elle grimpa discrètement jusqu'en haut de l'arbre et entendit son fils dire de sa voix toute colorée: "Ah non, ma maman ne sera pas d'accord ! Il faut vite que vous partiez, sinon elle va se fâcher." Elle entra dans la maison et fut rassurée de voir que sa grande fille veillait sur son petit garçon. Elle prit celui-ci dans ses bras et lui demanda en frottant son nez contre le sien : "Et je ne serai pas d'accord pour quoi, petit bonhomme ?"
Le petit garçon tourna la tête et répondit "Le monsieur veut te parler."

Elle ne fut pas vraiment surprise de voir Jack:
"- Ah c'est toi ? Qu'est-ce qui t'amène par ici ?
- Toi, répondit-il simplement.
- Moi ? Comment, moi ?"
Jack eut un moment d'hésitation. Il semblait chercher une réponse. Puis une idée de génie sembla germer dans son esprit à en juger par l'éclat qui naissait dans son regard. Il sourit :
"- Tu m'as bien dit que tu écrivais. Il se trouve que j'ai aussi cette occupation solitaire, lorsque je ne suis pas occupé à ... Faire autre chose ... Avec des personnes.
- Et donc ? demanda Dana en réprimant un rire.
- Et donc, si cela t'intéresse, nous pourrions collaborer. Littérairement bien sûr ! S'empressa-til d'ajouter.
- Bien sûr ... répéta-t-elle en plissant ses yeux."
Elle sentit son regard sur elle portant son enfant dans les bras et elle eut l'impression qu'il la découvrait. Il réalisait que cette femme était une mère qui, telle une lionne, s'attaquerait sans pitié à quiconque s'en prendrait à ses petits. C'était dans ses yeux, dans ses expressions, et d'une manière générale, dans son attitude toute entière. Il comprit dès cet instant qu'elle se refuserait à lui mais pas seulement. Il comprit qu'elle ne laisserait plus aucun homme l'approcher, elle, ni entrer dans sa vie.

Elle posa son petit garçon sur le plancher.
"Je veux bien, dit-elle. L'idée d'un travail ensemble est intéressante. J'aime écrire. J'accepte ta proposition à la seule condition que notre collaboration ne dépassera pas le cadre de l'écriture et que tu respecteras la vie que j'ai ici avec mes enfants."

Il accepta le marché et elle sut qu'il tiendrait parole. Pour la première fois depuis longtemps elle se risquait à refaire confiance à un homme.
Pour lui faire comprendre qu'ils s'étaient tout dit elle lui montra seulement du regard l'entrée de sa maison. Elle n'eut pas besoin de l'éjecter pour qu'il parte.
B.

( A SUIVRE...)
B signe un blog appelé "Whispers" dont le lien est à côté...

mardi 4 août 2009

Psy cause toujours, Pirate !


Je ne sais si c’était l’arrivée à l’Ile du Crâne, mon amitié sincère avec Eloïse l’épicière du village, ou un différend passager avec Tim, mais je me retrouvais à nouveau sur le divan du carré des officiers, matant un tableau . Ce n’était plus le faciès borgne du Capitaine Willouby qui me faisait face, mais une scène champêtre de jeunes filles courant vers un sous-bois, qui n’étaient point unijambistes, ce qui l’améliorait déjà du tableau précédent.

Tout allait bien avec Lilly, mon infirmière, on avait recommencé quelques lancers de bouteilles à la mer et je l’avais même embauchée sur le Poséïdon. Exit le Carlito. Le Docteur Santiago avait pris son stylo et attendait que je commenças…

