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lundi 8 décembre 2025

Aller chercher le Pain

 


Il y a des photos comme ça qui vous rappellent des souvenirs. Un premier rendez-vous, des vacances à la mer, un repas de famille, une grand-mère disparue, une voiture qu’on aimait, un moment unique ou non de sa vie quotidienne qui témoigne du temps qui a passé…

Les vieux Capitaines ont les mêmes passe-temps. Ils ont bourlingué dans les mêmes lieux, peut-être n’ont-ils pas eu le même comportement que vous, l’esprit s’échauffe plus vite quand on a un sabre bien aiguisé, mais les souvenirs sont bien là, communs et immuables.

Pour une visite chez un commerçant, c’est pareil. On a refait le trajet plusieurs fois, on a le temps de se répéter ce qu’on veut et on imagine secrètement une aventure peu ordinaire et inattendue. La boulangerie est le principal lieu de débauche, tant illustré par un film de Pagnol aux accents moralisateurs. Comme si l’endroit se prêtait particulièrement à l’adultère ou aux galipettes sauvages. Mais non…

La pharmacie allait bien tout autant aux polissonneries de passage, voire même aux rendez-vous répétés. Comme des running-gags étalés sur les prescriptions médicales mensuelles ou trimestrielles. Des regards enfouis par des corsages énigmatiques ou des frôlements ambigus d’encouragements.



Il y avait aussi les joies de l’éducation Nationale et ses représentants, ces conseils de parents d’élève s’éternisant par des conseils hautement privés, les épiceries de village et leur rideau de fer tardif, jetant un voile de discrétion pudique aux échanges alimentaires, et les réunions de Mairie aux apéritifs festifs et chaleureux…

Souvenirs de ces mutines donnant un peu de bonheur aux âmes errantes un soir d’été ou un jour de promenade, pour une baguette, une aspirine, une question qui taraude ou une libido qui chatouille…

Besos

"Tu vas où, Jack ?

Je vais chercher le pain..."





Photos : Marie-Hélène Breillat/ Anna Galiéna/ Christina Hendrickx.

mercredi 18 décembre 2019

La femme du Tatoueur



Elle se tournait comme pour lui parler mais il ne la voyait pas.

Oh, mon amour ! » Criait-elle à l’Artiste.

Lui dessinait ses mots d’amour, tout à son Art, écrivant sur sa beauté plus que lui caressant son corps. Elle voyait pourtant ses doigts virevoltant sur ses notes, créant sur le papier la volupté de son désir.

Aveugle au désir de sa croupe, elle partit finalement avec le tatoueur…


C’est une bien triste histoire de Noël, Capitaine ?

Tu parles, tu aurais vu la gueule du tatoueur…Et sa femme fut si jalouse qu’elle le quitta illico pour l’Artiste et ses doigts de fée. Celui-ci retenant la leçon, ne négligea plus jamais sa nouvelle épouse jusqu’à user son corps de ses étreintes et aussi à son tour, ses oreilles de « Oh, mon  Amour ! »…

Jack Rackham


(Une bien belle histoire, finalement) Ci-dessous, la femme du tatoueur.

vendredi 29 novembre 2019

La nouvelle Pharmacienne




Mattéo avait oublié depuis longtemps l’aventure avec Virginie, cette belle pharmacienne qui avait rempli sa vie de nombreux mois, vivant ensemble une belle passion qui avait fini par s’arrêter brusquement. Non pas que le feu qui brûlait entre eux se soit éteint mais un beau jour, un grand camion de déménagement emporta tout très loin sans autre explication. Virginie avait vendu ses parts dans la pharmacie et pris la fuite, comme si cet amour l’avait effrayé. Mattéo en fut navré et ne put que constater le vide ainsi laissé.

Bien plus tard, car il continua à venir se servir dans cette pharmacie de son quartier, une autre pharmacienne arriva pour la remplacer telle Mary Poppins avec son parapluie volant, comme si la nature avait horreur du vide et des amours perdus.

