mercredi 10 février 2016

Recto Versum



Une belle femme entre deux âges. La démarche est lourde et chaloupée, et la rambarde du bastingage accueille son bras avec plaisir…

Elle regarde au loin mais ses yeux ne trouvent rien d’autre que de la mélancolie, pas de bord de mer ou de clocher connu. La nuit noire a déjà avalé le bateau qui s’en va, les flots recouvrant derrière eux les restes de ses souvenirs. Sa beauté animale attire les regards mais elle s’en fout, elle a fait le tour des marins de passage ou des voyageurs de commerce aux valises tatouées des pays du monde.

Sa peau sensuelle luit en phare de haute mer. Il fait chaud et elle rêve d’un sorbet au citron coulant dans sa gorge brûlante. Pourtant elle allume une cigarette et refait un cinéma où elle distribue les rôles et les dialogues comme un metteur en scène. Elle fronce les sourcils, puis fait une moue énigmatique. Sa main contre sa cuisse laisse passer des volutes qui semblent venir de sa peau, dégageant des vapeurs comme en plein hiver.

A pas lents, elle va et vient, mesurant le pont avec grâce et pesant de ses pas en cercles imaginaires. Elle dodeline un peu de des hanches, c’est sa manière d’être et ne peut s’en empêcher…
Passant sa main sur le front, elle écarte quelques mèches blondes et tourne la tête en tordant son cou, pour mieux se faire voir d’un homme. Il est grand, fort et semble la regarder depuis tout à l’heure. Elle lui sourit et s’approche, et commence à faire son numéro.


Elle prend tous les accents et commande une Margarita. Elle raconte sa vie, invente un tout petit peu, il est sous le charme et la dévore des yeux, plongeant dans son décolleté et s’imaginant déjà…

 Elle virevolte, grimpe sur la table du bar et danse en balançant ses cheveux. Ses épaules montent et descendant au rythme de ses yeux qui minaudent de droite et gauche. C’est la fête et Paola se jette à corps perdu dans sa nouvelle vie, son nouvel homme, elle a tout oublié des autres. Des autres qui ?

Puis la pression retombe, elle est fatiguée. « J’ai la migraine ».

Mais elle pense déjà à l’estocade.

Aller à la cabine. 

Passer devant, elle connait les hommes…

Puis donner du rêve.

C’est simple…


Jack Rackham
 
 Photo : Paola Barale

2 commentaires:

  1. Magnifiquement écrit, sans mauvais jeu de mots, tu gagnes en profondeur!

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