- Je crois que j’ai croisé un peu trop de Princesses ces derniers temps. Dis-je. Je dois faire une indigestion. Au début, il y eu cette princesse galloise, Karine…
- Elle vous déplaisait ?
- Non point. Mais j’ai passé quelques après-midi à garder ses nombreux enfants, pendant qu’elle faisait les courses. C’est terrible les gamins, cruels, j’ai même failli perdre au poker, c’est dire…
- Ensuite ?
- Il y eut cette Bérénice…Une belle blonde.
- Ah bon ? Et qui était-elle cette Bérénice ? Relança Santiago, pensif, et appuyant sa phrase d’un « Moui » approbateur mais ironique.
- Une princesse occitane, rencontré à une soirée guimbarde et viole, organisée par Bosco. Nous avons bu un dernier verre tardif où nous avons échangé nos sangs comme des vampires. Je suis sous son emprise depuis et je hurle chaque soir de pleine lune et me transforme en loup garou en reniflant partout…
- Vous éxagérez là ?
- Oui, un petit peu...
- Bon…vous m’aviez parlé aussi d’une reine de la pluie, une normande ?
- Oui, Yaëlle…Elle avait presque accepté de devenir mon second et remplacer Tim, quand elle se mit à clamer partout qu’elle était deux ! Vous vous rendez compte ?
- Oui, un dédoublement de personnalité sans doute…
- Ensuite ce fut un défilé de princesses…Une écossaise notamment, atteinte d’une frénésie d’écriture, écrivant partout, même dans les grottes alentour, on les retrouvera plus tard et on fera des études et des livres dessus ! 
- Moui…
- Sans compter les sorcières de l’amour…Gicerilla la courtisane, Maïa Luna la reine du balai , Colombine et son tarot magique…
- Ben dites donc, vous ne vous ennuyez pas, monsieur Rackham !
- Remarquez je n’ai que ça à faire…Et regarder le soleil, la mer, le ciel bleu, les palmiers et les mouettes.
- Pourtant, je sens chez vous une ombre. Un secret…Moui ?
- Mhhh….
- Allons allons, vous ne me dites pas tout. Vous me cachez quelque chose. Une autre princesse, peut-être…Une princesse bretonne peut-être ?

Je levais les yeux vers le tableau, cherchant mais ne trouvant point Dana, que j’attendais…

- Moui…Répondis-je.

vendredi 24 juillet 2009

Dana l'Indomptable


L’Ile du Crâne ! Nous y étions…Tous les hommes avaient le nez par-dessus la rambarde, le regard portant au loin vers les premières maisons. Tant de miles parcourus à la mesure de leurs espoirs…Un toit pour l’un, une famille pour l’autre, un pardon, l’oubli, des vacances, chacun ayant un but avoué et d’autres non avoués. Moi Jack Rackham, j’avais une petite idée de ma présence ici. Mais rien ne servait de se presser, mon contact n’était point arrivé et il fallait veiller au débarquement des cargaisons sur le ponton, avant de répartir ce qui devait l’être.

Bosco et Tim surveillaient les marins faire leurs tâches pendant que je décidais d’aller visiter les alentours. L’île du Crâne était peu marquée sur les cartes mais il convenait d’anticiper attaques et guet-apens. Ce n’est pas à un pirate qu’on apprend la mutinerie…

Les quelques baraques en bois se tenaient proches de la mer, agencées comme une rue prolongeant l’accès à la mer. Comme une ville minière ou celle des westerns, mais cela n’existait pas à l’époque, du moins je n’en avais point vu. Je passais la colline et arrivait dans une crique assez paradisiaque , où seuls quelques oiseaux répondaient à mes sifflements. Je m’accroupissais au bord de la plage, tâtant le sable mouillé et décidait de piquer une tête rafraîchissante.

Je souriais en faisant quelques brasses, barbe au vent, quand j’aperçus sur l’autre rive du plan d’eau, une forme humaine. Cette forme était même plutôt féminine et me parla :
- Qui es-tu, étranger ? Moi, je suis Dana.
- Dana, enchanté ! C’est un prénom celte…et irlandais. Enchanté ! Moi, c’est Jack. Un prénom de whisky !

