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jeudi 22 novembre 2018

Le Retour de Rackham Le Rouge



Comme un ciel de rentrée des classes s’affichait sur mon écran en retrouvant mon fidèle clavier aux touches magiques. Tout me revenait de mes premiers voyages imaginaires, les crapahutages de l’île du Crâne comme les cocktails au rhum d’une taverne du Paradis…

Un vent de combats maritimes et de sang embaumait mes narines, rappelant aussi les coups de hache et les hurlements qui avaient jonché le ponton de mes souvenirs. Mes tympans étaient restés sourds aux horreurs des amputations, préférant garder en mémoire le gargouillis des lampées de rhum ou le crissement des caresses de bas retroussés, des moussaillonnes aux cuisses hautes offrant là à son moussaillon le plus long des supplices avant les saillies intenses et profondes du reste de la nuit.
Tel était mon destin de Capitaine, enfilant son manteau de magicien encore et encore.

- Remarquez, y’a pire. Les fois précédentes, j’étais un peu usé, vidé, j’avais besoin de ressourcer l’île d’autres trésors, sans compter une morsure de vipère une autre fois…Là, c’est comme une renaissance !

Planant et riant au dessus  de ma tête, les mouettes savaient bien que c’était autre chose, plus fort que le goût de l’aventure, plus fort que les parties de cartes et de rhum coulant à flot jusqu’au bout de la nuit, plus fort que l’envie d’écrire (quoi que), plus fort que l’amour du Cinéma (oula), c’était…
…l’envie de retrouver mes moussaillonnes !

Katia et son coup de pédale endiablé, donnant vie à mes vocations premières, Sara et ses sortilèges de sirène, Rita aux formes de rêves, Maia la petite sorcière au cœur d’ange, Madeleine le premier amour d’une autre vie, Lady Ania Chester l’attachée de presse au grand cœur ( et au sourire suave), Marie la bienveillante, et tous ces amours fous, sur tous les pontons et tous les univers…

Et puis Orfeenix la poétesse, Ava la pharmacienne, Cameron la traitresse…et toutes ces femmes invisibles, infidèles, de lettres, courtisanes,  nues, amoureuses, au téléphone, au lit, bien-aimées, mentalistes ou abandonnées, quoi !

Sans oublier cette femme imaginaire, écrivain dans l’âme, jouant du piano dans ses rêves et amoureuse des séries télé ^^

Ca y est, je suis de retour…

Besos

Jack le Pirate

PS : Pour cette occasion, je me suis rasé (mais j’ai pas repris la cigarette, ‘tention hein ?)

Image du bas : Keith Richards le pirate.

vendredi 20 mai 2011

Un Thé à l'Amante

Les jardins secrets de Capitaine sont ouverts aux quatre vents. Non pas que mon cœur papillonne ou que je collectionne les aventures, quoi que, mais j’ai abordé quelques fois des terres inconnues qui m’ont fait rencontrer le mystère et le goût du défendu.

Basculant parfois des contrées orientales aux terres des pays basques, mon navire avait fait escale entre les deux pour connaitre les désirs cachés de mes courtisanes.  Et sur le pont à cinq heures tapantes, j’attendais visites de mes invitations, en priant que mes messagers pigeons avaient bien effectué leur mission. 

J’avais installé dans un salon quelques coussins confortables et j’invitais ma première arrivante à s’enfoncer dans ce matelas de mes sentiments, en face d’une table garnie où se mélangeaient  un thé fumant et des gâteaux sucrés aux goûts de miel. Quelques rires nous rapprochèrent et à travers le voile qui cachait le visage de mon invitée, j’essayai de deviner son identité. Ses yeux étaient pourtant clairement dessinés et visibles mais une sorte de magie avait tétanisé ma mémoire, et développé en contrepartie mon désir et mes sens...

Hypnotisée elle aussi, son regard en amande oblique zieutait bien mes atours, qui rendaient honneur à sa visite. J’en profitai pour glisser une de mes jambes entre les siennes, écartant doucement les pans de sa tunique pour remonter entre ses cuisses avec mon pied. Elle semblait docile pendant qu’elle aspirait de ses lèvres vibrantes le thé à la menthe brûlant. Elle appréciait mes caresses car elle bascula en arrière pour mieux s’offrir et sentir mes orteils. Je regardai sa bouche jouer avec le thé puis je lui offris un fragment de zalabias que je poussai dans sa bouche avec mon doigt. Le miel et sa salive se mélangèrent pour ne faire qu’un et retirant mon pied, je plongeai mon autre main pour d’autres sortilèges. 

