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samedi 16 mai 2020

Mademoiselle Boulangère


Le Ding-dong de la clochette du magasin annonçait à chaque fois la visite d’un nouveau client et malgré la fin du confinement obligatoire des dernières semaines, la clientèle respectait le périmètre de sécurité en attendant que le précédent visiteur soit sorti pour rentrer à son tour.

La boulangerie avait servi de point d’ancrage de la vie d’avant, comme le lien entre les voisins du quartier et même les « étrangers » venaient de loin, dans la mesure du kilomètre autorisé, qui avait pris de la longueur.  

Une belle femme brune derrière le comptoir servait avec un sourire qu’on devinait, les baguettes et les viennoiseries à longueur des heures d’ouvertures autorisées, arborant un masque qui ajoutait à son mystère et qui laissait tout deviner. La chaleur des fours dans la pièce d’à-côté la faisait transpirer et la robe décolletée sous la moiteur qu’elle portait, laissait voir quelque peau et commissures à la sensualité évidente.

Quelquefois, elle faisait glisser un moment sur son cou le bec blanc qui la défigurait et le temps d’un souffle pour elle et son visiteur, elle regardait le plafond d’un œil malicieux et la main sur la hanche, laissant voir à son interlocuteur les formes et les méandres de sa féminité.

« Je ne sais pas pourquoi il n’y a que des hommes qui viennent me voir. La recette de ma pâte à pain, peut-être. » Souriant en le disant, comme si elle connaissait le secret de son succès, accentuant alors son accent italien à qui elle prêtait sa séduction.

Elle se tournait alors, remettant son masque, vers les étagères et pliant une de ses jambes comme elle savait le faire, se laissait voir comme un magazine pour le plus grand plaisir de ses clients habituels…

Ding-Dong, Ding-Dong ♫♪♪


Ses mains étaient fines et blanches, avec de grands doigts élancés, saupoudrés de farine. Elle s’appelait Francine ou Blanche mais tout le monde l’appelait Mademoiselle Boulangère…


Jack Rackham

(Photo : Sophia Loren ♥)

jeudi 7 mai 2020

Angie


Ses grands yeux écartés reluquaient vers moi avec l’étonnement d’un crapaud curieux. Son doux visage parsemé de grains de beauté sauvage questionnait mon cœur et mon âme mais sa bouche me rappelait ses doux baisers.

Je posais quelques mèches blondes d’une perruque volée le long de ses épaules et ça lui allait drôlement bien, un peu comme l’amante du Capitaine en tenue du dimanche, à la peau sucrée et parsemée de raisins secs goûteux.

Je prends ses hanches dans mes mains puis descend le long de ses cuisses. Elle frissonne de plaisir, son duvet est sensible et la rondeur de son ventre raconte des souvenirs.

Je fredonne quelques notes, quelques mots et ça fait une chanson. Sa chanson…
Angie ♫♪♪♪♪


  
Jack Rackham ♥ 


Angie, Angie
When will those dark clouds all disappear
Angie, Angie
Where will it lead us from here
With no lovin' in our souls
And no money in our coats
You can't say we're satisfied
Angie, Angie
You can't say we never tried
Angie, you're beautiful
But ain't it time we say goodbye
Angie, I still love you
Remember all those nights we cried
All the dreams were held so close
Seemed to all go up in smoke
Let me whisper in your ear
Angie, Angie
Where will it lead us from here
Oh, Angie, don't you wish
Oh your kisses still taste sweet
I hate that sadness in your eyes
But Angie
Angie
Ain't it time we said goodbye
With no lovin' in our

By The Rolling Stones

jeudi 23 avril 2020

Une Île presque Déserte



Jim Peabody en avait rêvé depuis longtemps, comme la récompense d’une longue vie de travail et le fruit d’une mûre réflexion : Se retrouver loin du monde afin de profiter d’une solitude bien méritée, après cette cohue continuelle des bureaux enfumés et ces promiscuités de collègues bien obligées. Surtout cette Camélia Duncan, sa supérieure hiérarchique à la Compagnie des Indes-Comptoir des Caraïbes-où il avait fait toute sa carrière.

- Je vous en prie, Jim, un mode de rangement alphabétique conviendrait mieux à nos catalogues de fournitures, les classements par la taille sont assez puérils , à mon avis.

