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samedi 26 décembre 2015

Le Prince Charmant



Les fêtes de fin d’année sont des moments propices pour raconter de belles histoires, celles qu’on ne raconte pas toujours aux enfants, même s’ils sont cachés sous le lit ou à proximité des écoutilles à ouvrir grands leurs yeux et leur cœur...

« Je me souvenais de cette épicière de l’île du Crâne qui avait un certain tempérament, un peu trop même. Mais comme elle, les affaires étaient bonnes et son mari ne s’en plaignait pas trop. Pourtant le bouche à oreille aidant, l’épicerie fut bientôt un carrefour de la civilisation caribéenne et accueillant un peu trop de monde, tel la grotte de Lourdes ou le parking du Mont-Saint-Michel (au galop).

L’épicier appela alors un sorcier de ses amis à l’aide, afin de canaliser les énergies de sa tendre épouse et de lui dévouer un seul et unique amant pour satisfaire tous ses désirs. Un sort fut donc jeté à la belle et son emprise la cantonna à un Prince charmant pour tout compagnon de jeu

Et les alentours de l’épicerie furent à nouveau abordables, même si le mari ne le trouvait pas très sympathique, à vrai dire.

- Robert- c’était son prénom- est pourtant un homme courtois, et son physique n’est pas très engageant, je l’admets. Lui répliquait sa femme.
- N’empêche…Continuait t-il de ronchonner.

La belle épicière avait bien du supporter la laideur de son amant, avec ses dents de gorille, ses cornes de taureau, ses pieds crochus et son bide dégoulinant. Mais…il était doté d’autres qualités bien naturelles et qu’une femme savait apprécier à leurs justes mesures, si l’on pouvait dire.

- Oh, Robert. Vous êtes…Tournant alors le regard, en faisant mine de se cacher le visage ! »

Je posais alors mon vieux grimoire grand ouvert, jetant un coup d’œil vers Maia, Orfeenix et Célestine qui se tordaient le cou pour voir le joli dessin qui illustrait cette histoire…

Jack Rackham
 Dessin : Paolo Eleuteri Serpieri.

lundi 14 décembre 2015

Capitaine Achab



L’homme est  presque élégant et son collier de barbe lui donne le charme des aventuriers modernes même si son œil noir recèle le secret des grands destins, de ceux qui n’ont profité d’aucun privilège, et dont la seule force de caractère a suffi pour avancer dans ses conquêtes et vers sa gloire.

Achab serre les dents et son rictus effraye l’équipage, redoutant sa morgue et son courroux. 

Ils sont habitués à ses sautes d’humeurs, malgré la bonne pêche, le temps clément et les milliers de tonneaux d’huile déjà extraits et stockés dans la soute,  prêts à être vendus au premier port venu et au plus offrant. Mais la fortune ne suffit pas au capitaine et guettant le ciel et les oiseaux, il cherche une vigie imaginaire ou alors le signe d’une présence, d’un souffle bouillonnant des eaux dont le dos serait immaculé de blanc…

Mais non. Il refait un tour sur lui-même et ronchonne quelques mots en mastiquant du tabac qui finira par-dessus la rambarde, bardant au passage quelque mouette malchanceuse.

Il descend de guingois dans sa cabine, sonnant un tocsin de bois qui l’annonce à ceux du quart qui finissent leur nuit, déjeunant encore dans les cuisines. Un regard panoramique les fusille sur place puis il pousse la porte pour retrouver sa solitude, le seul compagnon qu’il apprécie en ce bas monde. Mais souvent les apparences ne sont pas celles qu’on croit…

- C’est toi Achab ?

- Qui veux-tu que ce soit ? Personne ne sait que tu es là, Rachel. 

- Viens me réchauffer. Ces chasses à la baleine sont interminables et je commence à tourner en rond dans cette cabine.

L’homme s’approche de la femme mûre mais encore belle qui attend quelque chose de son compagnon. Il sourit un peu mais reprend vite son rôle que son équipage connait bien, celui d’un bougon colérique et fou, obnubilé par une baleine blanche qui lui a mangé une jambe, jadis. 
Les draps s’agitent et semblent habités par des montagnes russes, libérant d’un coup les énergies positives d’un capitaine de roman qui redevient, le temps d’un rêve, un homme libre…


La cabine d’un autre capitaine s’éveille au même instant, donnant écho sans le savoir à d’autres ébats. Un coup de tête dans une poutrelle fait tomber son tricorne et une belle moussaillonne, ayant fait escale en tenue de polissonne, harangue son étalon.