Elle ne ressemblait pas du tout à la précédente et c’était même son contraire. Blonde avec des yeux clairs et une froideur certaine, signe de ces personnes qu’on appelle communément : maîtresses-femmes. Mattéo ne fut d’ailleurs pas conquis d’emblée par cette Irina plutôt réservée, même si son expérience précédente avait laissé comme une porte entr’ouverte de la pharmacie…

Il revint un peu plus souvent qu’il n’avait besoin pour faire mieux connaissance de la fille, comme si un nouveau mystère s’offrait à lui, telle une providence renouvelée. A nouveau il fut titillé d’une curiosité évidente et comme la magie de Noël revenant à la même date, son cœur fut de nouveau capturé.

Sans qu’il s’y attende un jour, elle afficha un sourire à tomber, puis  reprit son masque habituel. Un petit jeu qui éveilla la libido endormie de Mattéo, qui commença à être plus attentif à cette nouvelle pharmacienne. La fois suivante, il scruta alors le regard d’Irina, plongeant dans ses pensées secrètes et fut envoûte par sa voix mécanique aux accents slaves. Il fut plus attentif à ses formes et fut presque excité à sa bouche bien dessinée et ses membres bien plantés qu’il devinait sous sa blouse.

Comme reprenant le cours de cet amour perdu, avec les sourires, les cafés et les frôlements, il attaqua directement par un baiser qu’elle ne repoussa pas, lui rendant même une langue inquisitrice et une main pleine de poigne.

Comme ils avaient fait ainsi connaissance, vint le temps des étreintes pleines de fougue. Il sentait qu’Irina était une femme forte, demandant de la virilité et du sang froid. Il devinait bien sa sensualité sous la glace apparente et cela l’excitait même. Sa beauté lui parut de plus en plus évidente, et il aima goûter sa féminité comme un jardin de gourmandise, aux herbes de son pays.

Retournant ce nouvel amour, il dévora le festin de sa croupe et autres gourmandises aux alentours. De son côté, elle tâtait le terrain pour mieux faire connaissance et remplit avec ferveur ses gorges de plaisir. Droit dans les yeux, derrière son comptoir, elle le voyait plus tard pour une ordonnance ou de l’aspirine.

Collés l’un contre l’autre, elle lui glissait à l’oreille :

« Je vous serre quelque chose ? »


Une femme à poigne, cette pharmacienne…
(A suivre)

Jack Rackham

Photos : Robin Wright dans House of Cards.


jeudi 22 novembre 2018

Le Retour de Rackham Le Rouge



Comme un ciel de rentrée des classes s’affichait sur mon écran en retrouvant mon fidèle clavier aux touches magiques. Tout me revenait de mes premiers voyages imaginaires, les crapahutages de l’île du Crâne comme les cocktails au rhum d’une taverne du Paradis…

Un vent de combats maritimes et de sang embaumait mes narines, rappelant aussi les coups de hache et les hurlements qui avaient jonché le ponton de mes souvenirs. Mes tympans étaient restés sourds aux horreurs des amputations, préférant garder en mémoire le gargouillis des lampées de rhum ou le crissement des caresses de bas retroussés, des moussaillonnes aux cuisses hautes offrant là à son moussaillon le plus long des supplices avant les saillies intenses et profondes du reste de la nuit.
Tel était mon destin de Capitaine, enfilant son manteau de magicien encore et encore.

- Remarquez, y’a pire. Les fois précédentes, j’étais un peu usé, vidé, j’avais besoin de ressourcer l’île d’autres trésors, sans compter une morsure de vipère une autre fois…Là, c’est comme une renaissance !

Planant et riant au dessus  de ma tête, les mouettes savaient bien que c’était autre chose, plus fort que le goût de l’aventure, plus fort que les parties de cartes et de rhum coulant à flot jusqu’au bout de la nuit, plus fort que l’envie d’écrire (quoi que), plus fort que l’amour du Cinéma (oula), c’était…
…l’envie de retrouver mes moussaillonnes !

Katia et son coup de pédale endiablé, donnant vie à mes vocations premières, Sara et ses sortilèges de sirène, Rita aux formes de rêves, Maia la petite sorcière au cœur d’ange, Madeleine le premier amour d’une autre vie, Lady Ania Chester l’attachée de presse au grand cœur ( et au sourire suave), Marie la bienveillante, et tous ces amours fous, sur tous les pontons et tous les univers…

Et puis Orfeenix la poétesse, Ava la pharmacienne, Cameron la traitresse…et toutes ces femmes invisibles, infidèles, de lettres, courtisanes,  nues, amoureuses, au téléphone, au lit, bien-aimées, mentalistes ou abandonnées, quoi !