Et Jim lui tordrait bien le cou à cette mégère. Il avait même failli changer de spécialité dans le commerce, la proposition du sieur Rackham lui ayant parue par trop incertaine pour certaines promotions et avancement, notamment ce flou sur ces sortes de « Tartes aux fraises » qui revenaient sans cesse dans leurs conversations de bord, une sorte de code entre eux sans doute. Il était donc resté où il était et supporté quelques temps encore cette peste de Miss Duncan.  

Il choisirait donc la solitude pour ses vieux jours et il s’en était fait une raison, ne se projetant que dans une vie de lectures, de bricolages et d’art culinaire.

Et quand arriva l’orée de ses trente ans de service, il prépara son départ pour une petite île qu’il avait repérée sur la carte, et gardé secret son emplacement précis hormis pour se faire livrer les vivres et le matériel dont il avait besoin pour y passer le reste de sa vie. Une installation qu’il peaufinerait une fois sur place…

Sa vie prit alors une autre tournure, et très rapidement il oublia les horaires de la Goélette annuelle qui servait de navette aux environs de l’île-à deux jours de barque en allant vite- et se concentra sur les couchers de soleil, le ramassage des fruits pour la confiture et une petite cabane à bois pour la saison des pluies.

Bref, il ne s’ennuyait pas mais au fil du temps, il commença à attendre la Goélette annuelle pour voir quelques âmes parlantes et faire les courses de ce qu’il lui manquait. Quelques outils, et un phonographe, pour faire de la musique. Et justement, c’est au retour d’un de ces voyages en barque, qu’il se passa une chose inattendue…

La veille, un ouragan terrible avait balayé la côte et même arraché quelques arbres, ce qui fit venir Jim de ce côté-là avec une chariote pour les élaguer et transporter vers son hangar. Il entendit alors un bruit, comme une voix qui l’appelait.

Au bord de la plage en contrebas,  semblait être échoué un naufragé. Dans un entrelacs de planches et d’algues, une main s’agitait appelant à l’aide, désespérément. Jim accourra du plus vite qu’il le put et s’approchant du naufragé, balaya d’un revers de main sa figure recouverte de ses cheveux mouillés et de sang, en le relevant.

Camélia Duncan ! Cria-t-il spontanément, aussi étonné que s’il était Christophe Colomb en train de découvrir l’Amérique.

Mais là, c’était Camélia Duncan…



Il ne l’avait pas vue depuis plusieurs années, il l‘avait presque oubliée, et elle était là, presque nue, dans ses bras. La situation l’amusa mais c’est là que Camélia retomba dans les pommes. Petite nature…

Il leva la tête et vit plus loin un navire en train de couler. Pas d’autres naufragés à l’horizon venant vers lui, alors il mit Camélia dans la chariote, par-dessus les troncs de palmiers arrachés, et rentra à la maison.

Comme il fallait attendre près d’un an avant de rejoindre la prochaine navette, Jim Peabody prit la résolution de bien s’occuper de son invitée, la chouchoutant même jusqu’à son rétablissement complet. Ce qui arriva assez rapidement. Il avait été surpris d’abord de sa présence ici, puis troublé par sa nudité inattendue, la trouvant très belle. Quel âge avait-elle déjà ?

Mais les souvenirs du temps de la compagnie des Indes s’étaient estompés, et dès leurs premiers échanges, le passé semblait oublié…

- Allons Jim, le chahutant, maintenant que vous m’avez vue nue, nous pouvons bien aller nager à poil dans le lagon ? Qu’est-ce que vous en dites, hein ?

Camélia prenait souvent un ton hautain pour s’exprimer, mais c’était son genre. Une manière à elle de faire de l’humour, qu’il n’avait pas compris alors pendant de longues années. Là, il voyait une belle femme, pleine d’entrain et il pensait qu’il aurait tort d’en rester là, que sa vie allait prendre un tournant qu’il n’avait pas prévu.

