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mardi 27 février 2024

Le Plan du Trésor

Quelquefois, entre deux rêveries ou autres douceurs littéraires ou culinaires, je reviens à mes premières amours, celles où ma prime jeunesse côtoyait les murs de la Veuve Sanders. S’y trouvaient aussi ses nièces dont l’inoubliable Katia, au coup de pédale aérodynamique et puissant, qui avait laissé une image indélébile dans ma mémoire.

Fermant les yeux, je revoyais comme dans un film (le cinématographe sera inventé un siècle plus tard mais je me comprends) ces cavalcades à vélo à travers l’île du Crâne, menant à cette cabane secrète où nous jouions à toutes sortes de jeux. Les fesses encore marquées par son porte-bagage, je frottais mes yeux éblouis aussi par sa croupe en action puis nous commencions à nous amuser.

Cette fois-là, je m’étais déguisé au point de devenir méconnaissable, portant binocles et perruque frisée, me faisant une moustache au noir de bouchon, enfilant une veste de costume avec un faux-col de soirée. J’enfilais pour finir un grand short rayé avec chaussures noires cirées et guêtres, avant d’entamer un gros travail de peinture, reproduisant la carte au trésor de Barbe-noire le pirate, une vieille connaissance dont je lisais les aventures dans la presse. 

Une fois la peinture sèche, nous pouvions jouer :

Je commençais à la peloter aux endroits indiqués par le plan, arrivant par la mer puis creusant en divers endroits, fausses pistes et pièges compris. C’était bon de jouer avec Katia, sensible et frissonnant pour un rien. Elle se prêtait au jeu comme une poupée vivante, la touchant ça et là pour finir par la découverte du Trésor, moment où je creusais de mes doigts le bouquet final !

Epuisée par le jeu mais heureuse, elle finissait toujours par dire :

La prochaine fois, c’est toi qui feras le Trésor !

 

Mais bien sûr, chère Katia, je serais toujours ton trésor…


Jack Rackham

PS : Si quelqu’un veut jouer à l’Île au Trésor…hum ? ^^

LÎle au Trésor - texte original


vendredi 22 mars 2019

La Comédie des Femmes



Je ne sais si c’est le temps doux imprévu pour la saison, ou le contrecoup du déménagement, mais j’avais envie de me replonger dans l’univers bienveillant de ma prime jeunesse ou celui de la veuve Sanders et ses filles chaleureuses ; toujours prêtes à toutes les aventures et fantaisies, car intrépides pour jouer des bons tours, faire des galipettes ou imaginer tous les scénarios : J’avais terriblement envie de refaire du théâtre !

J’avais fait disposer le Poséidon tribord face à la mer, c'est-à-dire pouvant simuler une scène et dont les cabines à proximité remplaceraient les loges et autres accessits pour y préparer une pièce. Les Femmes Savantes avait remporté tous les suffrages à l’unanimité de ma décision unique, puis Bosco avait envoyé les invitations pour la distribution des rôles. On attendait donc l’arrivée des demoiselles par tous les trains et nacelles disponibles, et le plancher sentait déjà bon l’atmosphère de la comédie…

Comme dans un rêve, je retrouvais les odeurs de maquillage et de talc, les voix sonnaient fort et les répétitions purent commencer rapidement. On aurait dit qu’elles n’attendaient que ça, Angélica, Diane et Sharon. Mais aussi Scarlett, Anne et Emma, et aussi Juliette, Naomi et SaraElizabeth arriva par bateau, en guest-star avec Gigi.

Le bois résonnait à chaque pas, le vent tendait parfois les toiles mais ça humait bon le théâtre et les comédiennes. Et je m’en nourrissais goulûment les yeux et les oreilles :

Angélica était bien plantée, là au milieu de la loge principale, représentant la femme d’expérience à la longue carrière. Ses clignotements de cils n’indiquaient aucun agacement mais au contraire le plaisir d’être ici, avec les autres, dégageant un parfum de féminité épanouie. Les mains sur les hanches, sa robe noire laissait transparaître une cuisse élancée et son décolleté était comme un témoignage de sa bonté d’âme. Un regard en coin lui donnait plus de douceur encore et Scarlett de l’autre côté, le lui rendait bien en écho.  La touchant presque, Diane était rassurée par sa présence et sans s’en rendre compte, tournait avec son doigt dans ses cheveux, comme une petite fille qu’elle n’était presque plus.
Pourtant, sa belle nature était là, pulpeuse et amoureuse, tel un grain de beauté caché mais qu’on sait montrer du doigt pour donner envie de le faire goûter…^^

Il y avait dans l’air une bonne odeur de fond de teint et de transpiration légère qui donnait un goût sucré à la moiteur du lieu, et c’était bon. Les jolis vêtements sur les peaux nues des donzelles me rappelaient des souvenirs de Cancun, quand Katia me laissait fouiller dans son coffre pour y trouver des tissus de mille couleurs. Et me proposait d’essayer devant moi l’un ou l’autre de ces habits, oubliant mon trouble et ma jeunesse.