Sans oublier cette femme imaginaire, écrivain dans l’âme, jouant du piano dans ses rêves et amoureuse des séries télé ^^

Ca y est, je suis de retour…

Besos

Jack le Pirate

PS : Pour cette occasion, je me suis rasé (mais j’ai pas repris la cigarette, ‘tention hein ?)

Image du bas : Keith Richards le pirate.

samedi 26 mars 2016

L'Amant de la Pharmacienne



Mattéo avait pris l’habitude de passer voir Virginie à toutes heures au magasin. La pharmacie avait l’étrangeté d’un lieu public mélangé à un endroit qui sentait bon le souffre de leurs ébats nocturnes, et cela donnait plus encore de piment à leur relation.

En fait, dès le tintement du grelot cristallin, quelque chose se passait. Lui en transe qui rentrait comme dans l’antre de Polyphème dans Ulysse, elle qui cherchait sa présence du regard et commençait à rougir comme si les clients et les employés voyaient tous sa gène et aussi le film de leurs soirées ici même entre les médicaments et les panneaux publicitaires médicaux.

Il lui faisait signe comme d’habitude remuant des doigts fins comme ceux d’un pianiste, puis il s’approcherait plus tard en lui donnant un baiser dans le creux de l’oreille, regardant bien aux alentours les collègues attentives au moindre écart inhabituel.

« Un flacon de L52, s’il vous plait mademoiselle. » Lançait-il, car il aimait acheter quelque chose à chaque visite pour ne pas avoir l’impression de lui faire perdre son temps. Et son temps justement était compté car quelques pattes d’oies rappelaient les moments précédents de sa vie où il ne la connaissait pas, bien qu’il la trouvât elle-même sans âge et sans défaut.

« Mademoiselle ! Tu te rends compte ? » Faisant semblant de le gronder après la fermeture et oubliant qu’elle était la patronne de cette belle pharmacie de quartier au chiffre d’affaire conséquent. Elle se souvenait qu’elle avait eu plusieurs maris, des enfants déjà grands, mais elle réagissait comme une employée modeste, une simple préparatrice en pharmacie.

Ce soir-là, Mattéo ne lui fit pas le grand jeu comme à son habitude même si son désir était aussi grand que la première fois. Il lui réservait une petite surprise pour le lendemain, à elle sa bien-aimée, pensant que la routine étant le seul ennemi d’un grand amour, il veillerait à ne pas endormir cette flamme et l’attiserait comme au premier jour.

La clochette tinta comme les autres fois mais il était arrivé plus tard, pour une fois, et eut droit au regard froncé de sa dulcinée, sur le point d’être inquiète.

« Tu m’as fait peur, un accident est si vite arrivé, ou alors c'est une autre femme qui… » 

Elle avait l’air vraiment bouleversée et Mattéo regretta presque cette mise en scène de son retard. La prenant alors dans ses bras, il mesura bien son amour pour elle, son cœur battait vite, et elle le lui rendait comme une femme sait le faire, en prenant la pleine mesure de son homme, montrant les chemins de son désir en se frottant contre lui, où elle le désirait.

Elle fit un geste pour se lever pourtant mais il l’en empêcha. « Non. Pas de fermeture et de rideau de fer ce soir, j’ai trop envie de toi. » 

Elle protesta avec le corps un instant mais pas plus que ça. Le magasin était vide de clients, il était tard et après tout, elle n’avait la tête à rien d’autre que lui.

Les deux amants oublièrent tout. La pharmacie, l’heure, et même tout ce qui faisait leur vie, ne pensant plus qu’à une chose, symbole de leur amour fou : Baiser.

Roulant sous le comptoir, ils ne faisaient qu’un et s’accouplaient à l’infini, transpirant de tout leur corps et se dévorant partout, avec délice et perversion, sans nulle idée de défendu ou de saleté. Ils se goûtaient comme des glaces aux multiples parfums, même carotte et asperge, fruits de mer ou chocolat…Le carillon sonna comme dans un rêve et ils réalisèrent soudain que quelqu’un venait d’entrer dans la pharmacie. Yeux hagards, ils réfléchissaient où ils avaient mis leurs vêtements, sans doute éparpillés dans les allées ou sur le comptoir. 

