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lundi 7 mars 2011

Al Pacino est Bobby Deerfield

Je venais d'envoyer une bouteille à la mer à destination de mon envoyée spéciale, Laurence Peloille, et la réponse revenait sans tarder : Un bel article sur Bobby Deerfield, un film du grand acteur Al Pacino. J'y reviendrais tout à la fin, pour un petit topo de carrière, mais chut ! Place à Laurence et son analyse de "Bobby Deerfield"...JR.

 "Bobby Deerfield, de Sydney Pollack. Film américain en couleur, 1977, de 2 heures.

Bobby Deerfield, un célèbre champion de Formule1 américain sur le circuit européen, rend visite à son coéquipier, hospitalisé après un accident dans une clinique spa dans les Alpes.C'est un homme blasé et déçu malgré son succès.

Dans cette clinique, il fait la connaissance, par hasard d'une jeune fille, interprétée par Marthe Keller, Lillian Morelli, une jeune femme énigmatique,  respirant la joie de vivre et à l'esprit libre en apparence et un charme peu conventionnel, malgré le mal incurable qui la ronge : une leucémie en phase terminale.

Bobby (Al Pacino) tombe amoureux fou de Lilian et à ses côtés, il  reprend goût à la vie mais très vite, doit se préparer au pire...Grâce à elle, Bobby se rend compte que la vie est belle et l'aide à vivre au mieux ses derniers jours...

 Parce que ce film est une étude de caractère dont le dialogue ne peut  induire en erreur mais éclairer, son succès essentiel est de révéler beaucoup de nuances. Les images sont fortes, et la musique contient un nombre considérable de compositions originales.

 Les deux principaux personnages, Bobby et Lillian, sont substantiellement différents de leurs paroles et leurs actions l'indiquent. Il semble fatigué, méthodique, et sans beaucoup de sentiment. Elle agit comme un lutin espiègle.
 Grâce à la musique, surtout le thème principal, nous voyons le noir Bobby comme une personne de grande sensibilité et de réflexion. Lillian joue d'une  manière ludique et  se révèle comme un dispositif de masquage d'un seul et implacable secret tragique.

 Mais ce n'est pas seulement un film sur le développement du caractère. 
Les circuits européens et le milieu de la Formule 1 sont une importante partie vitale du film et sa  raison d'être.
Deux des œuvres musicales originales de Dave Grusin pour "Bobby Deerfield" prennent leur élan de cette facette du film, évoquant les lieux et les situations dans une charmante et originale composition.

Ironie du sort, Dave Grusin choisi une samba pour accompagner le voyage de route à travers les Alpes suisses. Un truc qui vient néanmoins parfaitement réussi, donnant un sens indubitable d'un cadre européen. Ce faisant, non seulement il donne de l'humeur et locale instantanément, mais amplifie aussi le sentiment d'un pilote américain de New-york jamais vraiment dans son élément sur le continent, surtout avec cette femme italienne non conventionnelle.

Lorsque Bobby et Lillian arrive à Côme, le succulent "Bellagio Vista» souligne le très beau cadre.  Il s'agit d'une pièce tendre et évocatrice, qui est également utilisée pour suggérer la  romance.Des morceaux de cette musique sont empruntés sept ans plus tard dans le thème poignant de " The Girl Little Drummer ".

Et le thème principal ("Bobby Deerfield"), traverse les moments les plus forts en émotion du le film.
 Surtout quand il est joué en solo au bugle (par Chuck Findley), la pièce donne toute sa dimension à la fois aux personnages et les scènes qui, à première vue, semblent d'une simplicité trompeuse. La musique d'Haunting est triste, le thème expose le monde  des protagonistes.

"Bobby Deerfield" contient également un joyau de musique incroyable, faisant le liant entre les scènes :  "Quiet Soirées rangs "avec Dave Grusin.

 "Bobby Deerfield" est vraiment une tragédie, non seulement sur la mort d'une jeune femme "In Love", mais aussi sur la réaction d'un homme qui malgré sa puissance et qui ne peut pas être lui-même avec n'importe qui, ne  joue pas le larmoyant.  Et l'utilisation pertinente de la musique empêche qu'il le devienne.

Nota : La bande originale propose également une version du thème titre avec les paroles de Allan et Marilyn Bergman, en plus d'une pièce intitulée "Formula One", qui illustre bien l'excitation et le danger du circuit automobile.

Laurence Peloille."