Sharon se grattait nonchalamment un pied en répétant son texte, montrant son dos nu à ce jeune comédien venu jouer un laquais. Son nez est aux aguets, il hume ces femmes sacrées à la peau tannée ou diaphane. Il s’imagine en Inde une seconde mais sourit à cette idée et sans oser claquer de croupe, il revient en pensée sur le pont. De son côté, Emma fait des gros yeux à Anne, et envie sa poitrine généreuse…Non, non, pas de chirurgie ou de lipo-chose, cela n’existe pas d’abord. On est au temps des pirates, non ?

Gigi fait un grand sourire à faire craquer, Sara minaude passant sa main dans ses bouclettes, Juliette se demande comment font les gens sans portable, Naomi fait du charme à une spectatrice venue demander un autographe et Elizabeth arbore un nouveau bandana qui a un chic fou ! Elles sont toutes là, pas comme les autres, à faire un numéro ou ne rien faire, mais tout simplement être des femmes, comme elle savent le faire depuis toujours.

Car depuis longtemps, aussi loin que je puisse remonter dans mes souvenirs, je voue une admiration sans borne à ces êtres extraordinaires, capables de tous les talents et toutes les besognes, les meilleures amies de l’homme (et des pirates)…

Tout est prêt, les trois coups peuvent se frapper, et maintenant peut commencer…la Comédie des Femmes !

Toc toc toc !

« Quoi, le beau nom de fille est un titre, ma sœur,

Dont vous voulez quitter la charmante douceur?

Et de vous marier vous osez faire fête?

Ce vulgaire dessein vous peut monter en tête… »


Jack Rackham via Molière ^^

*
Pour info, ce sont mes actrices du jour : Angelica Huston, Diane Lane, Sharon Stone (les 3 sur la photo), Scarlett Johansson, Anne Hathaway, Emma Stone, Juliette Binoche, Naomi Watts, Sara Martins, Elizabeth Bourgine et Gigi Ledron !

Photo Annie Leibovitz.

jeudi 10 janvier 2019

Une Nuit sur les toits avec Spider Woman


Elle s’était arrêtée net devant moi et je n’eus pas le temps de freiner, même si le terme était peu propice à l’endroit, fait de pentes, de tuiles, de ciment et de verre…La température était douce et j’étais embarqué cette fois dans d’autres aventures, moins maritimes et plus aériennes, donnant un petit coup de main à une amie héroïne de BD.

- Je t’ai à l’œil, Jack, dit-elle en souriant et hochant devant moi vers l’objet du délit qui avait amorti mon appendice nasal et mon tricorne réunis. Spider Woman, puisque c’était elle, était plutôt ronchon de nature malgré son bon cœur, son courage, et des pare-chocs de rêves qui dépassaient l’imagination.

C’était surtout bon de changer un peu d’air, celui des fonds de cales de poker enfumées et des tavernes avinées. Là, je retrouvais l’ambiance des maisons de la Veuve Sanders et ses filles, où j’avais connu Katia et son coup de pédale endiablé. Dopé de cette essence de pulpe féminine, mon esprit s’envolait alors vers ces touchants souvenirs de jeunesse qui me titillaient aussi fort que jadis. Je me transformais alors en Superman ou Spiderman, mais je sentais que Spider Woman préférait cet homme de fer bleu et rouge à la vision translucide ou laser. Surtout translucide en fait, car elle était troublée et gênée à la fois…

Un nouveau freinage brutal de mon amie me fit me retrouver les quatre fers en l’air, me demandant au fond si elle ne le faisait pas un peu exprès.

- Alors Capitaine, on ne sait pas garder le cap ? Ou c’est moi qui étais visée ?