« Y’a quelqu’un ? » Dit soudain une voix de femme, sans doute Madame Carillo qui aimait passer un long moment ici chaque jour, habitant à deux pâtés de maison de la pharmacie. Une vraie commère, une langue de vipère, et ce serait la fin de son commerce si elle venait à supposer la moindre chose sur des pratiques illicites dans cet établissement.

Virginie voulut se ressaisir et tenta de se relever mais Mattéo pesait de tout son poids sur elle et arborait un petit sourire.  Elle comprenait à présent le jeu de son amant et eut envie de hurler. Pourtant son désir montait, jusqu’à atteindre des paliers inattendus pour une situation jusqu’alors inconnue pour elle. Elle était prise par son amant avec sa virilité habituelle, mais elle était échauffée plus qu’à l’accoutumée, basculant plus encore son bassin pour qu’il aille au plus profond de son coeur. Son souffle dans son cou la chavirait tellement, comme si elle était ivre. Mais ce n’était que de l’amour pur, le meilleur qu’elle n’ait jamais connu…

Entre deux spasmes, elle entendait parler dans le magasin –d’autres personnes étaient rentrées ?- mais elle avait la main de Mattéo qui l’empêchait de hurler de plaisir, lui accélérant le mouvement selon ce qu’il sentait de sa maîtresse. Quand madame Carillo s’approcha du comptoir sous lequel ils étaient, faisant mine de regarder par-dessus, il la retournait en silence pour la prendre encore mieux, ressemblant de loin à deux statues grecques d’une beauté sans nom. 

Mordant ses lèvres, elle arrondissait encore plus ses fesses pour qu’il ait envie d’elle plus encore, il se calait alors jusqu’au plus profond d’elle, transpirant abondamment de son immense désir puis jouissant ensemble du plus bel amour jamais consommé dans une pharmacie…


Des bruits coururent dans le quartier sur des présences nocturnes quelque fois dans ce magasin, mais on ne les  prêta qu’à des cafards ou des rats. Rien sur des otaries !

 Jack Rackham

 Photos: Linda Fiorentino.



jeudi 21 janvier 2016

La Pharmacienne



Le tintement cristallin brisa à nouveau le silence qui s’était installé dans le magasin.  

L’homme prit place derrière la file de personnes qui attendaient leur tour et marqua son arrivée d’un raclement de gorge, net et court. Il n’était ni grand ni beau mais planté sur ses jambes, sûr de lui et regardait vers la pharmacienne d ‘un œil franc et direct. Rien ne les reliait particulièrement, sinon la proximité de l’établissement de la maison familiale. 

Elle se tourna et leva discrètement le nez, mâchonnant un bonjour inaudible. Beaucoup de gens entraient et sortaient de l’endroit et machinalement, elle enregistra sa présence telle une physionomiste professionnelle. Son eau de toilette lui plaisait bien, chose inhabituelle chez la clientèle plutôt habituée à utiliser de l’eau de Cologne basique, virant dès les premières chaleurs de la matinée et obligeant le personnel à une omerta nasale automatique.

Sa chevelure brune et son port de tête fit qu’il la trouva différente. Les autres employées allant et venant n’ayant aucun attrait à ses yeux. Son tour approchait et il pria d’être servi par cette femme dont il essayait de deviner le prénom. Un jeu de regards imperceptible avec une collègue et miracle de la loterie des files d’attentes, il la trouva devant lui, charmante et digne, telle la vraie patronne du magasin et attendant sa demande.

Elle alla chercher les médicaments commandés selon les prescriptions du médecin, et le papier froissé dans la main, elle allait telle une aventurière à l’intérieur du dédale d’étagères et boîtes en tous genres qui constituaient un vrai labyrinthe. Se regardant  alors par-dessus un tiroir ouvert, leurs yeux se croisèrent et ils furent troublés comme si un secret commun venait de les lier. 