Sa bouche occupée par mes phalanges, je sentis ses paumes apprécier ma fougue qui semblait convenir à son appétit et à ses rêves. Tel un gâteau au miel elle m’engouffra profondément en me déglutissant pour gagner du terrain et de l’extase. En même temps, elle saisit des raisins de ma coupe et les serra comme une douce garce. Un soubresaut de plaisir me tétanisa et je lui offris un sirop de mon cru qui rafraichissait son gosier après un après-midi de canicule.

Nous échangeâmes un baiser au goût de retrouvailles et elle s’endormit au milieu des coussins comme un bébé. Je n’attendis pas les autres courtisanes et ordonnai à l’équipage de mettre voiles vers l’île du Crâne, où une autre vie m’attendait…

Je sentis une main robuste secouer mon épaule et me réveillai.

« Un thé capitaine ? » me lança Bosco.

Je refusai poliment d’un geste de main, il n’allait pas me gâcher mon rêve celui-là, non ?

dimanche 28 novembre 2010

Au Bois dormant


 Il était une fois…

Je faisais un peu de rangement dans la cuisine de Bosco  et je retombais sur ce vieux livre de mes premières traversées, celles qui m’avaient amené jusqu’à cette île du Crâne.

« Cook and Sorcelery », un titre clinquant au milieu d’une belle couverture en cuir cousu et bien usé… L’expression francisée avait évincé à jamais le terme anglais véritable de « Sorcery » mais on comprenait bien le contenu du manuscrit.

Cela me faisait penser à ma sirène Sara, confinée depuis quelques aventures au sombre de la cale. Je décidais d’aller la voir et lui rendre sa liberté. Seuls resteraient en souvenir d’elle, un auriculaire amputé et une boucle de cheveu enroulé à mon doigt pour toujours…

Le plouf  sans équivoque m’indiqua un  adieu net sans larmes ni regrets, quand affalé sur la rambarde du Poséidon en regardant le fond de l’eau si c’était possible, je crus voir un coffre rempli de pièces d’or ! Je me frottais les yeux et ôtant tricorne, manteau et tout le reste, je plongeais dans les eaux froides de la crique pour en avoir le cœur. Je ne sus si c’était l’appât du gain ou l’envie d’aventure qui me décida, mais c’était récurrent dans ma vie de partir au quart de tout, à l’inspiration du moment.

Une fois stabilisé dans les eaux basses du lagon, je commençais une brasse régulière et me dirigeais vers le coffre que j’avais aperçu…Quelle ne fut pas mon étonnement quand je vis une sirène à la chevelure mordorée près de mon trésor !

Elle me souriait et semblait peu farouche, moins dévoreuse et ronchon que mon autre sirène, fraîchement débarquée. Une conversation s’instaura spontanément et par télépathie, terme sans doute « fratronyme » de la sympathie…

Belle et causante, elle me raconte sa vie, arrière-arrière-arrière-et-touti-quanti-petite-fille d’un Roi de Cornouailles, Gradlon. Mais L’histoire* est longue et en résumé, cette descendante de l’Océan bleu de son ancêtre Dahut arrive jusqu’à moi par l’entremise d’un sortilège rencontré sur une plage de Douarnenez !

Nos cheveux se mêlent alors et sans le vouloir je romps le charme en l’embrassant sur les lèvres. Ma sirène reprend pied rapidement et ensemble, nous rejoignons la première plage venue pour retrouver nos esprits et sécher nos coiffures. YsaBelle, puisque c’est son nom, reprend le cours de son histoire :

-          Oui, ce n’est que le début de mon histoire Monsieur Jack, dit-elle en me regardant tout bas. J’étais alors prisonnière d’un châtelain démoniaque qui m’avait dépossédé de mon royaume et tous mes biens. Je venais juste de m’échapper, quand sur cette plage…
-          C’est pas de chance, ma Belle. Comment aviez-vous fait ?
-          J’étais passé par les jardins, une entente avec un  vieux cuisinier, une histoire de tarte aux fraises, je ne sais si vous pouvez comprendre…
-          J’ai une petite idée de la question, mon cuisinier de bord a les mêmes us.
-          Et nulle âme qui vive une fois dehors, c’était un Bois dormant…
-          Dormant ?
-          Oui !
-          Alors ? Répondis-je.
-          Et bien voilà…


(A suivre…)

Jack Rackham.