De son côté, Camélia toisait Jim en levant le menton, et se disait qu’il était à son goût. Qu’elle aimerait le goûter en tous cas…
Se dévorant mutuellement des yeux, ils s’attrapèrent pour s’embrasser avec fougue et passion, se murmurant de concert :

Et si on ratait la prochaine navette ? J’ai idée qu’on a des choses à se dire et du temps à rattraper…Qu’est-ce que vous en dites ? Leurs yeux et leurs mains répondaient pour eux, ils étaient bien décidés à profiter de la vie.

Et côté taille, Camélia  avait décidé de laisser Jim faire à son idée...

Jack Rackham .


Premier titre, nouveau libellé : Histoires sans tain

Photo du milieu : Sharon Stone.

mercredi 18 décembre 2019

La femme du Tatoueur



Elle se tournait comme pour lui parler mais il ne la voyait pas.

Oh, mon amour ! » Criait-elle à l’Artiste.

Lui dessinait ses mots d’amour, tout à son Art, écrivant sur sa beauté plus que lui caressant son corps. Elle voyait pourtant ses doigts virevoltant sur ses notes, créant sur le papier la volupté de son désir.

Aveugle au désir de sa croupe, elle partit finalement avec le tatoueur…


C’est une bien triste histoire de Noël, Capitaine ?

Tu parles, tu aurais vu la gueule du tatoueur…Et sa femme fut si jalouse qu’elle le quitta illico pour l’Artiste et ses doigts de fée. Celui-ci retenant la leçon, ne négligea plus jamais sa nouvelle épouse jusqu’à user son corps de ses étreintes et aussi à son tour, ses oreilles de « Oh, mon  Amour ! »…

Jack Rackham


(Une bien belle histoire, finalement) Ci-dessous, la femme du tatoueur.

mardi 29 octobre 2019

Les Dessous cachés de la Joconde


Les secrets de fabrication de histoire de l’Art foisonnent d’exemples similaires : la radiographie d’une toile célèbre révèle au grand jour les diverses étapes de sa réalisation, montrant par superposition les couches successives façonnées jusqu’à sa dernière figuration.

L’effet est souvent étonnant, les images successives aussi belles les unes que les autres, le plus souvent. Parfois, cela détonne un peu, violant plus l’intimité de la création que la bonifiant, surtout aux yeux des amateurs innocents et peu érudits, pas habitués à de tels outrages.

Ils préfèrent rester sur cette bonne impression initiale de leur ignorance, pensant après tout que le talent est rare, quelque chose d’unique auquel ils n’ont pas accès. Forcément.

« C’est un don ! ». Alors, comment regretter de ne pas avoir choisi la vocation artistique, picturale ou musicale, puisque seuls quelques élus étaient destinés à y prétendre ? Pas étonnant alors, d’avoir préféré la banque ou la maçonnerie, voire la fainéantise, car finalement beaucoup de choses demandent du talent…

La couture par exemple, et toutes sortes d’habiletés manuelles pour l’assemblage de tissus, donnant des vocations qualifiées de hautes, d’où ces grandes maisons de création aux noms célèbres et connues de par le monde.

Il y a aussi ce talent pas si universel, donnant accès aux choses de l’amour, alliant les capacités manuelles aux  manipulations mentales, regroupant en un les plus belles qualités humaines afin d’atteindre le sommet d’une chose souvent inaccessible : le bonheur.

Parait-il que le modèle initial qui servit à Léonard de Vinci pour son tableau La Joconde, était une sacrée friponne éveillée au libertinage, malgré un physique un peu ingrat et un léger strabisme.

« Mais elle avait un don ! » Dit-on.

Ah ?

Jack Rackham

mardi 16 juillet 2019

Miroir, dis-moi qui est la plus Belle ?



La fille se tournait et se retournait, cherchant un angle dans le miroir où elle pourrait se trouver belle…Elle manquait de tomber du lit par instant, mais empoignant plus ferment le dessus de lit, elle réhabilitait d’un coup son équilibre. Son œil détaillait avidement les plis et les poils de sa féminité, affichant une curiosité inattendue. Daniela semblait si perdue au milieu du grand lit, une souplesse féline s’insinuant entre innocence et crudité et dévoilant une ultime intimité…

Un éclair blanc zébra le plafond du salon puis quelque chose sembla différent, au point que la tapisserie esquissa un sourire, pourtant bienveillant.