- Jack ! Tu me racontes des blagues, « Moby dick » ne s’est pas du tout passé comme ça. Achab n’était pas marié !

- Ah, qui sait ? C’est un roman de Melville, dis-je en me frottant la tête et grimaçant, on peut broder un peu pour raconter une belle histoire qui finisse bien !

- Pour broder, tu joues drôlement bien le Capitaine Achab, la belle souriant et roulant des yeux vers son ami comme partageant là avec lui, un secret, une confidence…



Quelle jambe de bois ? 

 Jack Rackham ^^


mercredi 25 novembre 2015

La Goélette des Blogs



De gros nuages noirs venaient d’assombrir le ciel du monde, des pirates maléfiques attaquant tout navire au hasard de leur soif de sang et semant la terreur sur tous les ponts. Mon tricorne carburait pour trouver une idée, pour se dérouter du sillage de la peur et retrouver l’âme des vertes années où en fermant les yeux, une seule image apparaissait devant moi : celle de bouteilles de rhum à la queue-leu-leu montant jusqu’au paradis…

J’avais lancé une petite invitation à quelques amis partageant ma blogosphère pour venir jusqu’à ma goélette et  passer un moment, quelques jours, des vacances, s’ils le voulaient. Mon ami le Magicien me donna un coup de main pour le carton d’invitation et la ligne directe vers mon bateau, nulle explication n’étant à fournir car un magicien aime à garder ses petits secrets, vous vous en doutez.

Celestine fut la plus dure à convaincre, une histoire de hamac et de chocolat entre nous mais la magie opéra et elle sembla ravie de s’aérer jusqu’à mon pont, elle en avait besoin m’avoua t-elle. Bizak ronchonna un peu, suite à une plaisanterie malheureuse de ma part dont j’ai oublié la teneur, mais la présence de Célestine l’amadoua et la promesse de celle d’Orfeenix finit de le convaincre. Il arriva  par le tapis volant de 9h57, affrété spécialement pour lui. Jerry Ox les suivit de près, atterrissant dans un flot de mélodies musicales et manquant une marche sous le gros rire de Bosco. 

Puis ce fut le tour de Rosée du Matin, qui gara sa mobylette gonflable contre le bateau, et de Fred Demars mettant pour la première fois depuis longtemps le pied hors de son continent.

« J’ai pris mon dico d’anglais, on sait jamais ça peut servir. »

Orfeenix arriva enfin, telle une princesse de conte de fées, en parapluie volant à la Mary Poppins ou Nanny McPhee. Cela sembla donner le signal de départ de la journée et les hommes semblèrent très excités aussi à la présence de ces demoiselles et damoiseaux. 

C’était bon de voir Bizak entre les deux donzelles, les yeux ronds et grands ouverts de bonheur, palpant et serrant ses blogueuses favorites et heureux comme un enfant. Rosée avait commencé à se lier d’amitié avec deux beaux matelots musclés, pendant que Jerry n’arrivait plus à se défaire d’un Bosco très entreprenant qui voulait lui faire goûter de sa « Tarte aux fraises ». Fred semblait pensive et regardait le lointain pendant que Mildred s’occupait de son décolleté, grimpé sur la hune et plongeant vers ce point de vue magnifique …

Je ne sais plus qui proposa un poker arrosé avec un petit intéressement et des enjeux plus imagés, Orfeenix je crois, mais la soirée pris une autre tournure que j’avais à peine imaginé. Si Célestine se coucha au sens propre et figuré, elle ressemblait à un ange quand elle balançait endormie dans son hamac au clair de lune, les autres entamèrent une longue nuit de cartes, de rhum, et de camaraderie. 

Rosée avait l’air d’une vraie pirate avec son bandeau noir et son ceinturon, un sabre planté près d’un sac de pièces d’or qu’elle avait gagné, ainsi qu’une nuit avec un matelot dont on attendait le tirage au sort incessamment sous peu. 

Jerry jouait de la guitare et amassa une petite fortune en écoulant tout son stock de CD de sa production, prenant les commandes pour sa nouveauté à venir.