*Vous trouverez avec force détails, tout sur l’histoire d’Ys, Gradlon et Dahut dans cet article dont le lien est ici :  http://elisabelleauboisdormant.over-blog.com/article-ys-61387516.html

dimanche 26 septembre 2010

Ladycologue

J’ai parcouru des milliers de miles, par delà les mers et même les terres. Les vents ont tant frotté mon visage que je l’entends encore souffler, même quand ma porte est close et que la mer est d’huile. Mon tricorne se repose aujourd’hui de tant de va-et-vient que toiser un palmier armé de bananes mûres lui paraîtrait un combat trop fatiguant. Je n’ai pourtant point usé à ce point mes désirs et mes rêves que j’ai encore envie de voyager, de conquérir.  D’autres territoires me font encore vibrer et mon sabre n’attend qu’un signe pour se dresser  tel un phare rasant la mer pour appeler des sirènes…

A présent, mes voyages se font de mon hamac, dans mes rêves, ou dans ma cabine de Capitaine, par le biais d’une carte ou d’un globe tournoyant sur lui-même et s’arrêtant au hasard d’un pays. J’aime dérouler ces chemins de hasard, que je cale avec de vieux livres ou ma lorgnette.

Je laisse glisser mon doigt sur une carte, parcourant ces contrées où j’avais un flirt, un amour, une maitresse, caressant l’espoir de les revoir à nouveau…Qui sait si elles se souviennent de ces moments d’amour aux salives gourmandes, se régalant de nos atours comme des chiens aux gueules haletantes.

J’imagine ces parcours de ma vie où je gambadais sur ces rondeurs granulées et salines. J’hume encore ces fesses et ces toisons, fermant les yeux pour mieux ressentir leurs fumets et leurs formes. Mes doigts sentent encore leurs contours, si bien que je pourrais les dessiner…

Je prends mon crayon et mes plumes puis je trace la carte de mon cœur comme sur une femme accroupie. Où je marque les grands crus de ma vie, comme des capitales de souvenirs, des points d’orgues d’émotion. Je me remémore mes Ladies, de Madeleine à Katia, de Sara à Rita, en passant par  Clochette et Dana, jusqu’à Cameron et Josépha…

Quelquefois, j’oublie que je suis pirate et je contemple mon pays imaginaire…



Jack Rackham, ladycologue.

dimanche 31 janvier 2010

La Grande Brune


Ses longs cheveux noirs sont dispersés sur son front et elle fronce les sourcils en regardant son écran. Ses doigts fermes survolent le clavier et les mots s'inscrivent comme une farandole interminable d'images et de sons. Ses univers sont multiples, tantôt bleus, tantôt noirs, et ses récits sont semés avec parcimonie sur la toile, égrenant des moments uniques et magiques . Une image se reflète doublement dans ses lunettes, un sourire illumine son visage quand elle envoie son message, imaginant déjà ses effets, elle jubile...
Le grand pendule du destin l'a mis sur mon chemin un temps d'automne, je n'étais pas encore pirate ou alors en pensée. Mes contes imaginaires n'avaient pas trouvé ponton et c'est sur un mur de lamentations humaines que nous fîmes connaissance...
  • Faisons comme si nous étions amis, personne n'en saura rien ! Dit-elle.
  • Oui, après tout, faisons...Répondis-je
Je l'ai suivie de loin et observée de près quand elle bâtît ses premiers murs et blogs. Elle les a peint de ses angoisses ou de ses exaltations, de toutes les couleurs de son âme, ralliant chevaliers errants, princesses de fortune, artistes maudits ou crétins de misère. Énergie stimulante et aura attirante, elle est l'étoile vivante de constellations d'âmes des flux internet ! Parfois elle se repose dans son antre, attendant le moment propice de lancer un défi, un statut ou un pamphlet pour jouer, tourmenter les trublions ou amuser ses amis...
Nichée près d'un grand fleuve, sa maison a l'air comme son thé, orangé ou vanille, remplie de bibelots et d'une fleur étrange. Un bol fume près d'un ordinateur qui centralise les informations qui servent à son occupation première : Écrire !  
Ses passions sont littéraires, musicales et surtout cinématographiques. Ses écrans noirs derrière son carré blanc projettent des aventures. Elles sont guerrières, bavardes, amoureuses, humoristiques, maléfiques, angoissantes...Elle apprend à contrôler son imagination débordante, un flot de mots en continu dont elle ne connait ni le fond ni l'origine. Elle raconte...  
On la voit marcher de long en large, selon l'inspiration. Le dictaphone hurle ses pensées comme si son cerveau capturé cherchait à en sortir. C'est une boîte à miracle des mots, ceux qu'elle a oublié d'avoir dit et qui se régurgitent en feuilles de papier qui s'impriment en romans...
Créature de la nuit, le temps n'a pas de prise sur elle, les jours rejoignant même les nuits et on se demande quand elle prend un moment de dormir. Le jour, elle scrute le temps à travers la fenêtre, cherchant un rayon de soleil ou un corbeau qui picore les semailles de son jardin, puis replonge le nez dans son travail, raturant et notant, tapant et copier-collant...
De temps en temps, ses murs tremblent. Elle crie son désespoir, ceux des désirs inassouvis de sa vie, ou elle hurle son plaisir, ses jouissances partagées de ses vies secrètes. On ne connait rien vraiment d'elle, elle sort de temps en temps vers la capitale, retrouver des boulevards, des amis chers, des inconnus de hasard avec qui elle partage l'air du temps...
Puis elle rentre chez elle, retrouver une grosse boule de poils au museau humide et fou d'elle. Elle grimpe alors sur sa balançoire et prend son élan. Ses pieds semblent pointer vers son destin, elle balance encore et encore, elle voit le monde, elle est bien...

