J’avais promis à mon amie Katia une balade en bateau, depuis le temps que je la délaissais pour d’autres jouvencelles. Bien qu’elle ne fut plus de première jeunesse, je la voyais toujours avec les yeux de l’amour, étant bien obligé de reconnaitre la force de mon sabre qui donnait du nerf à son approche et même à plusieurs centaines de mètres. L’évocation même de son prénom me faisait de l’effet, sans que j’y puisse quelque chose. Katia, Katia, Katia, Katia, Katia, Katia, Katia, Katia…
Je louais une embarcation légère munie d’une voile de confort, mais nos yeux simultanés de Chimène voyaient la goélette de notre jeunesse, ce temps où nous roulions à bicyclette vers cette « Ile au Trésor »…* (Voir le texte du même nom, libellé Katia)
Le temps était clément au début de notre odyssée mais il se gâta rapidement. Les vagues prirent de la hauteur et le roulis dans la salle principale nous rapprocha inéluctablement, Katia et moi. Le moindre contact entre nous sollicitant déjà nos papilles et nos sens, nos corps se choquant sous la tempête firent de nous deux bêtes animales, se reniflant et se tâtant comme des morts de faim…
Nous nous arrachâmes mutuellement nos vêtements et nous allions nous posséder goulûment quand un hublot se brisa, nous alertant d’un danger imminent. Bondissant tels quels sur le pont envahis par les vagues et la mer, nous sursautâmes devant le spectacle ahurissant : Une pieuvre géante aux tentacules violacées venait de se saisir du bateau et jouait avec comme un hochet…
Fouettés par les eaux en furie, nous tentions de nous accrocher à quelques cordes pour éviter de finir à la mer. Mais nous nous accrochions surtout l’un à l’autre, accentuant nos envies réciproques et tentés de succomber à la chair avant la tempête. La tête géante nous regardait de son œil, jaloux de nos intentions et nos envies. Je lui tirais la langue…
Furieux d’une telle insolence, la bête se mit à secouer le bateau de plus belle et nous fûmes projetés vers l’arrière du pont. Les quatre fers en l’air, Katia s’engouffrait dans une descente d’escalier menant aux cabines et j’en profitais pour me rincer l’œil, admirant son système pileux époustouflant. Mon sang ne fit qu’un tour et je décidais d’aller assouvir nos instincts sur le champ. Le bateau semblait bouger comme sur des montagnes russes mais j’étais bien décidé à rejoindre ma belle pour une partie de jambe en l’air monumentale !
Je m’approchais de la porte d’accès quand je reçus un coup sec derrière le crâne, au point que je crus avoir rencontré une montagne ou un éléphant. Tout fut noir. Puis je me réveillais doucement, la tête en mille morceaux et Katia était au bas du lit, me regardant ébahie :
- Oh Jack! Oh, mon Jack…
J’essayais de me relever mais sans succès. Je ressentais tout de même une drôle d’émotion car la vue de Katia m’avait émoustillé, mais c’était habituel. La tempête avait du se calmer car plus rien ne bougeait. Sauf…
Les yeux exorbités et avides de mon amie m’indiquaient bien ce qu’ils regardaient. Point d’aventure, point d’animal géant soulevant les eaux et les navires, je sentais venant du fond de mon être et de mes rêves une force ondulatoire et puissante qui représentait tout mon amour pour Katia…
Votre Jack Rackham.
Illustration : Anagram Bookshop.









