lundi 12 décembre 2011

La Belle et le Pirate


Elle a atterri un jour sur mon ponton, telle une mouette aux ailes blanches glissant sur le plancher givré de nos conversations, brodant des accents de chatte miaulant sur un toit brûlant…Nos feux de croisements allumaient nos goûts en Cinéma et ce fut une ronde de pellicules défilant sur l’écran noir de nos vies ! La belle dégageait une belle assurance qui me plut, et mon tricorne avait du détourner son regard de son quotidien aux accents crépusculaires...

Nous prîmes l’habitude d’échanger nos mots et nos tourments, balançant sur un pont ensoleillé nos balles, comme dans une partie de squash interminable où personne ne désirait vraiment gagner la partie, préférant jouer encore et encore jusqu’à la fin des temps. Ses yeux en amande ébouriffèrent aussi mon sourire de pirate et voguant d’île en île, nous eûmes idée de prolonger le lien en jetant une ancre à nos rêves.

Tel un chapiteau de Cinéma, quelques pierres commencèrent la bâtisse que nous agrémentions à souhait de jour en jour. Histoires de quatre chemins et billets à quatre mains, pelletées de dessins et bulles en quatrain, conversations universelles et projets de demain, autant de pelletées de terre qui cimentent cette maison de nos projets et nos rêves... 

Parfois métamorphosés en personnages imaginaires, on partage quelques pâtes en frétillant les oreilles, engloutissant bout à bout un spaghetti géant jusqu’à ce que ce que se frôlent nos truffes en guise de pacte à nos aspirations !

Besos à la Belle qui lira ce billet…

Jack

jeudi 1 décembre 2011

La Marmite à remonter le Temps


La forêt observait de drôles de scènes entre les lianes, les troncs, et toute la mangrove foisonnante. Les guerriers cannibales allaient et venaient les bras pleins de légumes et assortiments de plantes aux saveurs embaumantes, pour les plonger dans le grand chaudron où nous étions plongés dans la pénombre de notre avenir incertain…

Finir dans l’assiette d’un sauvage n’était pas la fin que j’avais prévu à votre serviteur pirate et Capitaine. Non, j’avais imaginé un combat à la lame et aux pistolets durant plusieurs soleils et agonisant dans une mare de sang mélangé à celui de cinquante ennemis. Je fouillais mes poches sous l’œil de mes moussaillonnes fidèles, Victoria, Rosée du matin et Aurélie, pendant qu’Orfée me prodiguait des massages hongkongais en levant la tête de temps à autre, pour me dire, haletante :
« J’te fais pas mal au moins ? »

Son abnégation et son air candide me donnait responsabilité dans sa dernière chance de survie que je concoctais peu à peu sous mon crâne. Je fouillais mes poches pour y retrouver cette poudre magique aux effets immédiats que m’avait offert contre un service mon ami le Magicien.

« Saupoudre bien chaque outil, objet et coffre pour leur conférer pouvoir et mécanique, que ton esprit concentrera au moment du sortilège. » S’ensuivrait quelques formules que j’avais apprises à ce moment-là et l’envie de m’évader de ce guet-apens dînatoire me les rappela instantanément.

Tous les hommes et occupants de la marmite se calèrent contre ses parois, laissant les légumes et aromates flottant au milieu du bastringue. Et mes moussaillonnes  se calèrent contre moi, les yeux grands ouverts…Je balançais en tournoyant quelques poudres qui transformèrent l’endroit en vaisseau et quelques hublots poussèrent par enchantements, sous les « Oh ! » de tout l’équipage du Poséïdon. Quelques pincées firent à mon endroit de moi le poste de commandement et je fis mentalement vrombir les moteurs. Le tour avait marché…

Ce fut Victoria qui prit les commandes à son grand émoi et nous démarrâmes d’un coup sec vers le ciel de lianes qu’on transperça illico, sous les yeux éberlués des indigènes. Rosée puis Aurélie se disputèrent le gouvernail au grand dam de Victoria, pendant qu’Orfée plus partageuse tapa sur le clavier du tableau de bord quelques mots d’amour, ce qui eut l’effet de faire un nouveau plein de kérosène du réservoir, que les premiers milliers  de kilomètres dans l’espace avaient asséché.