C'est mon amie...

...La grande brune.

dimanche 27 décembre 2009

Le Conte de Noël de Capitaine Jack


Il est des pirates qui prennent congés pendant les fêtes. Pour notre ami Jack Rackham, il n’en est rien. Il se dévoue à la bonne cause des enfants orphelins, leur préparant goûter et leur racontant des histoires le soir de Noël…

Un nombreux auditoire se recroqueville autour du fauteuil du Capitaine, sa pipe au bec et son tricorne altier en imposent. Il fait mine de réfléchir longuement puis improvise, comme d’habitude.

- Voyons, où en étais-je resté ? Ma mémoire s’érode avec le temps. Ah oui, : Il était une fois…

Les oreilles grandes ouvertes, les enfants écoutent Jack avec émerveillement.

« C’était un soir de Noël, le Poseïdon avait accosté sur une îles des Philippines, afin de reposer voiles et marins. Quartier libre avait été décrété et chacun était parti vers son festin ou sa galantine. Nous nous préparions à faire de même avec Tim, quand on entendit un fracas épouvantable sur le pont. Nous sortîmes pas à pas, prudence vaut mieux que guet-apens…

Un drôle de tableau nous attendait : Un traîneau de rennes du nord s’était encastré entre tonneaux et toiles, et un grand bonhomme habillé de rouge semblait sonné sur son siège…

- De rouge ? entonnèrent les enfants.

Oui, de rouge. Je m’approchais vers le grand bonhomme pendant que Tim s’occupait de tenir les rennes. Le temps de poser une question, je m’entendis répondre oui à une demande sans détour :
- J’ai la jambe cassée et rien n’y fera plus ce soir. C’est Noël, vous devez prendre ma place Capitaine Rackham…

Il est des moments où on comprend le sens du mot destin. Toute une vie, on attend le grand signal sans jamais l’entendre, et là c’était mon heure ! Je me rendis bien compte qu’il était de même pour deux rennes qui avaient entorses et entailles. Qu’allais-je donc faire…

- Oui, Capitaine, qu’avez-vous fait ? Questionnèrent en chœur les enfants.
- Ben, j’ai appelé mon amie Sara. Des millions de jouets et cadeaux à distribuer, il me fallait de la main d’œuvre. Mon Ange noir a des relations, plein d’anges en fait, des blancs, de toutes les couleurs…

Un ballet d’anges arrivèrent du ciel sous la houlette de Sara et moi-même, et sortirent par enchantement les jouets du coffre du traîneau. Les cheminées du monde, des Philippines en tous cas, furent gavées de cadeaux et Noël eut lieu une fois de plus…

- Vous êtes fort Capitaine, lança le jeune O’Grady. Heureusement que le traîneau n’a pas atterri sur le bateau de Jack Sparrow !
- Ca tu l’as dit ! Qui reprend du Cake au rhum, les enfants… »

Ecroulé sous une demande générale de Cake, le Capitaine Jack s’étonne encore de son imagination. C’est Noël, après tout, et qui sait si une prochaine fois, il ne leur racontera pas quand il fut Zorro, Ivanhoë ou Christophe Colomb…

Mais ce sont d’autres histoires, qu’il racontera à de prochains Noël !

lundi 13 juillet 2009

Où les cales sont...


