
C’est simple la bande dessinée et le dessin. Oh bien sûr, j’ai
noté quelques idées banales et coupé du papier. Le Vélin c’est trop cher alors
j’ai pris quelques rames de papier ordinaire, c’est plus léger et je peux
découper au cutter plus facilement dedans. Tout ça c’est de l’artisanat et je
me régale à mesurer les cases et les bords. Quelques millimètres par ici, une
inter-case par là !
Je mords un peu mes lèvres quand je tente un effet, mon
trait est élégant mais j’essaie d’être juste. Mes croquis d’études sont là et j’ai
quelques photos de modèles au cas où…Je prends un stylobille et je commence à
encrer, ou à noircir plutôt. Le pinceau du produit masquant est presque sec et
ça m’arrange, car le brouillard est là recouvrant mon aventure, me donnant du
fil à retordre et des bidouillages à trouver, vite. Car la somme des dessins
est énorme, le délai incroyable au point que je suis déjà en retard ! Des
mois de boulot sans satisfaction, tel un forçat galérien sentant les coups de
fouet et ramant sans arrêt…
Mes mise en place sont définies et mes personnages au point.
Tout est si habituel que je relis à peine le scénario, cinquante fois qu’est-ce
que c’est, compulse quelques bouquins et secoue la bombe de colle, pour éviter
qu’elle se fige, surtout en pleine nuit quand tout est fermé !
Mes douze heures par jour ne me font pas peur et le midi, je casse la
croûte vite fait. Pas question de se taper un gueuleton au resto du coin, la
sieste est pas payée et même pas les retouches. Oui oui, c’est ça la bande
dessinée. Mais…
A chaque fois la même chose…
Le temps s’arrête et les fenêtres sont ouvertes laissant
entrer les rayons du soleil, qui prennent le papier, mes notes et mes croquis. Un
ballet commence où les cases se construisent et les planches se forment. Puis
basculant dans une autre dimension, je plane jusqu’à la fin de l’histoire,
apposant ma signature comme un soulagement de chef d’entreprise !
Tu rigoles, Jack, c’est pas comme ça ! Dit le petit
Paul.
Ah, tu crois ? Il n’y a pas de petites mains qui
viennent m’aider tous les jours ? Répond Jack.
Ben non, tu penses mais c’était bien vu ces crayons de
soleil, tu as failli m’avoir...
*
« Plus tard, je serais dessinateur de Bandes dessinées !
».
C’est une phrase que j’ai dit un jour et je ne l’ai jamais
regretté…^^
Paul Glaudel