L’homme se tourne encore et encore, n’en croyant pas ses yeux puis veut vérifier par lui-même la réalité de l’artifice ou du sortilège. Glissant deux doigts entre ses jambes, il sent l’attache du porte-jarretelles frôler le dos de sa main puis la fente gainée de sa toison mouillant comme au jeté de la plus belle ancre…Satanée Maia, qui a ensorcelé Jack Rackham, comme une fille de Circée et Polyphème réunis, initiant là le pirate aux joies de la féminité qu’il avait toujours placée bien haut au firmament du monde. Le moment de surprise passé, l’instant semble goûteux, le point de vue intéressant et les sensations pétillantes et magnifiques.

Miroir, Ô mon beau 
miroir...

lundi 24 juin 2019

Le Cri




J’ai sursauté une première fois machinalement car comme je ne m’attendais à rien, ce fut comme une visite à l’improviste où l’on se dit à soi-même :  « Ben elle aurait pu prévenir ! » même si tout compte fait, on n’aurait pas sursauté du coup.

Je ne sais pas ce qui m’a pris, c’est sorti tout seul et ça venait de loin, sûrement ; un trop plein d’énervement contre tout, surtout les trop-pleins de la vie qui racontent le manque de tout, surtout de ce dont on ne sait si on en a envie ; avec le contraire du reste, et l’acquiescement de tous les refus. Une vraie fille, quoi…

Je crois que j’avais repéré le coup, comme un pressentiment de l’inévitable car les amours de marin sont rarement éternels (surtout vers la fin). Je frissonnais encore de la surprise, calmant mon tricorne, c’est émotif ces machins-là.

Marre des hypocrites et des larbins, suis assez grande pour savoir qui est avec moi ou contre ; ou tout contre, même si j’ai terriblement envie de dire le contraire…

Je vais faire celui qui fait mine de rien, et même faire l’idiot ; ça marche à tous les coups, surtout quand on est sûr de rien. Tiens, je sens un cri en suspens dans l’air, je vais attendre un peu, juste pour voir. Là ?

Je crois que je l’ai coupé en deux là…La surprise a été nette, parfaite, ça lui apprendra à ne pas m’écouter, surtout quand je ne dis rien ou ne voulais rien dire. Un ange passe, ça lui apprendra à ne pas m’aimer quand j’ai envie, je me sens une vraie boule de misère humaine quand je veux ; ma mauvaise foi est sans limite et je suis prêt à désaimer quelqu’un en lui faisant croire qu’il n’a rien compris…Qu’est-ce que je voulais dire déjà ? Heu...

Je n’entends plus rien, je dois avoir encore une oreille bouchée…


JR

Photo : Claudia Tagbo ?

jeudi 18 avril 2019

Procrastination


Procrastination. C’est sans doute le mot le plus important de ma vie, qu’elle soit maritime ou artistique…Le mot m’amuse en lui-même, il est joli et sonne bien. Procrastination, comme un symbole. Celui de remettre au lendemain, d’ajourner le présent à un futur proche plus urgent. Ce mot magique qui donne toutes les raisons de faire ce que l’on veut…

Aussi loin que je remonte, j’ai pratiqué cette procrastination pratique, du moins en théorie ou sur le moment. Pour ma naissance sans doute, retardant le passage vers la lumière ; pour le biberon, trop chaud celui-là ; pour le pipi au lit, trop bien là pour crier à l’aide ou se lever ; pour l’école et les examens, toujours partir au dernier moment, comme espérant un événement général qui bouleverse le monde, du moins mon monde…

Et plus tard : Ah les procrastinateurs du 11 septembre 2001 ou du 7 janvier 2015 (et j’en passe), survivants honteux de l’humanité inhumaine et sans vergogne. N’empêche, le procrastinateur regrette toujours mais ne peut s’en empêcher, incorrigible.

Car son mode de fonctionnement est inéluctable, l’œil jeté sur la pendule à calculer le temps qu’il reste, et entamant déjà la chose à faire pas indispensable mais tellement plus agréable ou facile à faire. Ce n’est pas de la paresse mais pas loin au fond.