« Croui croui .»

Le bruit du balancement de la balançoire me fit réaliser que j’avais raté mon coup…J’avais raté l’animal, et me retrouvais à balancer dans le noir. Ma main me lançait, suite à l’amputation de mon doigt, mais mes yeux semblaient s’habituer à l’obscurité, car j’apercevais le fauve en bas, qui m’attendait…  

« Coucou. Suis là… »

Tenant de toutes mes forces mon couteau, je m’apprêtais à sauter quand je vis une scène extraordinaire : Dans un cercle lumineux, cette panthère noire énorme tournant sur elle-même et se métamorphosant en...Sara ! Sara, mon Ange des ténèbres, ma sirène des Océans, la compagne de mes démons…

Une dernière fois, j’entendis dans ma tête cette voix grave et sourde :
« J’arrive… »

- Sara ! Que me voulais-tu ?
- Tu méritais une petite leçon, Jack Rackham…Toutes ces princesses et courtisanes qui te tournaient autour, comme des affronts à notre amour. Tu semblais feindre de les ignorer mais je savais qu’elles te plaisaient. Tu me connais mal, le Pirate…Tu est à moi. Dit-elle, en me fixant.
- Tu es une ombre insaisissable. Je t’ai rencontré par hasard de mes voyages, mais point de serment nous n’avons partagé. Tu venais au gré des vents et parfois plusieurs années ont séparé nos rencontres, nos ébats…Peut-être n’es-tu qu’un songe, ou alors une pensée.
- Tu es ingrat, Jack…Tu m’as aimé au moins, je veux savoir.

Je m’approchais d’elle et la caressais. Sa peau était douce et j’aurais fait d’elle ma gaine toute entière. Elle s’offrit en se lovant contre moi, entourant ma taille de ses jambes et se mit à m’inviter de son bassin. Ses cheveux s’enroulaient en même temps tout autour de nous, et nous ne fîmes qu’un, telle une pieuvre aux bras multiples.

Je l’aimais oui, mais ne lui disais pas, le pensant très fort simplement, et essayant qu’elle l’entende dans mon cerveau de pirate…Ses absences m’avaient nourri mais ses présences étaient des monuments de plaisirs. Ce n’étaient plus des pénétrations mais des repas, plus que des coïts mais des festins. Je m’arquais pour mieux l’aimer jusqu’au cœur…Et elle pivotait, nous retournant pour me voir sous elle…

- Alors ? Dit-elle.
- Tu sais bien. Tu ne devines pas ? M’avançais-je.
- Oui, je le sais. J’en suis sûre à présent…que tu m’aimes.
- Comment ? Une mouette t’a fait une confidence ?
- Non, c’est ton petit doigt qui me l’a dit…

La cale se fit moins sombre. J’oubliais sa peau de panthère noire, je savais qu’elle ne partirait plus, qu’elle resterait quelque part dans ces cales, restant près de moi. Sara…

Je revins à la lumière. Bosco était là qui m’attendait…Plus de Princesse félonne et d‘équipage prisonnier. Les hommes allaient et venaient comme si rien n’était, je restais près du pont, ordonnant la manœuvre, le soleil pointant au firmament.

« Vous êtes un homme bon, Capitaine. » Dit Bosco, contemplant ma main blessée. Il souriait comme s’il savait…  

samedi 11 juillet 2009

Prisonnier dans la Cale...


Je suis dans le noir…J’ai l’épaule qui lance, j’ai du mal tomber quand ils m’ont balancé dans la cale. Six mètres de haut, c’est pourtant pas la tour de Babel. Je me souviens de l’affrontement…

Il faisait beau quand on a croisé au large, ce PHENIX. Je ne connaissais pas ses armes et je ne me suis pas méfié quand elle m’a proposé de s’accoster à flancs, pour lier connaissance. Pantalon serré et mains sur les hanches, elle était belle sur son pont à hurler derrière ses hommes. Elle me dit s’appeler Formosante, princesse de Babylone, et en quête de son amoureux Amazan…Je me foutais bien de ce malheureux, et comptais capturer la belle pour l’emmener jusqu’au fond de mon lit. Elle ressemblait à une princesse bretonne de mes connaissances et ce fut elle qui me fit prisonnier...

