Les va-et-vient fleurissent bon la vie quotidienne de l’Ile
du Crâne et c’est souvent que nous accueillons des pirates en retraite, des vacanciers oisifs, ou quelques excentriques perdus entre deux mers.
Justement cet été là, nous avions eu la visite d’un homme curieux,
à l’accent fort et chaloupé, volubile et mystérieux à la fois, souriant et
dégageant un charisme certain. Bâti comme un colosse sous des airs nonchalants,
il aimait à parler aux mouettes avec ces intonations enchanteresses qu’il terminait souvent par une sorte de code appelé « une fois ».
Habitant près du ponton du Poséidon, il avait su sympathiser
avec tout l’équipage et surtout les cantinières. Qui l’accueillaient au moment
des repas, lui enseignant quelques recettes de sauces qu’il promettait ramener
dans son pays dont le plat principal était une friture de pomme de terre.
D’autres fois il emmenait l’une ou l’autre, ou parfois les trois,
dans sa cabane pour leur raconter des histoires d’un autre monde ou même leur
montrer des estampes japonaises. Son rire franc et puissant allait parfois résonner
à l’autre bout de l’autre vallée de l’île, et ricochant vers les mers du nord,
des marins s’en faisaient l’écho à s’en bidonner la panse.
Benoit, puisque c’était son nom, partit un jour de grand
vent vers le large à bord d’une barque qu’il avait construit lui-même avec des
bananes séchées. Entonnant son air préféré « Alexandrie, Alexandra »
souvenir d’un voyage en Egypte, on l’entendit pour la dernière fois jusqu’à ce
que le bruit des flots recouvre son chant à jamais…
On garda longtemps le souvenir d’un gai et appréciable
compagnon, sans compter quelques enfants qui naquirent après son départ sur l’île
du Crâne et à qui ils ressemblaient fortement.
*
Coïncidence, il y a un acteur de Cinéma, Benoit Poelvoorde
qui sévit sur tous les écrans d’Europe voire même du monde et qui a fait une
belle carrière. Né en 1964 à Namur, on le connait pour les films suivants :

Acteur humoristique mais au jeu dramatique indéniable, Poelvoorde
est dans la lignée des Bourvil et autres Raimu. Il a néanmoins remporté le Prix
Jean Gabin en 2002, et été décoré Chevalier de l’Ordre de Léopold en 2005, excusez du peu !
A droite, portrait de Benoit illustrant une de ses pensées "Une bonne pipe, voilà qui peut rendre heureux un homme !"