Comprenant alors ce qui m’arrivait, je me calais derrière ma super-héroïne comme partageant une selle sur un vélo, et lui glissant deux mots doux à l’oreille, je me laissais conduire tel un trésor par cette Spider woman qui m’amenait vers son île…


Jack le super Pirate ♥


Images : Manara ( Spider Woman) et Halle Berry (Cat woman).

mercredi 12 décembre 2018

Jack Le Pirate 3.0


Les pièces étaient encore vides, ou presque. Les chariotes de déménagements n’attendant que mon signal pour se remplir de mes effets personnels et maritimes, ayant décidé d’emménager dans cet endroit de la Riviera à l’autre bout du monde, je faisais les cent pas en rêvassant les mains dans le dos tel un empereur déchu. Les criques de l’île du Crâne et de la Tête de Mort étaient déjà oubliées, et le tricorne était propre et la barbe rasée…

J’attendais aussi Bosco qui avait du trouver un coin tranquille pour mettre en cale le Poséidon ; la bête n’est pas petite mais quelques bourses pleines d’or auraient raison des autorisations locales, sans compter le bagout et la musculature du gaillard.

Un dingue-dongue enfantin ne se fit pas tarder, tout en me persuadant aussitôt de faire changer ce tocsin peu viril.

- C’est vous ? Entonna une voix claire et féminine, laissant entrevoir dans l’encadrure de la porte du grand hall central, une silhouette familière…

Je reconnaissais bien là cette Lady Ania Chester, ex et unique attachée de presse du Poseidon, à la démarche chaloupée des femmes du monde qui ont pris de la bouteille,  toujours élancée et perchée comme sur des échasses, un sourire suave aux lèvres et ravie en l’instant de revoir son bon vieux Capitaine. Elle allait reprendre du service, il s’agirait juste de savoir de quelle manière ; tout était ouvert, sa présence matinale m’assurait de son envie, même si j’avais quelques idées qui me trottaient sous le tricorne.

Ses longs cheveux m’enlacèrent comme pour  marquer le plaisir de nos retrouvailles et la senteur de son parfum venant de son corsage à hauteur de mes narines troubla un instant mes sens, au point d’imaginer d’autres visiteuses plus intimes comme Katia ou Rita, telles des prédatrices venues chercher du sucre en poudre ou une tablette de beurre chez un voisin habituel.

J’imaginais la scène et j’oubliais tout le reste, comme dans un rêve.

Je pensais à un vieux film que j’avais vu tant de fois entre deux ponts, l’histoire d’une jeune femme venue visiter un grand appartement et rencontrant un homme plus âgé qui  vient de perdre sa femme, une qui tenait un bordel dans la maison pleine de joie. L’histoire d’un amour fou qui vient en remplacer un autre, le temps de quatre jours. Sur fond musical de tango argentin signé Gato Barbieri. Un chef d’œuvre !

- Vous avez eu un coup de cœur pour cet appartement, Capitaine ?

Tu parles : Dix pièces immenses faites pour vivre en bande, avec de hauts plafonds et donnant sur des ruelles mystérieuses tissées comme des traboules…


Ania était chou, comme j’aimais à dire, et dégageait une fraîcheur qui ressemblait à cette jeune femme au chapeau du film en question. Je la regardais tendrement et imaginais plein de choses comme au cinéma. Et même mieux qu’au cinéma, comme la vie quoi !

Puis sur une impulsion pleine d’amitié intense, je la pris dans mes bras en lui demandant :

- Tu danses avec moi ?


Elle me répondit par un sourire craquant, se préparant à l’envolée, mais la drôle de sonnette tinta à nouveau et Bosco n’attendit pas pour apparaître dans l’entrée. Il était les bras plein de pots de peintures, demandant du regard où les poser.

Le vide de l’appartement ne lui avait pas sauté aux yeux apparemment, il fallait vite commencer à apprendre à vivre en communauté. C’est vrai qu’un coup de peinture et quelques rideaux donneraient un peu de pimpant au lieu, mais surtout quelques livres…et les imaginant rangés dans leurs étagères, je me sentis d’un coup un peu plus chez moi.

(A suivre !)

Ici commence le premier chapitre du récit de la nouvelle vie de l’équipage du Poseidon qui sera poursuivi régulièrement.






