lundi 30 mai 2011

Du Vent dans les Poils

Ma grenouille était sortie de son bocal et je profitais un peu du soleil de printemps sur le pont de ma goélette. Les sirènes étaient de sortie et je faisais un peu de rangement dans mon carnet d’amours de tous les temps. 

Rita avait glissé au classement général au point d’être détrônée de mon plus bel amour. D’ailleurs la place était vacante et je songeais à qui allait faire battre mon cœur pour l’éternité, du moins jusqu’à la semaine prochaine. Madeleine avait disparu de la circulation, emportant avec elle le goût du henné et de sa bouche douce et magique. Je jetais par-dessus bord, les tièdes, les incertaines et les amours non partagées. Et une brise légère frôlant le duvet de mes bras me rappela au bon souvenir de mon amie Katia, qui avait pour avantage d’être sortie de mon imaginaire et qui faisait à peu près ce que je voulais. Enfin, je crois…

Je rayais aussi les amours enfantines et les rencontres du samedi soir, l’enfance comme le rhum ayant la fâcheuse tendance à embellir le moindre canasson. Ayant fait place nette et jeté à la mer les débris de mon cœur avec les amours mortes, je pouvais enfin contempler le square verdoyant de mes sentiments de pirate accompli.

 Imaginant l’amour fou tant désiré, je lui prêtais une animalité sans pareille. Nos corps seraient des festins l’un pour l’autre, et l’explosion de nos appétits n’en n’aurait que plus de goût. Les poils de nos atours secrets seraient comme des barbes à papa et les tabous de nos ancêtres oubliés jusqu’à la fin de nous.

Nos cœurs palpiteraient à chacune de nos pensées de l’autre, électriques comme des trains en gare au moment du départ. Nos sens capteraient nos présences et nos noms à la moindre évocation, et des liens télépathiques uniraient nos âmes en des orgasmes immenses.

Nous écririons des mots aux feux de tous les temps et dessinerions nos mondes imaginaires. Nos créations feraient le tour du monde, conduisant un peu partout nos élans et nos faims.

Je relevais mon tricorne et notais un prénom en haut de mon carnet, pendant que la brise caressait encore mon duvet de marin, sous le soleil couchant…


Jack Rackham
Je mange mes haricots sur le pont désert de mon après-midi, bon appétit !

vendredi 27 mai 2011

Un Collier de Perles


J’ai rêvé d’un collier de perles…

Les méandres de mon inconscient de Capitaine s’agitent et mes nuits se remplissent de rêves incompréhensibles dont j’ai bien du mal à dénouer le sens.

Je suis pourtant candide et pur, et je fais un effort pour édulcorer de mon cerveau tout mauvais esprit. Je dois reconstituer de plus ces rêves dont je n’ai souvenir, et quelques bribes, quelques odeurs, recomposent par déduction une image finale comme un musée  reconstitue à partir d’un os un dinosaure.

Partie loin au-delà des mers, je pense à ma bien-aimée qui me manque et je m’approche de ce collier de perles aux senteurs des îles, évoquant le voyage et les palmiers sauvages. Mon nez rejoint mon tricorne fourbu de se retourner dans ce grand hamac en solitaire et mon doigt effleure une dernière pensée fugitive de cette femme offerte à mon désir…

mardi 24 mai 2011

Maia nue

J’avais repris depuis peu les crayons et les encres pour dessiner les longues après-midi d’été qui arrivaient. Les collines de l’île du Crâne donnaient l’impression de jeter un œil sur mon chevalet en surplombant leur bienveillance au dessus du Poséidon. Il y avait aussi Maia devant moi qui avait bien voulu poser pour moi, me rappelant ces séances avec Katia qui avaient ébouriffé ma jeunesse mais découragé mon talent artistique.

Maia s’était déshabillée tout doucement pour me faire de l’effet et stimuler mon coup de crayon, comme elle l’avait suggéré avec un rire de fouine dont elle avait le secret. Son nez retroussé avait ponctué la rigolade puis elle avait repris la pose, voulant donner le meilleur d’elle-même, sage comme une image pieuse. Une petite allergie aux poils de Mage avait aidé néanmoins à ma manœuvre de m’approprier un peu de son temps et j’en étais ravi…

Elle me regardait par-dessus son épaule et je tirais la langue pour chaque trait ou estafilade que je posais avec incertitude sur la feuille de mon chevalet, voulant donner aussi le meilleur de moi-même. « Je te plais ? » voulait-elle dire par le résultat de mon dessin, mais elle n’avait pas tort de ce lapsus. Elle me plaisait, énormément, et mentalement je lui léguais tous mes poils de pirate pour les générations à venir.

