
J’en reviens pas ! Je viens de recevoir une missive de Catherine…
Catherine, c’était une camarade quand j’étais aux beaux-arts. Je me souviens qu’elle était blonde et bien plantée. J’ai toujours aimé les filles bien tanquées, avec des épaules. Elle avait en plus des lunettes, ce qui n’était pas mauvais à ce qu’on dit…
J’étais là dans mes cordes, tenant la lettre, la lisant et la relisant. Je souriais béatement, comme un Jack Rackham content, mais se demandant pourquoi elle m’avait bien écrit.
« …Les années ont passé et j’ai appris que tu te trouvais à l’île du Crâne. Justement , je dois m’y rendre dans le courant du mois. Nous pourrions évidemment nous revoir et… »
Catherine ! Je me souviens…Une sacrée garce. Elle sortait avec un jeune étudiant en droit pendant qu’elle suivait les même cours que moi à l’Ecole Régionale des Beaux-Arts de Cancun, mais ne manquait point de montrer son intérêt pour ma personne dès qu’une occasion se présentait. Elle était comme ça Catherine, mystérieuse et courtisane…
« Chère Catherine, oui bien sûr, je serais ravi de te revoir ! Vingt ans ont passé, mais je suis sûr que ta beauté n’a pas changé depuis cette année où nous avons partagé les bancs de… »
Nous allions de temps en temps au spectacle et quelquefois à défaut de partager un avis, nous nous disputions allègrement. La mise en scène, les comédiens, les lumières, le texte et les cornets de pop-corn à l’entracte, tout était sujet à se chamailler. Pourtant, je rêvais souvent de Catherine. J’avais même deviné que c’était une gourmande, et de nombreuses nuits je la laissais vaquer à son dessert favori, pour lui faire plaisir…dans mes rêves.
« …Tu penses bien que ma vie à changé. Je voyage certes, mais mon mari et mes trois enfants sont mes principales préoccupations. De plus… »
Un jour pourtant, elle confirma mes soupçons sur son esprit pervers et vicieux quand elle me convia pour la première fois à passer chez elle. Je montais les escaliers avec un espoir secret. Elle allait sortir de sa douche à mon arrivée, pour ouvrir la porte et son peignoir glissant, nous nous serions jeté l’un sur l’autre pour goûter à nos corps et partager la luxure. Enfin…
« …Ce serait l’occasion de déjeûner ensemble, Catherine. J’aimerais tant te revoir, te dire ces mots que je n’ai jamais osé te dire, nous pourrions… »
Ce jour-là, Catherine m’ouvrit la porte normalement. Pas de douche ou de peignoir, pas d’effusion sexuelle sur le pas de la porte. Juste « Rentre John. Je t’attendais… ». L’endroit était douillet bien que frustre et juste quelques toiles posées derrière un fauteuil montrait qu’elle peignait et étudiait aux Beaux-Arts. Je m’asseyais, attendant un mot cordial qui me mette à l’aise.
« …Ecoute, Jack. Je veux bien te revoir mais ne te fais pas d’illusion. J’ai changé, ma vie est faite et ce voyage à l’île du Crâne est d’ordre professionnel. J’achète des liqueurs locales et… »
Elle me regarda droit dans les yeux et me dit d’une traite : « Voilà. Mon copain rentre de son cours dans exactement 18 minutes. C’est le temps que tu as pour me sauter dessus et faire de moi ce que tu veux. Décide-toi, c’est le moment….
« Catherine. Justement, je connais bien le marchand qui produit ces bouteilles et si tu veux, je pourrais… »
Je n’ai pas sauté sur Catherine ce jour-là et elle m’offrit un soda en attendant l’arrivée de son copain. On se vit moins souvent à l’école jusqu’à ne plus se voir du tout. Le temps a passé…
Jusqu’à ces échanges de lettres et télégrammes. J’ai bien cru que le destin s’en mêlerait enfin, mais elle ne répondit pas à ma dernière missive et ne sus même pas si elle vint à l’île du Crâne.
Mais je n’ai pas d’illusion sur elle et l’avenir nos relations. Le peu de temps qu’elle m’a consacré ces vingt dernières années, sa vie qu’elle n’a pas partagé avec moi, les enfants qu’elle ne m’a pas donné et toutes les nuits où elle ne m’a pas fait l’amour et offert son corps, me dit qu’elle ne va pas me consacrer plus de temps que ça ces prochaines années.
Faut être lucide.
Merde !