Images : Le Dernier Tango à Paris (Bertolucci) et ses acteurs / Necar Zadegan

samedi 1 décembre 2018

Josie et la Tarte aux Fraises



Mes doigts zigzaguaient sur le clavier tels des moments de pianiste aguerri, crânant avec une virtuosité non feinte mais aussi une vantardise bien réelle. Justement en me remémorant mes années de jeune homme priapique, revenait toujours comme un boomerang une image presque unique d’où seule la concurrence de Katia pouvait la détrôner : Josie.

Ce prénom agissait tel un sésame vers mon cœur et ma libido pour se transformer en un spasme d’excitation à répétition, un ricochet du bonheur frôlant le fil de l’eau jusqu’à l’infini en donnant l’impression de n’avoir jamais touché l’eau…

Nous avions rapidement trouvé des terrains de jeux qui nous plaisaient le soir d’un anniversaire et tel un concours de baisers, nous goûtions goulûment nos gorges et nos langues comme pour mieux faire connaissance, en attendant de passer aux choses sérieuses dès que nous retrouverions un peu de solitude, même si l’effet de l’alcool donne toujours l’illusion d’être seul au monde. Le dernier parti d’une longue procession d’au-revoir jusqu’au petit matin, il nous resta quelques heures d’intimité intense où nous pûmes finir de nous déguster force bain de salive et autres transpirations sensuelles.

Elle avait bien remarqué aussi qu’elle me faisait de l’effet et le miroir posé près du lit confirma son impression première. Les cheveux longs et noirs de Josie se perdaient en bataille sur sa peau grêlée qui m’excitait tant.  Elle s’allongea sur le lit exprès en laissant voir son corps de rêve fait de grosses fesses plantées sur une taille fine de Reine d’Angleterre (Même si je n’en ai pas connu personnellement). Je la caressais en « doigts de fées » puis je l’effeuillais en écartant les points stratégiques, du moins ceux que j’avais envie de voir ou de goûter. Les poils, bien placés, ont un effet érotique immédiat et la belle m’encouragea à aller plus loin en faisant de même. Nous nous regardions mutuellement un peu partout puis Josie me proposa une chose inouïe :

- Tu veux une part de tarte aux fraises, mon chou ?

Elle aimait me donner des petits surnoms qui me faisaient un effet fou. J’acquiesçais sur le champ sans chercher à voir où était la gourmandise mais elle me retourna sur le ventre les yeux illuminés. Je pris du gâteau plusieurs fois, et observais bien mon initiatrice, car bien plus tard, j’apprenais à Bosco ce beau dessert fait de langue et de doigts…

Mais l’imagination étant sans doute ce qui régit le mieux l’érotisme, je vous laisse deviner le secret de cette tarte aux fraises !

Fermez les yeux…

Alors ?

Besos ♥

Jack le Pirate


Dessins : Serpieri.

jeudi 22 novembre 2018

Le Retour de Rackham Le Rouge



Comme un ciel de rentrée des classes s’affichait sur mon écran en retrouvant mon fidèle clavier aux touches magiques. Tout me revenait de mes premiers voyages imaginaires, les crapahutages de l’île du Crâne comme les cocktails au rhum d’une taverne du Paradis…

Un vent de combats maritimes et de sang embaumait mes narines, rappelant aussi les coups de hache et les hurlements qui avaient jonché le ponton de mes souvenirs. Mes tympans étaient restés sourds aux horreurs des amputations, préférant garder en mémoire le gargouillis des lampées de rhum ou le crissement des caresses de bas retroussés, des moussaillonnes aux cuisses hautes offrant là à son moussaillon le plus long des supplices avant les saillies intenses et profondes du reste de la nuit.
Tel était mon destin de Capitaine, enfilant son manteau de magicien encore et encore.

- Remarquez, y’a pire. Les fois précédentes, j’étais un peu usé, vidé, j’avais besoin de ressourcer l’île d’autres trésors, sans compter une morsure de vipère une autre fois…Là, c’est comme une renaissance !

Planant et riant au dessus  de ma tête, les mouettes savaient bien que c’était autre chose, plus fort que le goût de l’aventure, plus fort que les parties de cartes et de rhum coulant à flot jusqu’au bout de la nuit, plus fort que l’envie d’écrire (quoi que), plus fort que l’amour du Cinéma (oula), c’était…
…l’envie de retrouver mes moussaillonnes !