Mais ce n’est pas simplement une question de plaisir ou pas, car tous les marins du monde ont sacrifié une donzelle chaude et à croquer à une partie de cartes endiablée et arrosée de rhum, elle attendant toujours quelque part ce pirate en retard.
Ah, procrastination, quand tu nous tiens…

Enfin voilà, ma vraie théorie sur le sujet (grrrmbll bon) :
Le procrastinateur est un maître du temps, il joue avec lui en pensée et croit le freiner au point qu’il le voit s’arrêter (ou presque). J’ai souvent eu le sentiment que le temps s’arrêtait, au point qu’il m’était facile de me sentir immortel ou invincible. Et j’ai longtemps eu l’air de faire moins que mon âge. Jusqu’à ce que, un coup de frein subit vers les 35 ans…oups…

Voilà. Pensez-bien que les as de la procrastination ne font pas exprès, c’est leur nature profonde , celle de vivre plusieurs vies en même temps. C’est tout.
Forcément, avec tout ce temps…^^


Jack Rackham

Vidéo ; Fernand Sardou, procrastinateur de renom. Photo, de dos : Monica Bellucci probablement.

lundi 1 avril 2019

Un Grain de Beauté


Son cœur est gros, son corps est grand, sa passion déferle entre les deux comme la tempête fait place au beau temps pour souffler un peu. Elle fait semblant de sourire, comme un faux air d’ambassadrice à la peau métissée, une Mona Lisa orientale qui prendrait ses aises de sortir de son tableau à l’occasion…

Un œil noir et doux regarde son amour loin au-delà des mers, comme les chats à travers les murs des maisons ou les barreaux de prison. Mais la fille est trop bonne et sa douceur de peau transparait dans ses intentions. Son pardon est déjà envoyé, le bourreau peut faire son office et la canaille sa trahison.

L’histoire est plus banale, un retard de calèche puis de goélette, les mouettes ont menti…

- J’ai eu peur de vous, Capitaine. Du moins de vos intentions.

- Je ne suis pas une buse, j’ai glissé sur le pavé mouillé, j’ai pris une vraie gamelle…

- Vous boitiez déjà, peut-être la jambe de bois ?

- Je n’aurais de bois que mon cercueil. Quand je pense à vous, ça me donne des ailes mais mon pas est lourd de mon désir.

- Vous me remplissez le cœur et de promesses ; mon esprit se trouble, je suis toute ouïe de vous.

- Approchez-vous que je vous cajole. Je vois vos yeux humides, mais j’aurais toujours un mouchoir pour vous.

- Je suis sotte d’avoir douté de vous, venez que je vous câline, je ne suis pas farouche.

- Votre peau est de pêche, votre cou me tente que je le caresse. Je suis fou de vous.  

- Embrassez-moi, votre chair burinée me parle bien. Mes pigments sont embrasés…

Le Capitaine lisse les beaux cheveux noirs de la fille, qui se détend et se presse contre lui. Elle semble perdre la tête quand il frôle doucement ses cuisses puis plus fermement pour lui montrer son amour. Ses doigts touchent ses lèvres puis tournent autour de sa bouche. Elle sourit en louchant un peu.

Le ciel a noirci, on annonce un grain.  Elle rougit...

JACK RACKHAM


Photo : Necar ZADEGAN. Actrice et mannequin germano-américaine d’origine iranienne née en 1982, elle se spécialise peu à peu dans les séries télé et se fait connaitre au niveau international grâce à un rôle important dans la série 24 Heures Chrono. (2010)

vendredi 22 mars 2019

La Comédie des Femmes



Je ne sais si c’est le temps doux imprévu pour la saison, ou le contrecoup du déménagement, mais j’avais envie de me replonger dans l’univers bienveillant de ma prime jeunesse ou celui de la veuve Sanders et ses filles chaleureuses ; toujours prêtes à toutes les aventures et fantaisies, car intrépides pour jouer des bons tours, faire des galipettes ou imaginer tous les scénarios : J’avais terriblement envie de refaire du théâtre !