Je la regardais en long et en large, m’alléchant de chaque portion de sa belle peau enluminée de rousseurs à croquer, m’attardant aussi sur de nombreuses commissures ça et là. Ses tétons donnaient envie de s’y ressourcer et j’entr’apercevais de profil quelques frisures pubiennes qui donnaient idée d’y glisser des doigts pour s’y tourner comme des cheveux.

Sa peau laiteuse donnait envie de la toucher et me faisait rêver. D’une main je la fis tourner sur elle-même et je plaçais son corps à ma guise. Privilège de l’artiste de manipuler le modèle, j’avais toujours su pourquoi j’aimais dessiner…

Elle lâcha le frou-frou qui entourait jusque là son bustier puis saisit ma nuque et m’embrassa. Sa langue plongeant au fond de ma gorge s’agrippa à mon désir profond pour ne plus le lâcher. Je lui rendis son baiser avec force aussi et nos mains se mirent à parcourir nos corps comme des affamés.

Le meilleur pouvait commencer…


Photo de Marina Lombardo, par Etienne Delorme.
Lien de son blog > Blog de Marina Lombardo, mannequin.

vendredi 20 mai 2011

Un Thé à l'Amante

Les jardins secrets de Capitaine sont ouverts aux quatre vents. Non pas que mon cœur papillonne ou que je collectionne les aventures, quoi que, mais j’ai abordé quelques fois des terres inconnues qui m’ont fait rencontrer le mystère et le goût du défendu.

Basculant parfois des contrées orientales aux terres des pays basques, mon navire avait fait escale entre les deux pour connaitre les désirs cachés de mes courtisanes.  Et sur le pont à cinq heures tapantes, j’attendais visites de mes invitations, en priant que mes messagers pigeons avaient bien effectué leur mission. 

J’avais installé dans un salon quelques coussins confortables et j’invitais ma première arrivante à s’enfoncer dans ce matelas de mes sentiments, en face d’une table garnie où se mélangeaient  un thé fumant et des gâteaux sucrés aux goûts de miel. Quelques rires nous rapprochèrent et à travers le voile qui cachait le visage de mon invitée, j’essayai de deviner son identité. Ses yeux étaient pourtant clairement dessinés et visibles mais une sorte de magie avait tétanisé ma mémoire, et développé en contrepartie mon désir et mes sens...

Hypnotisée elle aussi, son regard en amande oblique zieutait bien mes atours, qui rendaient honneur à sa visite. J’en profitai pour glisser une de mes jambes entre les siennes, écartant doucement les pans de sa tunique pour remonter entre ses cuisses avec mon pied. Elle semblait docile pendant qu’elle aspirait de ses lèvres vibrantes le thé à la menthe brûlant. Elle appréciait mes caresses car elle bascula en arrière pour mieux s’offrir et sentir mes orteils. Je regardai sa bouche jouer avec le thé puis je lui offris un fragment de zalabias que je poussai dans sa bouche avec mon doigt. Le miel et sa salive se mélangèrent pour ne faire qu’un et retirant mon pied, je plongeai mon autre main pour d’autres sortilèges. 

Sa bouche occupée par mes phalanges, je sentis ses paumes apprécier ma fougue qui semblait convenir à son appétit et à ses rêves. Tel un gâteau au miel elle m’engouffra profondément en me déglutissant pour gagner du terrain et de l’extase. En même temps, elle saisit des raisins de ma coupe et les serra comme une douce garce. Un soubresaut de plaisir me tétanisa et je lui offris un sirop de mon cru qui rafraichissait son gosier après un après-midi de canicule.

Nous échangeâmes un baiser au goût de retrouvailles et elle s’endormit au milieu des coussins comme un bébé. Je n’attendis pas les autres courtisanes et ordonnai à l’équipage de mettre voiles vers l’île du Crâne, où une autre vie m’attendait…

Je sentis une main robuste secouer mon épaule et me réveillai.

« Un thé capitaine ? » me lança Bosco.