Ses hommes ne firent ni une ni deux, qu’ils maîtrisèrent les miens et nous nous retrouvâmes à la merci de cette flibustière en collants. Bosco tenta bien une rebuffade mais le sourire mutin d’un des matelots dut le distraire, bien aidé en cela par deux coups de gourdin qu’on lui assena. L’affaire était faite et le temps de me toiser de sa chemise dégorgeante, la princesse perfide me fit jeter dans la cale…

« Je pense à Sara. »

Je n’y voyais goutte et n’avait aucune idée des lieux car c’était un endroit que je fréquentais peu. Je me dis qu’après tout je ne risquais rien ici que mourir de soif, quand le feulement d’un animal me fit changer d’avis. J’essayais de situer la distance entre nous et me rappelais que les félins, eux, voyaient dans le noir…

« Tu es là ? »

La peur sans doute me prit. Je n’avais point mon sabre mais cherchais mon couteau dans ma botte, dernier recours secret de ma survie. Il était là. Je déglutis si fort que l’animal sembla se retourner. Un frôlement passa devant mon visage. Je transpirais à grosses gouttes.

« Oui, je suis là. »

Mon esprit s’envolait…Le souvenir de Katia me réconforta, puis ce fut au tour de Rita. La bouche de Rita…Je ne savais pas pour les accidents de bateaux, mais si ça devait être ma dernière heure, mes meilleurs souvenirs semblaient défiler devant mes yeux. Le feulement de la bête me coupa dans mes pensées. Quelque chose me léchait la main. Je ne bougeais pas d’un millimètre…

« Tu as peur ? »

Ma peur avait encore grandi. Comment avais-je pu me laisser prendre ? La ressemblance avec ma princesse bretonne sans doute…Elle était si belle et sa peau était douce. Mon esprit s’évadait vers elle…quand je sentis une langue laper mon petit doigt !

« Non… »

Ce ne fut pas la douleur qui me prévint mais un bruit de claquement sec. La bête venait de me sectionner l’auriculaire ! Et elle le mangea…

« Ahaaa… »

Moi, Jack Rackham, je ne comptais pas me laisser découper morceau par morceau pour être le repas d’un animal inconnu. Je fronçais mes sourcils et pris mon couteau des deux mains. 

« Sara… »

Je fis tourner ma tête pour mieux me situer, évaluais la distance, et d’un coup bondis vers mon ennemi, poussant sur mes jambes de toutes mes forces…


Croui croui…

( A suivre )

lundi 15 juin 2009

L'Ange noir


Elle avait accosté son radeau contre mon bateau. Je n’avais même pas entendu le frottis de ses troncs contre la goélette. Il faisait nuit et nous chargions à la lampe quelques cargaisons de rhum à destination de Rangoon…

Je me plongeais ensuite sur mon amas de cordes favori, à la poursuite d’un texte qui jamais ne vint et je me levais un instant pour me dégourdir, quand j’aperçus cette embarcation contre le navire. Une lueur semblait venir d’une chambre de toile en son centre, et j’entendis une voix grave appeler, je ne sus jamais si ce fut mon nom…

Je sautais sur radeau d’un bond et m’approcha de la pièce. Je soulevais le drap de toile…elle était là. Je ne vis ni ses yeux, ni son corps mais je sentis sa présence et moi-même je crus perdre la vue momentanément. Je me laissais guider par cette voix rauque, chaude et profonde…Je m’assis à côté d’elle et nous bavardâmes. Longtemps…

Une Lune voilée couvrait nos propos comme de la pudeur, et chaque fois que nous bougions, nous sentions nos cheveux se frôler comme des paumes de mains sur nos peaux. Nous griffonnions aussi nos desseins et tracions des plans sur nos planètes. Nous mélangions ce que nous croyions être nos yeux et nos sourires répondaient comme des acquiescements évidents de nos savoirs…

Mais les ténèbres de la nuit firent pâlir nos lumières et elle eut peur. Je me levais et tournais sur moi-même pour mieux cerner ces ombres. Je sortais mon sabre et faisais mine de les combattre, ne sachant pas vraiment où elles étaient…Peu à peu je recouvrais la vue et m’éloignais d’elle, hurlante et tremblante. Elle paraissait ailleurs et semblait voir un autre monde que le mien. D’un coup…

…Elle parut grandir et mesurer plusieurs mètres de haut. Les ailes que je lui vis dans le dos semblaient comme dessinées par les plus grands artistes et lui conféraient une grâce jamais vue. Elle devait être appelée par un autre monde, préparant un envol ultime. Avait-elle vraiment envie de partir vers cet inconnu, ce monde d’ombres ? Les larmes que je remarquais sur son visage au moment où des bras sortaient de nuages noirs pour mieux la prendre…

Je lançais mon tricorne dans les airs et montais d’un bond sur la rambarde du bateau. Quelques coups de sabre me dégagèrent et je tendis ma main au moment où je la vis monter vers le ciel. La Lune se découvrit de ses nuages opaques et nous éclaira…

Elle prit ma main, et se posa doucement sur le pont près de moi. Nos regards se croisèrent pour la première fois et je vis dans ses yeux le chemin de son cœur…

C’était un ange.

vendredi 5 juin 2009

Le Jour Où...