J’avais fait disposer le Poséidon tribord face à la mer, c'est-à-dire pouvant simuler une scène et dont les cabines à proximité remplaceraient les loges et autres accessits pour y préparer une pièce. Les Femmes Savantes avait remporté tous les suffrages à l’unanimité de ma décision unique, puis Bosco avait envoyé les invitations pour la distribution des rôles. On attendait donc l’arrivée des demoiselles par tous les trains et nacelles disponibles, et le plancher sentait déjà bon l’atmosphère de la comédie…

Comme dans un rêve, je retrouvais les odeurs de maquillage et de talc, les voix sonnaient fort et les répétitions purent commencer rapidement. On aurait dit qu’elles n’attendaient que ça, Angélica, Diane et Sharon. Mais aussi Scarlett, Anne et Emma, et aussi Juliette, Naomi et SaraElizabeth arriva par bateau, en guest-star avec Gigi.

Le bois résonnait à chaque pas, le vent tendait parfois les toiles mais ça humait bon le théâtre et les comédiennes. Et je m’en nourrissais goulûment les yeux et les oreilles :

Angélica était bien plantée, là au milieu de la loge principale, représentant la femme d’expérience à la longue carrière. Ses clignotements de cils n’indiquaient aucun agacement mais au contraire le plaisir d’être ici, avec les autres, dégageant un parfum de féminité épanouie. Les mains sur les hanches, sa robe noire laissait transparaître une cuisse élancée et son décolleté était comme un témoignage de sa bonté d’âme. Un regard en coin lui donnait plus de douceur encore et Scarlett de l’autre côté, le lui rendait bien en écho.  La touchant presque, Diane était rassurée par sa présence et sans s’en rendre compte, tournait avec son doigt dans ses cheveux, comme une petite fille qu’elle n’était presque plus.
Pourtant, sa belle nature était là, pulpeuse et amoureuse, tel un grain de beauté caché mais qu’on sait montrer du doigt pour donner envie de le faire goûter…^^

Il y avait dans l’air une bonne odeur de fond de teint et de transpiration légère qui donnait un goût sucré à la moiteur du lieu, et c’était bon. Les jolis vêtements sur les peaux nues des donzelles me rappelaient des souvenirs de Cancun, quand Katia me laissait fouiller dans son coffre pour y trouver des tissus de mille couleurs. Et me proposait d’essayer devant moi l’un ou l’autre de ces habits, oubliant mon trouble et ma jeunesse.

Sharon se grattait nonchalamment un pied en répétant son texte, montrant son dos nu à ce jeune comédien venu jouer un laquais. Son nez est aux aguets, il hume ces femmes sacrées à la peau tannée ou diaphane. Il s’imagine en Inde une seconde mais sourit à cette idée et sans oser claquer de croupe, il revient en pensée sur le pont. De son côté, Emma fait des gros yeux à Anne, et envie sa poitrine généreuse…Non, non, pas de chirurgie ou de lipo-chose, cela n’existe pas d’abord. On est au temps des pirates, non ?

Gigi fait un grand sourire à faire craquer, Sara minaude passant sa main dans ses bouclettes, Juliette se demande comment font les gens sans portable, Naomi fait du charme à une spectatrice venue demander un autographe et Elizabeth arbore un nouveau bandana qui a un chic fou ! Elles sont toutes là, pas comme les autres, à faire un numéro ou ne rien faire, mais tout simplement être des femmes, comme elle savent le faire depuis toujours.

Car depuis longtemps, aussi loin que je puisse remonter dans mes souvenirs, je voue une admiration sans borne à ces êtres extraordinaires, capables de tous les talents et toutes les besognes, les meilleures amies de l’homme (et des pirates)…

Tout est prêt, les trois coups peuvent se frapper, et maintenant peut commencer…la Comédie des Femmes !

Toc toc toc !

« Quoi, le beau nom de fille est un titre, ma sœur,

Dont vous voulez quitter la charmante douceur?

Et de vous marier vous osez faire fête?

Ce vulgaire dessein vous peut monter en tête… »


Jack Rackham via Molière ^^

*
Pour info, ce sont mes actrices du jour : Angelica Huston, Diane Lane, Sharon Stone (les 3 sur la photo), Scarlett Johansson, Anne Hathaway, Emma Stone, Juliette Binoche, Naomi Watts, Sara Martins, Elizabeth Bourgine et Gigi Ledron !