Après un strip-poker improvisé clôturant la partie, on s’était enfermé à clefs avec Orfeenix dans ma cabine pour faire une blague  à Bizak, sautant sur un vieux sommier grinçant, en hurlant et criant comme des amoureux en rut ! Ouvrant enfin la porte, on lui raconta la vérité et on partit dans de grands éclats de rire, dignes des plus belles amitiés. La suite n’est pas à mettre entre toutes les oreilles, car cela doit rester le secret des marins et des marines… ^^

Au petit matin, Fred jouait encore avec Mildred à Titanic, à la proue du Poseidon. Les bras écartés et les cheveux au vent. 
Quelque chose avait du se passer qui avait changé son cœur.

 Elle souriait…

Jack Rackham

Photo montage : Ramon Bruin.

jeudi 12 novembre 2015

Le Cercle des Poétesses de miss Dunn



Miss Dunn avait consacré sa vie à l’enseignement et il lui semblait que cela ralentissait chaque jour le cours de sa vie, au point que le temps avait ricoché sur d’autres lui épargnant les signes d’un âge trop marqué. Elle promenait partout son sourire bienheureux, d’une classe à l’autre, d’une génération à l’autre, prodiguant ses leçons de littérature avec ferveur et innocence, énergie et patience. N’avaient qu’à bien se tenir les porteurs de préjugés, de vilénies ou de banalités, elle était là à expliquer, détailler, vaincre sans convaincre pour dénaturer la personnalité de ses ouailles. Personne ne connaissait vraiment à l’école sa vie privée, sauf certains qui avait pu venir manger chez elle quelques saumons aux épinards et à l’ananas en papillotes ou un tiramisu à l’orange et au Grand Marnier. Regardant passer au dessert les fruits du péché, sa progéniture, ou quelques amants et géniteurs choisis, toujours courtois avec les jeunes gens, sinon gare…

La nature ne l’avait pas volée, lui donnant un air de « Grâce » vu dans les tableaux des plus grands peintres, et son œil mutin rendait compte de sa vivacité d’esprit pendant que l’autre dégageait la bonté la plus douce de toutes les créatures célestes et terrestres. 

Sa grandeur d’âme, en dehors des heures de classe, l’avait conduit à reproduire la réunion d’éléments particuliers de sa classe sous le nom de Cercle des Poétesses, qui honoreraient les anciennes gloires littéraires de l’école et reprendraient les louables préceptes et traditions de l’école de la Poésie. La gente féminine était majoritaire même si les jeunes hommes n’étaient nullement exclus, sauf par leur brutalité intellectuelle et morale. Clara Dunn leur apprit à aiguiser leur libre-arbitre et leur sens des valeurs, saupoudrant le tout de l’œuvre des grands auteurs et auteures. George Sand et Charlotte Brontë étaient leurs idoles et leurs référents, mais comment l’amour des mots du XIXème siècle aurait-il pu écarter Lamartine, Musset, Mallarmé ou Rimbaud de leurs lectures en réunion secrète ? 

Le romanesque s’adjoint alors au romantisme et Hugo, Stendhal, Flaubert avec eux. Ambiances feutrées et tamisées sous des tentures usées et poussiéreuses donnant plus encore de mystère à ces complicités de jeunes filles pubères, qui découvraient des champs nouveaux à leur cerveau et à leur corps. Le professeur de français veillait en tous cas à la bonne évolution de tout l’attirail, livrant parfois quelques secrets de fonctionnement aux plus fines et curieuses. Quelques « Carpe diem » fusèrent parfois à la sauvette entre deux cours, et « Amazone ô mon Amazone » fut un cri à la gloire discrète de leur Cercle pas encore disparu…

Quelques aventures amoureuses l’agrémentèrent aussi, jeunesse oblige découvrant le plaisir et la peur, mais miss Dunn resta discrète à ce sujet d’autant qu’elle fut l’objet de sentiments incontrôlables de la part de quelques jeunes gens, et de jeunes filles parfois. Sa gourmandise et sa sensibilité épicurienne l’avaient entrainée vers des chemins périlleux mais elle avait su se reprendre, se lançant à corps perdu dans une production intensive et qualitative de poèmes qui furent diffusés dans le monde entier via ses blogs ! Seuls quelques hommes d’âge mûrs ont droit à ses faveurs aujourd’hui, des pirates m’a-t-on dit. ^^
 
D’ailleurs, elle a tenu à ouvrir le bal de fin d’année avec Monsieur Pierce pour le centenaire de l’école, montrant encore une belle forme et levant haut la jambette…

Jack Rackham

*
Quelques échanges ici avec Orfeenix et Célestine, m’ont rappelé le beau film « Le Cercle des Poètes disparus » et j’ai tenu à lui faire cet hommage indirect, racontant le récit d’une belle enseignante passionnée. 
Promesse tenue Orfée, vivement ma génoise aux pêches…♥

Film de 1989 réalisé par Peter Weir, il couronna la carrière de Robin Williams interprétant avec brio le Professeur Keating. Il disparait subitement en 2014, laissant une soixantaine de films et 1 oscar. Affiche originale du film ci-dessous.