Katia et son coup de pédale endiablé, donnant vie à mes vocations premières, Sara et ses sortilèges de sirène, Rita aux formes de rêves, Maia la petite sorcière au cœur d’ange, Madeleine le premier amour d’une autre vie, Lady Ania Chester l’attachée de presse au grand cœur ( et au sourire suave), Marie la bienveillante, et tous ces amours fous, sur tous les pontons et tous les univers…

Et puis Orfeenix la poétesse, Ava la pharmacienne, Cameron la traitresse…et toutes ces femmes invisibles, infidèles, de lettres, courtisanes,  nues, amoureuses, au téléphone, au lit, bien-aimées, mentalistes ou abandonnées, quoi !

Sans oublier cette femme imaginaire, écrivain dans l’âme, jouant du piano dans ses rêves et amoureuse des séries télé ^^

Ca y est, je suis de retour…

Besos

Jack le Pirate

PS : Pour cette occasion, je me suis rasé (mais j’ai pas repris la cigarette, ‘tention hein ?)

Image du bas : Keith Richards le pirate.

dimanche 19 juin 2016

Les Sucettes de Maia




Quelques gouttes de pluie avait jeté un peu de tristesse sur ses vacances mais le petit Rackham rêvait d’autres images au goût du défendu, comme de la vision atomique du décolleté de la maîtresse ou d’un tour en tricycle à l’arrière de Maia dont il pourrait serrer la taille comme à la télé, et sentir sa bonne odeur de fraise Tagada.

Les deux amis allaient bon train sous le ciel incertain mais peu importait le temps du moment qu’il le passait ensemble. Son coup de pédale endiablé la faisait beaucoup transpirer mais Jack aimait ce partage, cette immersion dans son intimité qui lui rappelait la pêche aux oursins l’été avec son grand-père Louis. Son nez embaumé et ses mains occupées, il était aux anges avec Maia dont il sentait les formes en action, qui préfigurait les longues chevauchées avec Katia vers son Île au Trésor. Sur l’instant, il ne pensait qu’à ne pas tomber (et ne pas perdre son chapeau Spirou) et aussi à la promesse de son amie faite sous serment dans l’après-midi : Une sucette.

Il l’imaginait de tous les parfums, de réglisse à abricot, même si le côté canaille de la petite rouquine pouvait basculer rapidement vers un moutarde-salsifi ou crème de cafard-amandes inattendu.

Alors les yeux déjà émoustillés de sa future récompense, il regardait devant lui ne voyant pas le sourire en coin de Maia qui se régalait d’avance du bon tour qu’elle allait jouer à son ami, mais qui lui en serait reconnaissant toute sa vie… 


Jack Rackham

PS : Le petit Jack pensait aussi furieusement à cette génoise aux pêches promise par son amie Orfénique, un nom de code peut-être, mais ça ce sera une autre histoire…^^ 

mercredi 25 mai 2016

Je Vous Salue Marie



Je ne sais comment j’avais atterri là, mais j’étais sous le lit de la charmante Jeanne. Le plancher craquait sous ses va-et-vient et je priais le ciel qu’elle n’eut pas l’idée de regarder sous ce lit jumeau qui servait de salon de lecture le cas échéant.

J’avais par hasard lâché Mildred pendant le populeux marché de Cancun car j’y avais aperçu la meilleure amie de Madeleine, Jeanne. Je m’étais faufilé entre mille personnes tel un danseur de paso pour ne pas lâcher celle qui vivait avec l’élue de mon cœur, même si elle ne connaissait pas encore la totalité de mes sentiments. Ma timidité n’empêchait pas ma curiosité et la dénommée Jeanne pouvait me conduire à leurs appartements communs. Quelques jours plus tard, une sortie à un café-concert - avec Francisco Landa en vedette - était déjà prévue, mais le temps me paraissait si long que je voyais-là une opportunité de gagner un peu de temps.

Je me faufilais in-extrémis derrière la porte lourde après le passage de Jeanne puis prenais la première porte du rez-de-chaussée et me jetais sous le premier lit venu…

Le souffle était court et j’essayais en fait de retenir ma respiration. J’avais tout juste aperçu un crucifix au mur avant de plonger mais rien de plus. La porte se rouvrit vite après deux appels sans réponse : « Madeleine ? ». 

Elle marmonna deux-trois mots incompréhensibles puis se mit à chantonner machinalement.
Je devais prendre mon mal en patience, mon amour n’était pas là. Mais d’où j’étais, je compris bien les froissements d’une fille qui se déshabillait, du moins j’enregistrais pour toujours et le reste de ma vie ces petites choses utiles qui font les grands Capitaines…^^

La fille s’agenouille alors en s’accoudant sur le lit, celui d’en face, entamant une longue litanie de prières aux allures solennelles. Je me retourne alors sur le côté et vois-là un spectacle de toute beauté dont le souvenir m’émeut encore aujourd’hui. 