Nous profitions de cette rémission de nos destins mortuaires, et Mildred servis quelques pintes d’un sortilège oublié pour fêter le retour à notre bercail. Mais nous n’avions pas fait encore bretelle vers les Caraïbes, que nous aperçûmes au travers d’un hublot la trace d’un balai volant qui s’interposa à notre chemin puis se posa sur la marmite spatiale. Ouvrant le couvercle en poussant un grand cri de rage, c’était Maia qui pénétrait dans notre vaisseau :

« Je vous y prends mes lascars ! J’ai croisé des sauvages qui m’ont raconté l’histoire, et je ne sais ce qu’à inventé Jack pour conter fleurette non grata à ses moussaillonnes. N’empêche, je vous l’emprunte ce soir car j’ai organisé une petite sauterie à la maison … »

Victoria me lâchait, penaude et je grimpais sur le balai de Maia à califourchon derrière elle. Nous filions dans le ciel au rendez-vous d’une soirée que j’imaginais déjà, quand je dis à ma petite sorcière rouquine que je prenais les commandes.

« Je sentais bien que tu en avais envie… » Lâcha t-elle.

Le balai volant fila encore plus vite, collés l’un contre l’autre et souriants de notre tour joué, au firmament de nos aventures…


Jack Rackham.  
(Fin de la deuxième partie de l'histoire commencée sous le titre"Prisonnier des Guerriers Cannibales")

samedi 26 novembre 2011

Prisonnier des Guerriers Cannibales


Je regardais devant moi, l’œil fixe et détaché. De la boue recouvrait encore une partie de mon corps et je me sentais comme un confit ou dans une sauce, avant un bon repas…

Le chef guérillero gesticulait dans tous les sens comme pour indiquer le maniement des fourchettes et couteaux, ayant fait de moi le plat de résistance des visiteurs malvenus et capturés. Je résistais du mieux que je pouvais et j’avais bloqué mes pensées profondes un jour de printemps au cours d’une escapade champêtre avec l’épicière du village. Je souriais aux images impudiques d’une gourmande aux envies intestines insatiables. Je l’étais tout autant en un ramoneur pirate et des heures durant nous fêtions à notre manière, l’arrivée des premiers bourgeons. Un coït interminable de connivence était ponctué de mes grognements virils et d’un cri strident et continu qui m’assurait du contentement majestueux de mon fourreau aux longs cheveux…

Le crissement des lames contre la pierre ponce me ramena dans la marmite où des guerriers nous avaient plongé mes compagnons d’infortune et moi.  Nous avions été capturés au cours d’un pique-nique crapuleux et seul Bosco avait pu s’échapper avec de grands coups d’épaules de taureau et un démarrage vers la forêt digne des plus grands milers. Je réfléchissais à quelques plans d’évasions même si les frôlements d’Orfée, en visite sur l’île ce jour-là, me troublaient. Sa présence me rassurait au fond de ce chaudron des délices de nous-mêmes et nous nous embrassâmes une dernière  fois de nos bouches goulues et assoiffées de liberté. Je lui fis un clin d’œil pour la réconforter car j’étais bien décidé à quitter le menu de ces guerriers cannibales imprévus dans mon agenda. Je frémissais au destin alimentaire de sa peau douce et rageais contre ce gâchis…

Ses mains habiles aiguisaient sans cesse mon envie de survivre et je lui savais grée de ce soutien moral et plus.  Un des cuisiniers nous recouvrit d’une couche supplémentaire de beurre salé des montagnes et je le pris en estime car dans le concert de nos destinées opposées mais complémentaires, de son onction suprême au milieu de ces légumes et compagnons, il avait compris le rouage essentiel de ma psychologie et ce qui mouvait mon horloge biologique de pirate. 

Le sentiment d’avoir bon goût…

(A Suivre…)

vendredi 18 novembre 2011

Le Secret de Rackham Le Rouge


Je suis bien calé dans ma cabine de Capitaine et je fais le point de mes voyages et aventures, relisant quelques pages et revivant quelques dames…Mon tricorne posé contre le poêle se réchauffe et se repose, il l’a bien mérité. Je suçote mon crayon et lève les yeux au plafond avant de revenir vers ma feuille, pour me nourrir de nouvelles histoires et de nouveaux personnages…

Je sens une transformation habituelle me prendre tout le corps et je me fais mon Cinéma, ressassant quelques films aux titres évocateurs. Mes amours me câlinent et je crois humer encore leurs parfums, émoustillé et amoureux… 

L’atmosphère est magique et tout mon corps se transmute pour retrouver l’extase de l’écriture, la dextérité de la main, l’inspiration des mots…

Je frétille et je sens mes oreilles pousser et ma queue fine balayer le vent de mouches imaginaires.

