
J’avais installé quelques chaises dans la grand’ salle car
ce cours d’initiation était réservé aux plus grands. Point d’histoire au sujet
rocambolesque, quoi que, mais un vrai destin d’homme aux allures nobles et je
fis retentir un grand chut pour conjurer le roulis de la goélette et faire
taire les derniers impertinents…
« Cette année-là, au cours d’une escale assez longue
sur la côte californienne pour cause d’entretien, un homme prit hamac et
auberge sur notre bateau-école car le Capitaine Longfellows avait instauré des
règles d’hospitalité et de rentabilité qui conjointes conservaient à notre navire et ses élèves leurs utilités. J’étais
alloué au service et c’était sous le sobriquet de Maître Jack que beaucoup me connurent
à cette époque.
L’artiste, car c’était un peintre et dessinateur, avait un jeune apprenti affublé de hardes informes et
nombreuses qui le faisaient passer pour un porte-manteau. On s’apercevait
pourtant d’une incongruité parfois gênante, comme une sorte de bosse dépassant
à hauteur de taille et qui faisait se retourner sur son passage la gente féminine.
Je ne connaissais pas Bosco à cette époque, mais nul doute qu’il aurait jeté
aussi son œil inquisiteur et connaisseur, et qu’il aurait même essayé d'en savoir
ou voir plus. La canaille !
Le Capitaine avait questionné le Maître, et j’avais saisi
quelques réponses. Le gosse atteint de priapisme précoce, il avait été chargé par son père de l’instruire et aussi de l’éloigner de leur maison et voisinage qui n’en
pouvait plus de croiser un tel phénomène qui rendait jaloux les hommes et
curieuses les femmes. Lui servant de commis pour des utilités quotidiennes et
de modèle pour des commandes spéciales, ils avaient atterri sur notre rafiot avec
bonheur de trouver havre et incognito.

Jour après jour, nous vîmes la création d’une bande dessinée
qui mettait en scène notre larron érectile, et nous étions épatés par l’imagination
de notre dessinateur mais aussi par les mensurations titanesques de l’engin… »
Arrêtant mon histoire, je fis passer quelques croquis dans l’assistance
et les femmes qui s’y trouvaient poussèrent un « pfiouhh » d’admiration.
Comme quoi il suffit de savoir s’y prendre pour que la gente féminine s’intéressent
un peu à ce que nous appelons communément :
Les Bandes Dessinées !
*
Jean Giraud alias Moëbius, est un des plus grands dessinateurs
de toute l’histoire de la Bande dessinée et quand sortit en 1974 aux Editions
du Fromage « Le Bandard Fou » histoire de SF aux allures
poético-pornographiques, ce fut une nouvelle œuvre qui commença pour celui qui
dessinait jusque là le Lieutenant Blueberry. Dans les pages de Métal Hurlant dès
1975, il publia les Garage Hermétique, l’Homme est-il Bon, Arzach, et autres
John Difool qui marquèrent son œuvre et toute la BD. Graphiste hors-pair, il a
influencé des générations de dessinateurs et d’auteurs. Créateur poly-visuel, Il a aussi participé à
certains films de Cinéma comme Tron ou Alien.
Né en 1938, il est décédé le 10 mars 2012 des suites d’une longue
maladie. Très prolifique comme illustrateur ou peintre, il laisse une œuvre impressionnante
qui en fait l’égal d’un Picasso, d’un Victor Hugo ou d’un John Ford.