L’œil clair et franc, elle s’avança vers le comptoir et ils échangèrent quelques politesses qui furent noyés dans un brouillard nappé de confusions et de bredouillements mutuels. 

Au moment de partir, il la sentit regardant ses talons et il tenta une œillade perpendiculaire au sortir du magasin, comme image volée pour l’album virtuel de ses pensées. Bien rangée pour mieux en profiter seul, telle une gourmandise secrète.

Puis il revint un peu plus tard, et la retrouva intacte comme si les jours s’étaient arrêtés de passer. La magie opérait toujours mais ils ne s’étonnaient de rien, ne se demandant même s’ils pouvaient partager simultanément cette impression.

La pharmacie devint comme un lieu de mystère hors du temps et au fil des ordonnances, ils répétèrent le bal de leurs espérances, se demandant jusqu’à quand cela continuerait.

Une fois pourtant, il comprit un jeu de rires entre les employées, comme si la belle avait parlé de quelque chose qui était trop lourd à garder sur son cœur. Son regard noir d’un courroux sans pitié fut tel que le ciel s’assombrit et fit taire aussitôt toutes les pipelettes à quolibets.

Un soir s’approchant de la fermeture, il passa juste pour la voir. Ils étaient seuls pour la première fois et c’est machinalement qu’elle actionna le rideau de fer. Il la prit dans ses bras et l’embrassa, comme jamais il ne l’avait rêvé. Elle le regardait droit dans les yeux et dégagea le plateau d’un comptoir comme pour mieux l’inviter.

Sa peau était douce et le corps de l’homme se fit pressant. Elle caressait sa barbe et il remonta sur lui les jambes de Virginie, comme pour mieux la connaitre.


Doucement, il rentrait dans sa vie… 






Photo du bas : Linda Fiorentino.

samedi 3 juillet 2010

Le Rêve d'Ava

( Suite du précédent )

L’homme est planté dans l’encadrure de la porte et d’un de ses doigts, il bloque doucement la clochette pour ne pas déranger. Son regard bleu pénètre celui d’Ava qui ne peut plus le quitter des yeux.  Sa main continue d’écrire son histoire, la magie de son imagination semble réaliser son rêve. Son pirate est là et elle se voit lui tenant la main et le suivre…

Une échelle de cordes venant du ciel pend dans la ruelle et elle n’oublie pas de laisser la clé du magasin à un crochet  avant d’emprunter ce chemin vers son imaginaire et son bonheur. Elle regarde son compagnon au bandana décoré de pièces d’or…Ils montent vers un volatile géant aux ailes immenses qui frémit à leur arrivée. S’accrochant à son pirate, la secousse de l’envol lui procure une émotion intense et elle sent son désir monter et le sien, goûtant comme un échantillon de leurs ébats futurs.

Elle n’a pas le temps de les imaginer que l’oiseau les dépose sur le ponton d’un nid aménagé. L’espace est douillet fait d’un lit géant attenant à toutes sortes de fonctions, dont celle de la gourmandise, offrant  chocolats, desserts et limonades à foison…

Mais l’heure de l’amour a sonné et plus de place à d’autres jeux...Ava déglutit déjà l’envie de son pirate et il lui rend en caresses ses désirs inavoués. Leurs corps foisonnent de pigments qui s’effeuillent en des milliers de bouches gourmandes. Ils s’aspirent et se mangent  comme s’ils se dénoyautaient de leurs passés. Leurs peaux sont neuves à présent et  ils se dépucèlent de leurs nouveaux corps.

Un coït frontal intense les unit comme un serment puissant et éternel, leur partage est évident et si tendu que leurs regards se mélangent et ils voient leurs champs de vue mutuels, inattendu et grisant de cette mutation. Ils se sentent plus forts, plus heureux, ils sont amoureux…

Ava et son pirate vont maintenant se promener aux alentours de leur demeure silvestre, prenant juste une lance et quelques friandises en coupe faim. La forêt les accueille comme de nouveaux Novis et ils respirent les paysages, émerveillés et repus…

La main d’Ava continue d’écrire son histoire. Elle n’ose ouvrir les yeux de rompre le charme qui l’embaume toute entière, et la main de son compagnon se pose sur son épaule pour la rassurer et lui dire que tout est vrai tant qu’on y croit.