Je suis prêt à nouveau pour écrire, pour dessiner, pour raconter…


A tout bientôt…

Jack le Pirate

jeudi 10 novembre 2011

Une Bouteille à la Mer...- Par Solveig

 Bien cher Jack

 Une bouteille venue de l’eau m’annonce que, déjà, tu as deux cents ans. Voilà qui réjouirait les moins sages d’entre nous, de savoir qu’à si bel âge le tricorne et le sabre vont toujours de pair et de joie.
 Mon île lointaine suit toujours les rumeurs du monde, s’en effraie parfois. La solitude sied bien à mon caractère sombrement sauvage, moi qui ai su profiter des tumultes vivants, ceux qui balaient les carènes les plus apprêtées, les digues les plus hautes, les forts les plus épais.
Néanmoins, te souviens-tu des temps où, plus jeunes de quelques siècles, nous avons bivouaqué ensemble sur l’île du diable ?

Nul doute que les rochers ont gardé trace de nos histoires, celles que nous échangeâmes au coin d’un feu courtois, intense pourtant. C’est à cette occasion que tu m’appris quelques techniques efficaces pour parvenir en haut des mâts les plus hauts, sans déchoir jamais, plongeant sans hésiter dans les eaux claires de nos mers favorites. J’ai en mémoire la fameuse goélette qui osa mouiller non loin de moi, me permettant d’appliquer ton art, brassant les eaux salées de baisers sans fin, trempant les désert les plus secs d’une sève toujours plus fraîche, comme une orgie d’écume blanche incandescente.
 Bien sûr, aucun navire ne pouvait plus résister à mes assauts…C’est ainsi que je m’en lassais une nuit, me retirant comme une marée d’équinoxe, bien loin, découvrant le sable le plus blanc, le plus pur, si éblouissant qu’on ne peux plus approcher de ma peau sans se brûler les ailes.
Seule, la nuit polaire sait calmer mes ardeurs, l’aurore boréale éclipsant sans peine la lumière solaire qui me rend aveugle à toute raison.

J’ai disparu, décidant de laisser les hommes à leurs ébats, étant tellement déçue par eux, pauvres mortels.
Tu restes l’amiral des mers que je préfère, capable de serrer au près sans perdre de vue la côte, ton cap.
Je te souhaite de vivre les mille prochaines années satisfait des rencontres qui te nourrissent, homme de bel appétit.
 Ne m’en veux pas de ne pas dévoiler ma position, je souhaite encore garder le silence quelques temps, mais accepte ce présent, l’ami qui manquait à ton vaisseau pilote, ce perroquet splendide auquel j’ai appris quelques jolis mots de tes favoris. Il a le don de reconnaître la femme qui ment de celle qui est sincère, crois-moi cela peut t’être utile, à notre époque il devient difficile de démêler la vraie de la fausse.
Il s’appelle Miquel Angelo, oui, c’est son plumage baroque excessif qui m’a inspiré ce nom.
Si tu l’appelles Mickey, je le saurais, et je ne te le pardonnerai pas.
 Bien à toi mon ami,
Solveig qui t’embrasse comme tu sais que je sais le faire.


 La Canicule a retenu longtemps entre des rochers cette bouteille de Solveig, libérée par les premiers frimas de l'Automne...Je vous la livre aujourd'hui, intacte. Grand merci à la moussaillonne...J.R.

lundi 31 octobre 2011

Un Conte d’Halloween

Un sourire de circonstance zébrant ma barbe de Capitaine, je toisais les 40 moutards que m’avait laissés Tim. Dispersés en cercle dans ma cabine, ils étaient le fruit d’une absence subite d’une enseignante de ses amies, même si mon expérience m’avait appris que la vérité pouvait s’appeler gueule de bois ou escapade amoureuse plutôt que mal de dents ou sinusite.

Fouillant au fin fond de mon imaginaire, je poussais un grand soupir pour que s’opère dans mon cerveau comme par magie et comme d’habitude, l’improvisation d’une histoire. Et comme à chaque fois, le miracle s’accomplit.