Elle avait l’air douce et ses cheveux longs et frisés tombaient sur ses épaules et cachaient un peu ses seins. Elle me présenta quelques animaux de la région, le nom de quelques arbres et me convia à la suivre, pour me montrer son chez-soi. Plus on avançait, plus la forêt était dense et je me posais quelques questions sur les intentions de la belle. Car elle était belle, très belle…Sa peau était mordorée et donnait envie d'y poser sa main. Sa chute de rein invitait à l’amour mais sa robustesse dissuadait de passer à l’acte sans y être invité. Son pas décidé soulevait de temps en temps son pagne et je commençais au fur et à mesure de notre périple, à éprouver de drôle de sentiments pour ma compagne de voyage…

Arrivés, je vis l’endroit où elle vivait, qu’elle avait installé en haut d’un arbre. Des enfants qui lui ressemblaient allaient et venaient et je me demandais bien qui avait bien pu s’accoupler avec Dana. Et je l’enviais. Son logis était coquet et j’aimais les tentures qui le décoraient. Je remarquais des livres, d’un dialecte inconnu et mon regard lui fit répondre :
- J’écris.

J’étais sous le charme. J’avais beau voyager dans le temps, taper entre mes cordes sur mon bateau à l’aide d’un portable mais j’étais épaté.
- Tu es bien ici ? Tu ne manques de rien ? Lui demandais-je.
- Non. Je n’ai besoin de rien, je suis bien. Répondit-elle, de sa voix claire et sucrée.
- Bon…

Je pensais à Bosco, et Tim surtout, mais pas longtemps. Je la regardais, je la déshabillais du regard et elle s’en rendit compte. Elle s’approcha de moi, et commença à frotter son nez contre ma joue. Elle se jouait de mon désir et ça me plaisait. Je lui touchais les seins…Mais ses sourcils froncèrent et elle commença à me rouler-bouler sur le côté. Je n’en attendais pas tant et j’aimais ce genre de bagarre avec une femme…Je reniflais sa peau de plus près et on n'en était plus aux frôlements. Elle avait entouré ma taille de ses cuisses et je sentais sa force…Elle serrait de chaque main une des miennes et voulait me montrer qu'elle me tenait tête. Nos visages se croisèrent et nos bouches furent en vis-à-vis un instant. Je l’embrassais…

Je sentais sa langue contre la mienne et je me mis à la désirer. Je fis mine de la prendre mais elle se dégagea et de ses deux jambes me propulsa hors de ses appartements…Je tombais de l’arbre, sans gravité heureusement. Elle se tenait au dessus de moi, les mains sur les hanches et cria, à qui voulait l’entendre :
- Je suis Dana et je suis Indomptable. Je n’ai peur de personne !

Pourtant, elle était gentille, car elle rajouta : 
- Tu n’es pas blessé ? Tout va bien ?

Je sentis que c’était le moment de partir. J’avais le chemin du retour à faire et traverser toute cette forêt vierge et ses mangroves touffues n’était pas une mince affaire. Je lui fis signe de la main, elle me répondit. Un « Reviens quand tu veux. » me rendit mon sourire et j’y comptais bien. Je sentais encore son odeur, qui se diffusait d’arbre en arbre jusqu’à moi. Je réalisais que j’étais nu et cachais mon sexe, pour garder secret mon désir.

Je repartais vers le village, sentant le regard de Dana sur mon cou…

* * * 

Je regardais partir le pirate, et attendit qu’il disparut de ma vue pour me détendre. Je pensais à cet homme un peu bavard et inquisiteur. Ma langue se souvenait de son passage et j’avais même trouvé ça bon. Mais je n’étais point résolue à revenir à la civilisation, à revivre comme avant, à aimer…

Comme des petits chiots, les enfants s’amusaient dans une mare et s’envoyaient de l’eau. Je regardais alentour si rien d’animal ne les guettait. Tout allait bien.

Le nom de cet homme déjà ? Oui, Jack Rackham…