
L’Ile du Crâne ! Nous y étions…Tous les hommes avaient le nez par-dessus la rambarde, le regard portant au loin vers les premières maisons. Tant de miles parcourus à la mesure de leurs espoirs…Un toit pour l’un, une famille pour l’autre, un pardon, l’oubli, des vacances, chacun ayant un but avoué et d’autres non avoués. Moi Jack Rackham, j’avais une petite idée de ma présence ici. Mais rien ne servait de se presser, mon contact n’était point arrivé et il fallait veiller au débarquement des cargaisons sur le ponton, avant de répartir ce qui devait l’être.
Bosco et Tim surveillaient les marins faire leurs tâches pendant que je décidais d’aller visiter les alentours. L’île du Crâne était peu marquée sur les cartes mais il convenait d’anticiper attaques et guet-apens. Ce n’est pas à un pirate qu’on apprend la mutinerie…
Les quelques baraques en bois se tenaient proches de la mer, agencées comme une rue prolongeant l’accès à la mer. Comme une ville minière ou celle des westerns, mais cela n’existait pas à l’époque, du moins je n’en avais point vu. Je passais la colline et arrivait dans une crique assez paradisiaque , où seuls quelques oiseaux répondaient à mes sifflements. Je m’accroupissais au bord de la plage, tâtant le sable mouillé et décidait de piquer une tête rafraîchissante.
Je souriais en faisant quelques brasses, barbe au vent, quand j’aperçus sur l’autre rive du plan d’eau, une forme humaine. Cette forme était même plutôt féminine et me parla :
- Qui es-tu, étranger ? Moi, je suis Dana.
- Dana, enchanté ! C’est un prénom celte…et irlandais. Enchanté ! Moi, c’est Jack. Un prénom de whisky !
Elle avait l’air douce et ses cheveux longs et frisés tombaient sur ses épaules et cachaient un peu ses seins. Elle me présenta quelques animaux de la région, le nom de quelques arbres et me convia à la suivre, pour me montrer son chez-soi. Plus on avançait, plus la forêt était dense et je me posais quelques questions sur les intentions de la belle. Car elle était belle, très belle…Sa peau était mordorée et donnait envie d'y poser sa main. Sa chute de rein invitait à l’amour mais sa robustesse dissuadait de passer à l’acte sans y être invité. Son pas décidé soulevait de temps en temps son pagne et je commençais au fur et à mesure de notre périple, à éprouver de drôle de sentiments pour ma compagne de voyage…
Arrivés, je vis l’endroit où elle vivait, qu’elle avait installé en haut d’un arbre. Des enfants qui lui ressemblaient allaient et venaient et je me demandais bien qui avait bien pu s’accoupler avec Dana. Et je l’enviais. Son logis était coquet et j’aimais les tentures qui le décoraient. Je remarquais des livres, d’un dialecte inconnu et mon regard lui fit répondre :
- J’écris.
J’étais sous le charme. J’avais beau voyager dans le temps, taper entre mes cordes sur mon bateau à l’aide d’un portable mais j’étais épaté.
- Tu es bien ici ? Tu ne manques de rien ? Lui demandais-je.
- Non. Je n’ai besoin de rien, je suis bien. Répondit-elle, de sa voix claire et sucrée.
- Bon…
Je pensais à Bosco, et Tim surtout, mais pas longtemps. Je la regardais, je la déshabillais du regard et elle s’en rendit compte. Elle s’approcha de moi, et commença à frotter son nez contre ma joue. Elle se jouait de mon désir et ça me plaisait. Je lui touchais les seins…Mais ses sourcils froncèrent et elle commença à me rouler-bouler sur le côté. Je n’en attendais pas tant et j’aimais ce genre de bagarre avec une femme…Je reniflais sa peau de plus près et on n'en était plus aux frôlements. Elle avait entouré ma taille de ses cuisses et je sentais sa force…Elle serrait de chaque main une des miennes et voulait me montrer qu'elle me tenait tête. Nos visages se croisèrent et nos bouches furent en vis-à-vis un instant. Je l’embrassais…
Je sentais sa langue contre la mienne et je me mis à la désirer. Je fis mine de la prendre mais elle se dégagea et de ses deux jambes me propulsa hors de ses appartements…Je tombais de l’arbre, sans gravité heureusement. Elle se tenait au dessus de moi, les mains sur les hanches et cria, à qui voulait l’entendre :
- Je suis Dana et je suis Indomptable. Je n’ai peur de personne !
Pourtant, elle était gentille, car elle rajouta :
- Tu n’es pas blessé ? Tout va bien ?
Je sentis que c’était le moment de partir. J’avais le chemin du retour à faire et traverser toute cette forêt vierge et ses mangroves touffues n’était pas une mince affaire. Je lui fis signe de la main, elle me répondit. Un « Reviens quand tu veux. » me rendit mon sourire et j’y comptais bien. Je sentais encore son odeur, qui se diffusait d’arbre en arbre jusqu’à moi. Je réalisais que j’étais nu et cachais mon sexe, pour garder secret mon désir.
Je repartais vers le village, sentant le regard de Dana sur mon cou…
* * *
Je regardais partir le pirate, et attendit qu’il disparut de ma vue pour me détendre. Je pensais à cet homme un peu bavard et inquisiteur. Ma langue se souvenait de son passage et j’avais même trouvé ça bon. Mais je n’étais point résolue à revenir à la civilisation, à revivre comme avant, à aimer…
Comme des petits chiots, les enfants s’amusaient dans une mare et s’envoyaient de l’eau. Je regardais alentour si rien d’animal ne les guettait. Tout allait bien.
Le nom de cet homme déjà ? Oui, Jack Rackham…