Je refusai poliment d’un geste de main, il n’allait pas me gâcher mon rêve celui-là, non ?

mardi 17 mai 2011

Courtisane

Sa peau douce effleure l’air du temps et son pigment se souvient des amoureux qui l’ont touchée…Elle aime les doigts qui courent sur elle et la déflorent, la troublant et réveillant sa partie animale qui a une faim de tout. Leurs langues ont laissé la trace de leur envie, ses poils sont encore retournés de plaisir, embrassant chaque endroit pour apaiser son corps jusqu’à la fin. Elle les a rassasié, nourri de sa chaleur et les a engouffrés de ses plus beaux orifices pour ériger en elle leur amour propre, et y enfouir leur souvenir à jamais. 

Elle est belle et se retourne, féminine, caressant ses cheveux et montrant son corps au plafond qui se régale du privilège. Un miroir oublié lui fait un clin d’œil et révèle des fesses rebondies, s’écartant en chemins de plaisir y invitant ses meilleurs amis. Ses bras se tirent vers le mur, découvrant des aisselles appétissantes et ses os craquent pour appeler ses cuisses à s’ouvrir et ses reins se cambrer. L’attente a trop duré, elle a envie d‘amour et se redresse.  Elle compulse son carnet et va y poser un doigt. Un vent coquin tourne alors une page et envoie Robert au rayon des envies, c’est Chris qui a gagné…

Ils sont attablés à la terrasse d’un bistrot et compulsivement, elle enroule un doigt autour de ses cheveux en louchant et tirant la langue. Elle aime faire l’idiote avant de faire l’amour, ça la détend et lui, ça l’amuse. Il rit comme un enfant mais elle voit un homme qui va bientôt la combler et la prendre comme une locomotive filant vers Istanbul. Elle a hâte et elle écarte ses jambes en signal de départ, pour rejoindre un lit de plaisir. Ou un parking auto, ou un buisson sauvage, ardent comme son fourreau qui réclame sa pitance.

Il est là sur le lit qui attend son bourreau, son sabre est aiguisé et ses poils hérissés.  Elle goûte sa réglisse et son suc est sucré. Elle se suspend au lustre et saute sur l’armoire, l’amant est bien monté. Ils sautent à pieds joints dans leurs précipices et les coïts de délivrance succèdent à leurs bouchées de l’autre. Ils se reculent pour mieux se prendre et des copeaux d’envie se transforment en lambeaux de peaux. Ils se promettent la vie entière, elle a eu son vit et lui son cul de sac.

Les amants se séparent d’un signe en guise de se voir, les yeux ébouriffés des chas d’aiguilles et des trous enfilés. Il passe le coin de la rue quand elle s’étire et dort. Son amant l’a aimée comme un train de plaisir et  elle change de quai avant qu’elle ne s’égare. Son corps transpire encore le goût du capitaine et sa pelisse s’égoutte, jusqu’au petit matin…

Elle se lève, reposée comme une pâte à pain. Son esprit est ailleurs et regarde autour d’elle. Son carnet est posé près d’elle. Comme un oiseau, elle le picore et le feuillette.


Elle pose un doigt au hasard. Qui sera le prochain…

samedi 14 mai 2011

Le Pape est mort


Quelquefois calé entre mes cordes et attendant de taper de nouvelles histoires, j’aime bien écouter la radio. Les hommes sont contents aussi car ils profitent de la musique et quelques tubes de Lady Gaga ont eu leur moment de gloire. Point de haut-parleurs, nous sommes dans un monde imaginaire et chacun entend ce qu’il veut sur la goélette de Jack le Pirate…

Les longues journées maritimes sont donc régies par quelques évènements radiophoniques et l’heure des infos est un moment sacré. Les résultats sportifs délivrent des cris de joies ou de déceptions, vite oubliées par la politique internationale ou le cours de la bourse. Les matelots sur les navires pirates sont plus érudits qu’on croit, et j’aime savoir que le destin de mon Poséidon est entre de bonnes mains. Même si elles manient mieux le cordage ou la croupe, que le tocsin ou le clavier.

J’ai remarqué pourtant des réactions diverses au cours des diffusions multiples de cette radio commune, pour des journées ou des évènements spéciaux. Quelques morceaux d’Elvis Presley à la queue-leu-leu leur mis la puce à l’oreille sur son état de santé et la nuit venant au rythme de Don’t be Cruel ou Jailhouse Rock, il fut canonisé avant même le résultat de son autopsie. Les grilles d’une radio sont établies de telles manières que tout changement indique en lui même une information capitale et l’arrêt des habitudes remplacées par un programme musical muet, parle de lui-même.