Autres photos : Emma Thompson, et Emma Thompson/Pierce Brosnan dans Love Punch.

jeudi 8 octobre 2015

Célestine et le Voyant aveugle



J’avais un rendez-vous ! Perdu quelque part entre sept mers et des milliers de terres à la poursuite d’un havre imaginaire, j’avais quand même trouvé le moyen de prendre dans mes filets une moussaillonne. Et si disposer d’un portable d’une autre époque peut aider, il faut aussi prier pour garder la connexion établie et croire en sa bonne étoile… 

Justement, il faisait nuit et le rendez-vous était entre bougie et chaussette même si chien et loup me convenait aussi. On dira que tous les hommes étaient endormis, mais je savais bien que les quarts s’effectuaient plusieurs fois par nuit...

La petite arriva tapante à l’heure, entre bougie et chaussette juste, et accosta sans bruit le Poséidon. 
Vêtue d’une belle robe blanche et de frou-frou à moitié cachés par une capeline noire, Célestine monta à bord telle une hirondelle, touchant à peine le sol et faisant un petit bond à l'atterrissage. Rejetant sa capuche en arrière, elle me sourit alors et je lui rends sa sympathie en lui tendant mon bras.

« C’est par là !» dis-je.

On avait convenu de partager ensemble quelques caches secrètes, nombreuses sur ce navire, et j’avais choisi bien sûr, la plus secrète, la plus mystérieuse, la plus inattendue des pièces en trompe l’œil, un soupirail secret près des cuisines donnant accès aux forces puissantes de la magie et de la piraterie réunies.

Glissant vers ce lieu connu de moi-seul, son architecte et son ouvrier ayant péri malencontreusement juste avant les dernières finitions du navire, Célestine était ébahie de cet endroit sombre et mystérieux où j’avais placé quelques bougies et encens pour plus encore d’ambiance. Je me collais contre elle en commençant une incantation magique d’un Maître Shaolin de ma jeunesse. Drôlement inspiré d’une série télé, je l’admets.

- Tu n’es pas qu’un pirate, Jack. Tu as reçu aussi les enseignements d’un vrai Maître, comme dans la série TV Kung-Fu !
 - Tu connais ? Fronçant les sourcils.
- Bien sûr, le streaming ce n’est pas réservé aux réseaux pirates, Captain ! Avec un joli sourire, et une belle tape dans mon dos en bon camarade. Je toussais.

Je me reprenais et passais à la seconde étape de mon plan, pour épater ma visiteuse. J’actionnais à distance un hologramme qui représentait un personnage fascinant que nous venions d'évoquer.

- Maître Pô ! Acquiesça Célestine spontanément, comme retrouvant un vieil ami.

Ça me faisait drôle de voir la figure de mon vieux Maître, son sourire sarcastique, ses yeux à la pupille dorée configurant sa cécité, et toujours sa voix douce et perçante annonçant dogmes et prédictions. La demoiselle était bouche bée et l’œil docile écoutant mille présages de bonheurs et félicités, donnant toutes les précisions sur ses mariages et ses enfants, et même la couleur des volets de sa maison. Maître Pô avait aussi beaucoup d’humour…^^ 

Pour finir, il ajouta la rencontre d’un grand homme, pas par la taille, qui la subjuguerait par sa fantaisie, son courage et même certaines connaissances dans des domaines qui l’émerveillerait plus que tout autre. Un homme près de la mer, je vois beaucoup d’eau, mais du rhum aussi…
 
Célestine sourit, me regarda tendrement puis la magie s’en alla, et Maître Pô avec. Nous étions presque dans le noir, et je crus bien qu’à un moment elle me frôla la main.

- Un chocolat chaud, lui proposais-je.
- Avec des moustaches alors, me répondit-elle…


Jack Rackham