Je restais là longtemps, assistant à toutes ces incantations mystérieuses, me demandant même si finalement la pratique d’une religion n’était pas la voie à suivre pour le développement  personnel d’un jeune apprenti maritime…

Jack Rackham

                Ce texte relate un épisode de la jeunesse de Rackham Le rouge.

lundi 18 avril 2016

Les Visiteuses du Mercredi




On avait pris nos habitudes depuis notre arrivée au nord-ouest de Basse-Terre, dans une charmante localité attenante au reste de l’île. Rebaptisée « L’île du Trésor » pour garder discrétion sur son emplacement actuel mais aussi en souvenir de Katia et d’autres moussaillonnes qui m’avaient donné ce sobriquet affectueux…

Le temps doux et caressant pouvait parfois nous faire oublier certaines obligations, aussi j’essayais de trouver des activités pour mon équipage, afin qu’il ne soit pas trop rouillé si nous devions subitement reprendre la mer et le large. Le bateau étant spacieux, j’en avais profité pour le rendre accessible, gratuitement, aux rombières du village. Et le mot était un peu exagéré vu l’âge moyen des donzelles inscrites au Club.

Pour commencer, il faut bien un jour et là ce fut le mercredi. Les hommes, curieux, avaient décidé de participer un peu aux activités pratiquées et leur présence fut joyeusement acceptée par l’ensemble de la troupe féminine trop heureuse de cette testostérone à portée de main. On ne commença pas tout de suite par le sacro-saint atelier d’écriture mais par un scrabble et confitures, alliance de jeu de mémoire et de pratique culinaire.

Bosco fut dans son élément, tel un monceau de figues trempant dans un rhum fortifiant. Il faisait équipe avec Miss Brodie, une femme mature élégante et de bonne éducation, ravie de faire un couple imaginaire avec une montagne de délicatesse et de muscles. Puis trouvèrent fortune dans mon équipage les Molly, Maggie, Agathe, Arabelle, Bérénice, Aziza et autres Calixte, toutes des membres féminins hormis un certain George représentant le sexe masculin de l’île, mais un petit malin aux yeux de tous. 

Nous partions au petit matin dans le silence des vagues, puis nous nous arrêtions en pleine mer pour mieux se concentrer sur les activités du jour. Accoudé au bastingage, je surveillais le petit monde et les mouettes tournant autour du bateau arrêté, un accident était vite arrivé…

- Je tire au sort mes 7 lettres, vous voyez bien que je ne regarde pas. Quel beau temps, on se croirait au Paradis, si je croyais en Dieu ce qui n’est pas le cas.

- Causez toujours Arabelle, je ne quitte jamais le plateau des yeux. Tout le monde est servi je crois. On peut commencer, à vous Bérénice…

Et ainsi de suite, les mots s’enchaînent, donnant par associations de belles idées à développer. Romans, nouvelles, pourquoi pas de la poésie ? C’est qu’elles sont guillerettes et pleines d’ambition les moussaillonnes du Club ! 

Aziza, c’est la plus artiste. Aziza, ça veut dire « Le parfum de la Terre », comme l’éclairant d’une évidence. D’ailleurs, elle pointe le nez en l’air comme si elle allait dire quelque chose.

- Ah, le fond de la casserole a du accrocher. C’est délicat la confiture, surtout de melon. 

Évidemment. Le melon…

Je regarde tout ce monde du haut de ma vigie où je me suis perché. Je plisse les yeux à cause du soleil et les mouettes me frôlent comme pour me saluer. Quelques rires montent jusqu’à moi et j’entends Bosco qui raconte sa recette de tartes aux fraises, petit malin qui veut séduire Miss Brodie ou alors lui soutirer un secret pour une confiture. 

Je commence à réaliser la beauté de ce coin qui m’enchante et de ce nouveau port qui se marie bien avec mon tricorne. Et même si plus bas je rate des épisodes de la culture humaine dans sa vanité la plus répandue, je suis content de ma nouvelle vie.

- Capitaine, vous descendez avec nous ? Chantal a eu l’idée de faire des cocktails avec des fruits et sans alcool. Mais en y rajoutant un peu de rhum, ça a vraiment du goût…

Jack Rackham