Ce jour-là, pour une raison inconnue, de la musique classique avec de grandes orgues pontifiantes et  des chants aux allures de psaumes, avaient rempli nos oreilles et questionné nos intellects. Musique sacrée, liturgique et chants grégoriens, tout y passa, y compris quelques negro spirituals qu’entonnèrent en cœur les matelots, jusqu’aux plus hauts cordages du bateau. Cela arriva jusqu’aux mouettes qui cessèrent même de voler un moment.

On ne pensa même pas qu’un des programmateurs avait simplement un goût pour la grande musique ou un différent de contrat avec un de ses chefs, mais Bosco, un gros mouchoir entre ses grosses pognes et l’œil vitreux des jours d’abstinence, lança avec évidence :

«  Le Pape est mort, je crois bien… »

Depuis ce jour-là, je suis aux aguets pour tout changement de programmes, ou dès qu’un chanteur a droit à plusieurs chansons d’affilée sur les ondes. Idem pour la télévision, les multidiffusions d’un auteur ou d’un acteur mettant une puce à mon oreille de pirate.

Ce qui fait dire parfois à Tim, toujours la plaisanterie à la boutonnière :
 « Et Michael, qu’est-ce qu’il devient ? On l’entend plus… » Avec un petit sourire entendu.

Alors moi je guette un « Thriller, un « Beat It » ou autre « Billie Jean », en tremblotant…
 

vendredi 13 mai 2011

Les Origines de l'île du Crâne


C’était il y a bien longtemps, bien avant les premiers sauvages répertoriés des Caraïbes. Quelques voyageurs de Cuba ayant franchi la mer et surpassé leur peur pour arriver à ce gros caillou dans l’océan. L’histoire avait commencé par une drôle de tradition qu’avaient instauré quelques femmes d’une tribu cannibale…

Quelques centaines de sauvages avaient pris possession du lieu et les longues journées précédaient de longues soirées à la fraîche où l’alcool tiré des raisins fermentés les enivrait jusqu’au bout de la nuit. C’étaient de véritables orgies qui se déroulaient à vrai dire, les couples s’échangeant puis se mélangeant puis tout…

Quelques femmes un peu lubriques et surtout sadiques avaient profité de l’ivresse ambiante pour se débarrasser de quelques compagnons trop violents ou impuissants. Et c’est après les avoir égorgé dans leur troisième vin, qu’elles avaient pris coutume de boire dans leurs crânes pour fêter leurs libertés nouvelles. On raconte que quelques hommes au courant de la tradition avaient laissé en plan leur compagne d’alors, ayant peur de représailles au cours de ces longues nuits.

Telle est l’histoire de cette île, qui finit par n’être peuplée que de femmes et de chèvres jusqu’à l’arrivée de quelques colons qui reprirent le flambeau des aspirations festives mais autrement.

On dit que l’arrivée d’un Capitaine instaura en ces lieux des rites colorés de tartes aux fraises aux connotations sodomites, mais ça c’est une autre histoire…

Jack Rackham.
( Illustration : Saudek.)

lundi 9 mai 2011

Education sexuelle


Mon doigt plongé au profond de mon appendice nasal, mon âme d’enfant ressurgit au milieu de l’océan de mes passions. Un petit Rackham plus vrai que nature préfigure une enfance oubliée mais j’ai de la ressource en tapant sur mon portable qui chauffe sec…

- A quoi penses-tu  Jack ? Me demande ma maîtresse.
- Euh, à rien. Dis-je en enlevant mon doigt, distrait.