J’étais allongé sur le plancher de la cuisine, le nez entre les pages de ce fameux livre : 
Book of the Cook and Sorcellery. Sorcery était le véritable mot à utiliser, mais c’était écrit, c’était écrit…
Je me régalais des recettes telle la « Lampée de veau mode Trafalgar » ou « Lichette flambée de Tripoux caramel » et je tournais les pages avidement jusqu’au prochain guet-apens culinaire. Je me retrouvais propulsé des années en arrière par la force des choses, cette force s’appelant une virée en ville imprévue de Bosco, notre chef-cuistot. Nous avions bien sûr passé un « accord » et sa démarche déhanchée en descendant du bateau me disait que j’y étais allé un peu fort. Mais je me rappelais bien sa fougue pour un dessert aux fraises ou un gigot Marengo…

J’étais donc pour un jour cuistot du Poséidon et je me régalais déjà de ma cuistance. Quelque chose aurait du me mettre la puce à l’oreille, mais l’ambiance de la cuisine, la douceur des fourneaux avaient endormis mes signaux de détresse. Pourtant je crois au destin, à ces croisées de chemin, à ces jours marqués de craie blanche et je venais de franchir le seuil d’un de ceux-là…

« Croui croui ». Un drôle de bruit me vint aux oreilles pendant que j’épluchais les topinambours. Je levais la tête pour me faire une idée précise d’où venait ce bruit. « Croui croui ». Je prenais la coursive et montait les escaliers jusqu’au pont…

Ce que je vis me coupa le sang. Sara, ma belle sirène, Sara mon amour…faisant de la balançoire entre deux mats ! Le spectacle était ahurissant…Elle envoyait de toutes ses forces entre chaque aller et retour, et sa chevelure donnait le sillon de son envol circulaire. Ses dentelles au vent lui donnait un air angélique, contrasté légèrement par le spectacle de ses cuisses écartées qui laissaient transparaître la pilosité fournie de son sexe…

« Croui croui ».

Ce spectacle me rendait fou…Les cheveux de Sara étaient devenus roux depuis notre première rencontre. Le temps passé, les spasmes de sa vie, la jouissance…Elle me vit la voir et prit un nouvel élan encore plus fort, encore plus fou. Et entre deux balancements, nous échangions quelques mots :

- C’est vous Capitaine ?
- Oui, Sara…
- Ca faisait longtemps…
- Presque rien…
- J’ai pensé à vous…
- Moi aussi…

Nos regards traversaient les distances, sa balançoire semblait être arrêtée dans le temps, ses pieds pointant vers le ciel, nos désirs…

Soudain, un dernier élan prépara son saut et telle une féline vint atterrir en silence devant moi. Elle m’embrassa de sa langue et m’allongea en me guidant de sa main. Se retournant, elle s’assit sur mon visage et je goûtais ses lèvres chaudes et pulpeuses…Elle se pencha et me goûta aussi. Nos bouches burent et se rassasièrent de nous, jusqu’au fond…
D’un coup elle se leva et bondit sur la balançoire. De plusieurs coups de rein, elle prit son élan pour trouver de la vitesse. Elle me lança un dernier regard et me sourit. Je lui rendis son sourire et nous fûmes heureux.

Puis elle lança un dernier coup de balançoire et elle disparut dans le ciel…

Le ponton du bateau était toujours désert et je repris peu à peu mes esprits. Des hommes commencèrent à aller et venir, la vie à bord reprit et je descendis aux cuisines, hagard mais heureux.

Personne n’aurait pu m’enlever le petit sourire que j’avais à ce moment-là. Je savais que j’allais la revoir…

« Croui croui… »

samedi 2 mai 2009

Cook and Sorcellery

Entre deux sommeils, moi Jack Rackham, je vogue sur le pont des soupirs et les corps de rêves que j'imagine, laissent place encore à mes  souvenirs de jeune homme...