Alors elle continue d’écrire sans s’arrêter, le bonheur est là..Et levant de temps en temps la tête vers le ciel, elle imagine de nouvelles histoires…


Pour Ava et son pirate,
Besos !

Jack Rackham.


jeudi 1 juillet 2010

Ava et le Pirate

Ava  fait les cent pas devant la devanture du magasin. Les mains sur les hanches, elle arpente inlassablement les quelques mètres de trottoir devant la pharmacie…L’île du Crane n’est pas encore éveillée et son village baigne dans la moiteur d’un matin d’été.

Ses talons claquent et résonnent sur le pavé et quelques volets s’ouvrent comme des reproches grinçants. Quelques injures lancées repartent en ricochet vers l’envoyeur. Ava sait se défendre, elle est  habituée aux goujats sans vergogne… Les imbéciles sont matinaux et ils crépitent en feu d’artifice comme si la rue était choisie en rendez-vous pour le spectacle.

Son impatience a des limites, sa démarche est pesante, ses cuisses scandent comme une envie…Elle regarde de droite et gauche mais le client est rare avant ce point du jour. Elle entend quelqu’un qui court…C’est pour elle. Elle l’attendait…

-          - Tenez !  C’est la clé du magasin…J’ai fait au plus vite.

 Ava relève la tenture, glissement métallique vers le plaisir de sa journée…

Elle a préparé potions et médicaments, puis elle se plante à l’office. Madame veuve Willouby va arriver pour sa commande. Tout est prêt…Sa blouse transparente a un certain succès,  quelques  passants  s’arrêtent pour quelques plantes érectiles ou des bonbons. Son sourire est ravageur et son regard tendre irrésistible.

Elle est seule depuis longtemps, sa journée de pharmacienne est presque finie. Elle s’assoit à un petit bureau qu’elle a aménagé dans un coin et sort quelques feuillets. Sa plume survole quelques lignes  et elle se met un large bandeau rouge sur l’œil pour se mettre dans l’ambiance.

L’encre noire accroche le papier en zébrures  élégantes, elle tire la langue en écrivant le titre de son roman : « Ava et le Pirate ».

Elle va pour se lancer à l’abordage de son histoire, quand la cloche d’entrée tinte, annonçant, client, malade ou intrus de passage. Non point de tout cela, c’est un pirate…

  
(A suivre...)

( Photo X/ Nina Roberts ) 

lundi 28 juin 2010

Le Dernier virage avant la ligne droite

Les deux sauvages me regardaient  avidement depuis un moment. Peut-être choisissaient-ils l’un de mes morceaux ou discutaient-ils d’une sauce en agrément. Leurs regards sans vie banalisaient  ma mort prochaine en repas quotidien, sans autre sens que celui d’un casse-croûte ou coupe-faim dans leur matinée de chasseurs communs.  J’aurais aimé mourir sous la dent d’un tueur en série célèbre ou en pitance offerte à un Dieu  inconnu.  Nul ne choisit son heure ni son mode de cuisson.

Depuis un moment, je mitonnais à feu doux en attendant le moment du festin dont j’étais le plat principal. J’avais rendu les armes bravement  après des heures de course et au détour d’un virage mal stabilisé, une de mes sandales avait lâché, entraînant ma chute subite et ma capture. Un coup de gourdin sec m’avait évité l’ennui d’un voyage monotone, attaché à une branche, à travers la forêt vierge jusqu’à leur camp.

Attendant la fin de l’apéro, j’observais ça et là les indigènes en pagne et je frémissais d’avance les voyant découper quelques morceaux de chair fraîche rosée, d’une autre chasse à l’homme sans doute ou d’un gibier malchanceux.

Se regroupant tous devant la marmite bouillonnante, l’un d’eux s’approcha  pour me faire la conversation. Son aspect énorme n’ajoutait qu’à la difformité de son masque…
-          Alors Captain Jack, on ne reconnait plus ses amis ? Me dit-il.