Photo Annie Leibovitz.

jeudi 10 janvier 2019

Une Nuit sur les toits avec Spider Woman


Elle s’était arrêtée net devant moi et je n’eus pas le temps de freiner, même si le terme était peu propice à l’endroit, fait de pentes, de tuiles, de ciment et de verre…La température était douce et j’étais embarqué cette fois dans d’autres aventures, moins maritimes et plus aériennes, donnant un petit coup de main à une amie héroïne de BD.

- Je t’ai à l’œil, Jack, dit-elle en souriant et hochant devant moi vers l’objet du délit qui avait amorti mon appendice nasal et mon tricorne réunis. Spider Woman, puisque c’était elle, était plutôt ronchon de nature malgré son bon cœur, son courage, et des pare-chocs de rêves qui dépassaient l’imagination.

C’était surtout bon de changer un peu d’air, celui des fonds de cales de poker enfumées et des tavernes avinées. Là, je retrouvais l’ambiance des maisons de la Veuve Sanders et ses filles, où j’avais connu Katia et son coup de pédale endiablé. Dopé de cette essence de pulpe féminine, mon esprit s’envolait alors vers ces touchants souvenirs de jeunesse qui me titillaient aussi fort que jadis. Je me transformais alors en Superman ou Spiderman, mais je sentais que Spider Woman préférait cet homme de fer bleu et rouge à la vision translucide ou laser. Surtout translucide en fait, car elle était troublée et gênée à la fois…

Un nouveau freinage brutal de mon amie me fit me retrouver les quatre fers en l’air, me demandant au fond si elle ne le faisait pas un peu exprès.

- Alors Capitaine, on ne sait pas garder le cap ? Ou c’est moi qui étais visée ?

Comprenant alors ce qui m’arrivait, je me calais derrière ma super-héroïne comme partageant une selle sur un vélo, et lui glissant deux mots doux à l’oreille, je me laissais conduire tel un trésor par cette Spider woman qui m’amenait vers son île…


Jack le super Pirate ♥


Images : Manara ( Spider Woman) et Halle Berry (Cat woman).

vendredi 25 novembre 2016

La Femme imaginée



La feuille blanche est là qui me nargue comme une effrontée et je rentre la tête dans les épaules, froissant l’arrière de mon tricorne et ma vanité. Les idées sont notées, le chemin de fer siffle à mes oreilles comme une bouilloire vivante, je tiens le corps du récit comme une sacripande et je fais glisser mes doigts cornus plein de chatouilles maladroites pour faire frétiller la sirène de mes mots coincés quelque part entre les méandres de ma trouille inavouée.

Soudain, je sens un souffle ami sur ma joue hirsute, grelotant de l’insolitude agréée et je romps aussitôt ce vœu de silence inconscient lâchant les flots d’inspiration contenue tel un réservoir renversé à grands flots dans un jardin de bonne terre…

Elle m’a apaisé et je la regarde par-dessus mon épaule, esquissant quelques traits d’abord, la prenant pour modèle telle une muse de mon talent enfui puis retrouvé. Ma main glisse sur les contours de sa forme, intelligente et belle comme une œuvre complète, originale et hors du commun.

Le dessin est à sa gloire, je la regarde encore un peu, pour m’en régaler sans la consommer ou la déranger. L’instant d’un clignement d’yeux pour mieux la graver dans ma mémoire.

La femme imaginée..


samedi 8 octobre 2016

Sept pour l'Eternité





Le photographe s’impatiente depuis un moment, « snappant » dans ses doigts ou jetant un chapeau en l’air pour attirer leur attention, mais rien n'y fait. Les sept bougres sont ailleurs, discutant de leurs parties de cartes ou leurs histoires d’amour, ou encore de leurs prochains films.
Tant pis pour James, Brad, Steve, Yul, Horst, Robert et Charles, ils seront comme ils seront. C'est à dire beaux et héroïques, presque légendaires…

Photo…foushh !!

*

Cette photo commémorative de 1960, pour la sortie du remake 2016 des Sept mercenaires d’Antoine Fuqua. Et malgré la présence de Denzel Washington et Ethan Hawke entres autres, comment espérer un succès équivalent à celui de 1960 sans la musique d’Elmer Bernstein ?    Hum ? ^^

Jack Rackham

PS : Pas beaucoup de billets en ce moment sur mon blog, car j’ai d’autres trucs sur le feu…Besos à tous (et toutes) et à tout bientôt pour des textes inédits