"Le Capitaine Longfellows nous avait mitonné une balade le long des côtes de Heart Island, dans l'océan Indien. Deux mois s'étaient écoulés depuis notre départ de Basse Terre, et j'avais été chargé de faire la cuisine. The Cook, c'était moi et j'avoue que j'aimais ça. Nager dans les provisions et préparer les repas des hommes me plaisait au plus haut point...

La chance avait voulu que dès le premier jour, un placard m'avait livré un livre un peu spécial, intitulé : Book of the Cook and Sorcellery. cookings et enchantments.

J'alternais donc des recettes selon les humeurs et les grès de fortune, qui nous menaient d'îles en pontons. Ce jour-là, je ne sais ce qui me prit, je remarquais un petit alinéa dans un coin : "Only for the Cook." Je me rendais à la page, très loin près du lexique, et détaillais les ingrédients :

"Ouvrir le hublot..." Ce que je faisais et en profitais pour m'aérer d'air salin en manquant me prendre un de ces poissons volants qui atterrissait sur la table. Je le rebalançais à la mer aussi sec, n'étant pas prévu dans la recette...Puis la suite disait " Lancer une poignée de gros sel vers le large et dire l'incantation magique de la page 232." Ce que je trouvais facilement.

Puis rien. Rien ne se produisit. Ou du moins, c'est l'impression que j'eus jusqu'à ce que Sara frappe contre la coque, à côté du hublot. "Que me veux-tu ?" demanda t-elle ?

A vrai dire je ne voulais rien, mais maintenant qu'elle était là, cela changeait tout ! Je m'approchais du hublot et nous fîmes la conversation. J'apprenais son prénom, et plus je la regardais, plus je la trouvais belle. Pourtant, un voile foncé recouvrait une grande partie de son visage et seule une mèche de ses cheveux dépassait comme pour mieux me tenter. Ses iris noirs me scrutaient et j'avais l'impression de tomber dedans comme dans un puit...

Nous parlâmes de tout et de rien, de nos espoirs, de nos peurs, de nos envies...Plus nous parlions, plus je m'approchais et elle semblait acquiescer. Je tentais de l'approcher et ne recula point. Je l'embrassais...Je glissais sa langue contre la sienne et je la sentais frétiller comme un soupir. Sa salive était mienne et nos mains se mirent à s'agiter, comme pour communier d'harmonie de nos sens.

A travers le hublot, nos membres s'immiscaient chacun dans nos habits et nous goûtions nos intimités...nos bouches se fondaient et nul se savait plus quelle langue était à qui. Nos doigts croisaient d'habileté, et nous nous pénétrions de nos regards. Nous faisions l'amour...

La coque du navire s'estompa et nous étions l'un contre l'autre, offerts à nos désirs. Son voile avait disparu et mon fendard laissa ma belle devenir mon fourreau...De sa main, je suivais le chemin d'entre ses cuisses, devenant son amant. Quand soudain...

Un bruit énorme fit trembler tout le bateau et le sifflement strident de ma marmite à vapeur me ramena dans ma cuisine. Les fers en l'air, je fixais le hublot, personne...Je rangeais vite mon gros livre de cuisine et un coup d'oeil panoramique me fit estimer la situation. Un Toc-toc à la porte me fit sursauter et j'ouvris...C'était Mildred le rouquin, un autre matelot.

- T'es  là ? Tu vas rire : Le Capitaine s'est payé un banc de sable ! Il dit qu'il a vu une sirène...tu parles, c'est plutôt une bouteille de rhum sur laquelle il a glissé ! Qu'est-ce que t'as ? T'es bien blanc...

- La farine, dis-je. J'ai fait de la pâte pour le pain, aujourd'hui c'est tapas et coquets à la frita !

Mildred s'en retournait ravi et se frottait le ventre en souriant. Je fermais la porte et retournais au hublot. je ne savais plus si j'avais rêvé ou...

Je regardais au large une dernière fois et je fermais le hublot.  Je pensais à Sara, à ces moments...Pourtant, j'étais à l'aube de ma vie et je ne voulais la perdre à donner un sens à tout ça. A courir derrière une chimère, si belle fut-elle..."

Je m'appelle Jack Rackham et je m'étire après avoir écrit le dernier mot de mon histoire. En contemplant une mouette qui fait le tour du bateau, je remarque la boucle de cheveux,  noire, entourée à mon doigt. Sara, je me souviens...

Mais ça, c'est une autre histoire...