Je restais coi devant l’appellation familière et d’un coup sec, cet Hercule peinturluré me sortit de mon cercueil en guise de pot-au-feu.  Son masque à la main, je reconnus le faciès de mon cuistot préféré et un à un tous les indigènes firent de même…Je ne pus lâcher qu’un « Bosco » sous les rires appuyés  de cette assemblée de fieffés plaisantins :

En plus de Tim, Mildred et tout l’équipage du Poséidon, Il  y avait Katia la compagne de toujours, Sara et Lilly mes amours imaginaires, Madeleine l’amour de jeunesse, Eloïse mon épicière, Dana la sauvageonne, Ania mon attachée de presse, Marie l’épouse et bien sûr Zahiya, la princesse instigatrice de ce guet-apens festif. Plus loin, j’apercevais les sorcières Clochette et Maia aux rires mutins,  Patricia aux atours provocateurs et bien sûr Rita, revenue des enfers pour être là  en mon honneur…

Les jambes tremblotantes, je cherchais un sofa pour m’y étendre sous l’œil réconfortant du Docteur Santiago et du Capitaine Willouby toujours borgne. Pourtant, je n’étais pas au bout de mes surprises et je vis en enfilade mon ami le Magicien, K sortant de sa boîte, Emma la prof d’anglais, Seffana la danseuse nue gothique, Fairouz la liseuse, Ava la romancière,  Cameron l‘amour perdu et Josépha l'amour rêvé…

Un gros gâteau se profila sous mes yeux perlés de larmes et en cœur soufflèrent mes bougies toutes mes amies, compagnonnes d’écriture et  de blog, Sco, Victoria, Ysa, Virginie, Solveig et Loève, Annie, Tifenn, Nanou, Bérénice, Karine des rivières et  Karine des poèmes,  Leila, Yaëlle, Louisianne, Multi-sourires, Colombine, Do, Sharazad, Céphée, Nuax,  Noèse, Marie, Christine, Mouna, Zoë, Isabelle, Gicerilla, Laurence, Julie, Sarah, et tant d’autres…

Sous des sourires entendus et des bouchées de roi, mes regards échangeaient des souvenirs avec chacun et je réalisais que, outre que ma vie était sauve de ces dangereux guerriers cannibales…

…je venais d’avoir 50 ans !


Amitiés à tous !

Jack Rackham, Capitaine du Poseïdon, le 27 juin 2010. 

vendredi 18 décembre 2009

Le roman d'Ava


Les yeux d'Ava scrutent le ciel comme si un oiseau pouvait lui souffler une idée... Son crayon dans la bouche lui donne un air candide, elle l'a décidé, elle sera écrivain.

La bouche d'Ava mordille l'instrument, sa mémoire se souvient de tous ces frôlements, de ces émois jadis qu'elle a provoqué. C'est dans les âmes qu'elle puisera désormais, tirant la sève des imaginaires par des aventures incroyables, suscitant l'émotion par des histoires d'amour...

Pendant qu'elle réfléchit, les jambes d'Ava sont croisées sous le bureau. Ce sont ces meilleures amies, celles des bons et des mauvais jours, interminables et montant jusqu'à son coeur, fuyant à tout jamais les tourments des minables...

La peau d'Ava est dure et douce à la fois, souvenirs de mains qui l'ont aimé, habit de lumière de ses succès, enfilée de rousseurs comme autant de douceurs. Caresser Ava comme une gourmandise, se laisser aller à frôler le bonheur de cette pelisse magique, immaculée et vivante...

Ava prend une feuille sur la pile et griffe quelques notes. Son roman avance comme sa vie, ses doigts virevoltent et tapent des moments, des paragraphes et des chapitres, son inspiration est sans limite et les oiseaux curieux alignés sur le rebord de sa fenêtre approuvent et acquiescent à son récit...

Ava plisse des yeux, se sert un petit verre de rhum et se laisse glisser contre le mur. Ses genoux en éventail, elle réfléchit au titre de son roman...

* * *

J'ai trouvé une héroïne, elle est actrice. Elle a envie d'écrire un livre, mais c'est pas facile. Pourtant elle va y arriver...Je la verrais bien aussi travailler comme pharmacienne, à l'île du Crâne, elle a un joli profil ! Il lui faudrait un bon ami, un genre pirate, un Capitaine...


Pour Ava.

Jack Rackham.

Photo : Malycia-X/Rosto666 Copyright Hotel Amour 2009