- On ne dirait pas. Je connais les loustics. Un porte-jarretelle oublié ou un décolleté trop plongeant  et on est vite l’instrument des rêveries les plus folles. L’enseignement est un sacerdoce et nombre de vocations n’ont servi qu’à débrider l’imagination des sales mioches ou de modèles nus imaginaires.
- Vous avez raison, madame! Coupa Maia, assise pas loin. Je suis sûr que Jack imagine des choses, c’est un coquin !
- De quoi je me mêle ? Réponds-je à Maia. T’es qu’une jalouse c’est tout. Moi qui voulais t’inviter à pique-niquer dans la forêt…
- C’est vrai ?? Moi ? Avec un grand panier plein de provisions et une grande nappe à carreaux ?
- Voui…
- Remarque, rien qu’en regardant la photo juste-là, on voit bien à quoi tu penses ! Ha ha !!
- Alors, tu viens ou pas Maia?
- J’arriiive, Jaaack ! J’adore les rendez-vous secrets, surtout avec un pique-nique !
- Alors, ferme les yeux et on part dans la forêt…

- Alàààà !
- Tu peux les rouvrir, Maia…
- Roôôoooo ; c’est beau ! La nappe à carreaux et tout…Mais dis donc, qu’est-ce que c’est ça ?
- Quoi ? Dis-je avec mon sourire énigmatique habituel, relevant mon tricorne.
- On a changé ! On n’est plus les même et on est grands ! Ho, qu’est-ce que je suis belle avec mes grandes jambes et tout. Et toi Jack, t’es rudement bien bâti, roôôooooo…
- Alors, il te plait ce pique-nique Maia ?

- Oh oui…A quoi penses-tu, Jack ?
- Euh, à rien. Dis-je...

La vie est un éternel recommencement !
Jack Rackham

vendredi 6 mai 2011

Un Vampire sur le Pont

Depuis quelques temps sur le Poséidon, une sorte d’atmosphère étrange avait envahi le quartier des matelots et il faisait bon ne pas arpenter les coursives après une certaine heure. Une rumeur avait raconté la présence d’un personnage nocturne, suite au transport d’un cercueil venant de Roumanie, et les imaginations allaient bon train surtout pour des personnes n’en ayant pas ou peu.

Et la rumeur aidant, il avait fallu que j’use de toutes les parts de tarte aux fraises possibles pour avoir du personnel pour les quarts de nuit. Tim et moi avions du néanmoins alterner nos veilles pour assurer la sécurité du bateau. Je n’étais pourtant pas inquiet plus que ça, mon sixième sens de pirate me disant que cela n’était pas ce que l’on croyait…

Une nuit, pour en avoir le cœur net, je me mis à guetter ombres et mouvements en me cachant derrière le poste de commandement, habillé de noir et couvert de suie pour les parties découvertes. Puis j’attendis.

Je crus avoir perdu mon temps et me préparais à regagner cabine quand j’aperçus une cape flotter sur le ponton puis gravir la passerelle  du bateau. Une ambiance enivrante avait recouvert tout le navire et l’ombre coiffée d’un haut de forme des grands soirs s’engouffra dans l’escalier menant aux cabines des hommes. Je la suivais, dague à la ceinture, et décidais d’attendre que mon homme agisse.

Entrant dans la première chambre, je le laissais faire et collais ensuite mon oreille à la porte pour suivre de près ses agissements. De longs soupirs et une respiration entrecoupée de spasmes sortirent de la chambrée et plusieurs fois de suite, j’entendis ces signes reconnaissables. L’ombre s’apprêtait à passer à la porte suivante quand je le saisis par l’épaule. Ses longs cheveux se défirent brusquement et derrière son masque, je devinais un vampire assoiffé. Pourtant en tâtant un peu plus bas, je trouvais des seins dodus et excités. Je comprenais un peu le stratagème et sans attendre consentement, je défis mon pantalon et proposais à ma prisonnière un échange contre sa liberté.

Elle remplit parfaitement son marché, et son gosier rassasié n’avait rien à voir avec celui d’un Dracula. Puis filant sans demander son reste, j’éclatais de rire sans crainte de réveiller des matelots copieusement gâtés et qui dormaient comme des bébés…

Le lendemain, je croisais sur le pont l’aide cantinière qui ayant peu dormi avait gardé au coin d’une lèvre quelques traces de suie qui me rappelaient quelque chose. La vie redevint normale sur le navire et ne prêtais plus attention aux récits de mes hommes, des petits malins à l’imagination bien délurée.

Je gardais néanmoins en mémoire cette histoire et complétais en lettres rondes dans mon journal :

« Certains vampires ne se nourrissent pas que de sang… ».


Jack Rackham.

Photos : Dracula, de Francis ford Coppola (1992, avec Gary Oldman) et affiche de Spermula, de Charles Matton (1976, avec Dayle Haddon).