
J’avais apprécié cette aventure mettant en scène l’illustre Poirot et ses petites cellules grises. Ajustant mon tricorne à sa manière tel un chapeau melon, je décidais de visiter les temps nouveaux et faisais un petit voyage en compagnie de Tim dans un train transcontinental : L’Orient-Express.
« Je jetais un œil machinalement à travers la vitre et voyais quelques mouettes rassurantes. J’étais propulsé dans une aventure d’espionnage où un microfilm d’une très haute importance devait être remis à un agent étranger. J’étais chargé par un ami d’Hercule Poirot , alité et dans l’impossibilité d’agir, l’inspecteur Japp de Scotland Yard, de surveiller la transaction et de dévoiler l’identité du receveur. Nous sommes dans l’Orient-Express qui roule à plein tube vers Istanbul, ambiance…
Tim a décidé de déjeuner en salle et je l’accompagne car les buffets sont si appétissants et copieux, qu’il serait un péché de se contenter de quelques viennoiseries au milieu d’un bol de café, en chambre. Je laisse passer un chanoine entre deux soubresauts du train. Un salut bref. Je jette un coup d’œil sur une imposante bible et regarde un peu les autres voyageurs du compartiment restauration. Le garçon sert des parts géantes de plum pudding à quelques dames et Tim repère une table de libre pour deux personnes. L’endroit me plait, même s’il y a plein de va-et-vient, ce qui est bien normal vu l’heure. Je scrute un peu les environs…
De l’autre côté de l’allée, était attablé un couple de britanniques aux allures désuètes. Ils devaient s’appeler Desmond, Edvina et John, assurément. Leurs bouches enfournaient des quantités de fromage dans du pain, pendant que leurs doigts bouffis tripotaient serviettes et cravates en nous lançant des œillades de sympathie. Tim leur répondit d’un large mouvement de main et partit faire la queue pour le buffet fraîchement garni. Elle en profitait pour faire connaissance des autres voyageurs présents. J’essayais de repérer mon bonhomme et son contact.
Il y avait une jeune femme élégante qui riait à tout bout de champ, un homme d’un certain âge aux allures de notable, une vieille dame avec un drôle de chapeau aux oiseaux de pailles colorées, un play-boy peu habitué aux levers matinaux et baillant à se décrocher la mâchoire, et une mégère imposante voulant passer devant tout le monde. Mais Tim veillait, ce qui donna ces quelques échanges :
- Je vous en prie, la force de votre âge peut vous faire passer même devant le chauffeur du train et sa majesté la Reine ! Asséna ma chère et tendre.
- Qu’insinuez-vous donc ? Je n’ai que la place que mon rang me confère !Dit la dame.
- L’éléphant qui s’assoit dans mare prive d’eau les oiseaux !
- Chipie éhontée !
- Vieille bique chapardeuse…
Je vous passe la suite des noms d’oiseaux qui volèrent dans le compartiment et un gamin qui assistait à la scène en profitait pour envoyer des boulettes de pain sur la dame en colère. L’une d’elle atterrissant dans son décolleté, elle cessa ses vociférations pour chercher l’intrus discrètement. Tim en profitait pour passer devant elle et me rejoignit rapidement.
- Tu as vu, Jack ?
- Oui ! La pauvre, elle n’avait aucune chance avec toi ! Dis-je en souriant. Bon, j’y vais à mon tour…
Ce fut plus tranquille car la plupart des consommateurs avaient rempli leurs assiettes. Le buffet étant fort fourni, je ne manquais point de me servir copieusement de tout. Et même de plum-pudding dont je raffolais. Je questionnais le garçon sur la recette…
- Nous nous y prenons longtemps à l’avance, pour que le restaurant n’en manque jamais. Nous n’oublions pas non plus de glisser quelques objets surprises dont raffole la clientèle. Sans compter les 3 raisins épépinés, bien sûr…Dit gentiment le garçon.
- …Sans charger sur le gingembre mais plutôt sur le brandy, bien sûr ! Rajoutais-je.
- Tout à fait ! On voit les connaisseurs, monsieur !
Nous fûmes interrompus par la dame élégante qui réclamait son sucrier :
- Mon sucrier n’est plus là ! Nous vivons dans un monde incroyable…S’écriait-elle.
D’un coup d’œil, le garçon et moi nous nous comprîmes et je me proposais de lui en amener un. Je m’approchais d’elle, perdue dans son magazine à présent. Elle n’avait pas levé la tête que le bel homme s’adressa à moi :
- Pourrais-je ? Moi aussi ma table manque de cet objet..
- Trois sucres pour moi, coupa l’homme grisonnant. Merci mon brave, osa t-il !
- Quel joli couvercle ! Les gravures sont vraiment…A peine eut le temps de dire la vieille dame.
Un coup de frein brusque et tout le monde fut envoyé vers le milieu du wagon. Il avait du se passer quelque chose pour qu’un tel arrêt se produise. Je retrouvais mes esprits et regardais vers Tim dont la robe était immaculée d’une tache géante juste au milieu !
Au milieu du brouhaha où les mangeuses de plum-pudding, le couple britannique et le chanoine essayait de se relever, je me baissais pour ramasser le sucrier qui m’avait échappé des mains. A plat ventre, presque sous le siège, je ne voyais trace de mon beau sucrier. Me retrouvant à hauteur, dubitatif, la belle dame me regardait d’un œil exorbité, croisant très fort ses jambes en mettant ses mains sur sa jupe : Voyeur, me lança t- elle, accusatrice. Confus, je décidais de filer doux quand un homme grand et autoritaire me barra le chemin…
- Halte là ! Que personne ne bouge ! Euh…Je dois vous parler Rackham !
L’inspecteur Japp, puisque c’était lui, me mit au courant des affaires. Il avait fait arrêter le train, prévenu par son complice sous couverture, le garçon du compartiment, un sergent de chez eux. Bien décidé à démasquer les espions, il allait fouiller toutes les âmes vivantes de ce wagon…
La dame forte tenait une cafetière à la main, clamant haut et fort : « Il est froid de toutes façons ! », le chanoine grommelait quelques sermons de son cru, le notable regardait le gamin qui avait du lui faire encore une blague, mon vieux couple d’anglais et la vieille dame se disputait une dernière part de plum-pudding, tandis que notre play-boy était penché à la fenêtre, fumant un cigare pour se détendre après toutes ces émotions…
Japp dévisageait chacun des protagonistes, et je lisais dans ses yeux de chien battu des tonnes d’incertitudes. Je m’approchais de lui en lui tapant sur l’épaule et lui dis :
- Je crois bien que j’ai perdu un sucrier. Mais pour notre microfilm, vous avez une petite idée ? »
Et vous ? Quelles sont les personnes impliquées dans ce passage de microfilm, et comment s’est déroulée l’opération ? Allez, creusez-vous un peu les méninges, ou plutôt, les petites cellules grises !
Bonne enquête et j’attends vos réponses !
Besos !
Jack Rackham.