« Il était une fois… » Commençais-je, sous une ovation de « Haaa » ou de « Hooo ». C’était gagné…

« …une vieille sorcière nommée Oween. Ce n’était pas une gentille sorcière rigolote et tout comme Maia-Luna, non, mais elle avait une solide plantation de potirons sur les hauteurs de Cancun. Les Caraïbes n’étaient pas encore un des centres de circuits maritimes du monde et les sorcières devaient faire preuve d’imagination pour survivre. Celle-ci avait eu un coup de cœur pour la soupe au potiron et elle en planta des hectares tout autour de sa demeure, perchée sur  les hauteurs de la ville. Pourtant et malgré un prix tout à fait abordable, elle se retrouva avec des tonnes de ces citrouilles oranges sur les bras. Novembre arrivait à grand pas et quelques garnements lui donnèrent une idée, même sans le vouloir… »

« Et c’était quoi ? » lança un des minots, la mèche hirsute et déjà au bord des larmes.

« Voulant se moquer de cette sorcière patibulaire, ils avaient pris un des potirons oubliés sur sa véranda et creusèrent l’intérieur pour ensuite lui faire des yeux et une bouche horribles, y mettant une bougie pour donner une impression d’esprit maléfique et faire peur aux passants. Mais leur tour n’eut pas l’effet repoussant qu’ils escomptaient. Un riche américain d’origine irlandaise vit cette tête illuminée et s’arrêta pour acheter les droits et tout son stock de citrouilles à la sorcière ravie. Il ramena par navires en Irlande ce qui devint une tradition au moment de la Toussaint dans toutes les îles Britanniques. Ainsi est l’origine de ce 31 octobre et tous ces déguisements et farces…

Quelques rires fusèrent dans la cabine et j’étais content de mon petit effet. Pourtant un des gamins les plus éveillés prit la parole en levant le doigt et fit mine de prolonger mon histoire.

« Moi j’ai un oncle fleuriste qui a un stock de chrysanthèmes et j’ai bien peur qu’il lui reste sur les bras. Z’avez pas une petite idée pour lui mon Capitaine ? » 


Les histoires se mélangent au fil du temps et quelques fois, on a du mal à s’y retrouver. Pourtant, le cœur d’un Capitaine suffit parfois à retrouver le souffle des légendes et à le transmettre à tous les enfants, petits et grands…

Besos
Jack Rackham.

jeudi 27 octobre 2011

Un Amour Eternel

Ils sont l’un contre l’autre.

Leurs bouchent s’effleurent à peine mais se goûtent, se délectant.

Leurs corps se connaissent tant mais ils ne préfèrent que l’autre…

Le jasmin enrobe leurs pigments, l’air marin masque leurs souffles et l’été magnifie leur étreinte d’instants de velours suaves. Leurs sueurs coulent en torrents miniatures de fièvres orientales et leurs orgasmes se muent en pétales de roses qui écrivent leurs noms…

Ils se souviennent de leur amour premier, de leurs émois primaux, et mesurent le chemin jusqu’à cette île blanche qui cercla leur destin. Leurs mains se croisent encore et leurs yeux gardent en eux encore les peaux douces quand ils sentent les rides enfantées par le temps.

« Je ne sais quel ce sortilège qui a arrêté ton temps quand le mien se disperse. J’ai beau passer pommade mais je sens mon teint qui se drape en linceul vers ma fin… »

« Tu es mon aimée et rien ne saura éteindre mon étreinte et mon sang. Je ne sais si ce magicien jadis n’a usé d’un charme pour me plaire. Je ne te connaissais point et je l’ai oublié pour succomber au tien. Le temps est passé si vite, le bonheur fut si grand que j’aperçois ce malheur qui point… »


Brrr... Je me réveille dans mon hamac et essaye d’oublier ce mauvais rêve. La goélette a du passer une tempête ou une barrière de corail et j’ai tout mélangé, après cette soirée arrosée de rhum blanc et de discussions sur l’amour éternel. J’t’en foutrais moi ! Je remets mon tricorne et grimpe sur la passerelle jusqu’au pont de commandement. Je vois Tim qui s’avance, mais…

« Qu’est-ce que tu as, Tim ? Tu as l’air d’une enfant… »

« J’ai bien vu ton regard posé hier sur cette midinette adolescente qui servait les repas, Jack. J’ai pris les devants et un sorcier de mes connaissances m’a concocté un filtre de rajeunissement afin d’éviter les mauvaises surprises dues à l’âge, comme les dénigrements ou répudiations de tous genres. J’ai maintenant quinze ans partout  et suis prête à affronter les tourments de la vie de couple, en y mettant quelques atouts de mon côté. 

Alors, qu’est-ce que tu en dis…Papa ?



Photo de Catherine Ashmore : "Phèdre" de Ted Hugues, avec Helen Mirren et Dominic Cooper.