 Bio-filmo Al Pacino : Né en 1940, il débute au cinéma en 1969 avec "Me Natalie" de Fred Coe. Sa côte grimpe avec Le Parrain (Coppola 1972), Serpico (Lumet 1973), et Un Après-midi de Chien (Lumet 1974), jusqu'à Scarface (De Palma 1983). Il obtient l'Oscar du meilleur acteur en 1992 pour Le Temps d'un Week-end, et on se souvient aussi de Franckie et Johnny (Marshall 1991), Heat (M.Mann 1995), Donnie Brasco (Newell 1997), L'Associé du Diable (Hackford 1997), L'enfer du Dimanche (O.Stone 1999), Insomnia (Nolan 2002) et tant d'autres.

lundi 27 décembre 2010

Katharine, la Reine Africaine

Je l’avais rencontrée au détour d’un marché à Mombasa, lors d’une escale du Poséidon sur le continent africain. J’avais besoin de me détendre les neurones suite à une dispute avec une belle, et ni une ni deux, Bosco et tout l’équipage m’avait suivi sur mon coup de sang. Fini l’air de Cancun, c’était le bleu de l’Afrique qui peignait mon cœur endolori et faire du marchandage, voir des têtes nouvelles, me changeait ma gueule d’atmosphère ou de Père noël mal défraîchi…

Cette dame d’un certain âge, mais pas certain, tripotait avec dextérité et fermeté les melons jaunes du cru, et cela me plut. Nous fîmes connaissance et échangeâmes nos prénoms comme deux écoliers. Katharine voulait par curiosité remonter jusqu’au Lac Victoria et je me proposais de l’accompagner.

Ca me changeait les idées  de jouer les chauffeurs pour dame. Le canot à moteur que nous avions loué eut rapidement des ratés et ce fut un long périple qui nous attendit, avec en point d’orgue une invasion de sangsues noires lors d’un passage à gué, tirant à bras ce foutu rafiot mais nous rapprochant sacrément ma belle dame et moi.

Elle me rappelait cette actrice au visage taillé au couteau et aux yeux de mille feux. Fors de notre intimité nouvelle, je compris rapidement l’origine de cette habileté manuelle à tâter les fruits et même le goûter de son palais, lui proposant les meilleurs vins dès notre périlleux et infortuné retour à Mombasa, trois semaines plus tard.

Katharine, une vraie reine africaine, que je n’oublierais jamais…


Jack Rackham.

Un film à ne pas rater : African Queen « La Reine africaine »( 1951 ) Infos Wikipedia :

… film américain réalisé par John Huston en 1951, d'après le roman homonyme de C.S. Forester et ayant pour acteurs principaux le duo Humphrey Bogart et Katharine Hepburn. Grâce à l'interprétation de son personnage de Charlie Allnutt dans ce film, Bogart remporte cette année là son unique oscar, celui du meilleur acteur.

Résumé : Charlie Allnutt fait le coursier avec son bateau, l'African Queen, sur une rivière du continent africain pour une exploitation minière belge. Rose Sayer a accompagné son frère, le révérend Samuel, dans un village reculé où son seul contact avec l'Empire britannique est Charlie. Un jour, le village est attaqué par l'armée allemande, ce qui provoque chez Samuel un grave traumatisme dont il mourra. Il ne reste à Rose que Charlie dont les employeurs ont aussi subi l'assaut allemand. Ils se retrouvent seuls sur ce bateau. Voulant donner un sens à leur fuite, ils vont alors se fixer un but : torpiller un bateau allemand, posté sur un lac plus en aval, bloquant le passage de la flotte britannique qui pourrait venir rétablir l'ordre. Au cours de cette aventure, ils vont se découvrir, se rapprocher et s'aimer, lui le marin bourru et elle la vieille fille coincée.

Quelques informations en sus, de notre envoyée spéciale de l’île du Crâne, Laurence Peloille :

Biographie de Katharine Hepburn.
Actrice américaine, née à Hartford, Connecticut le 12 mai 1907 et décédée à Old Saybrook, Connecticut le 29 juin 2003.
Authentique légende du cinéma américain, Katharine Hepburn, connue pour son caractère bien trempé, a fait virevolter bien des conventions à Hollywood. Fille d'un chirurgien et d'une suffragette, bien décidée à jouer la comédie, elle monte sur les planches de Broadway en 1920. C'est Georges Cukor en 1931 qui lui offre son premier film. Il devient l'un de ses réalisateurs fétiches. Katharine remporte son premier Oscar dès 1934 pour son rôle dans 'Morning Glory'. 'L' impossible Monsieur bébé' de Howard Hawks en 1937 lui permet de donner la réplique à Cary Grant. En 1942, elle rencontre Spencer Tracy sur le plateau du film 'La Femme de l'année'. Les deux acteurs ne se sépareront plus. Elle continue sa carrière cinématographique en parallèle à ses apparitions au théâtre avec 'La Reine africaine' (1952), où elle donne la réplique à Humphrey Bogart, et 'Devine qui vient dîner' (1967), son dernier film avec Spencer Tracy, qui lui vaut son second Oscar. Elle reçoit deux autres Oscars pour 'Un lion en hiver' (1969) et 'La Maison du Lac' (1981). L'actrice disparaît à l'âge de 96 ans après avoir tourné près de 40 films.

Dame de mode
Avec Greta Garbo, Katharine Hepburn a lancé la mode des pantalons pour les femmes. Sur les tournages, cette dernière refusait de porter du maquillage et des vêtements inconfortables.

Douze nominations
Katharine Hepburn est l'actrice qui a reçu le plus de nominations aux Oscars (12), derrière Meryl Streep.

QUELQUES CITATIONS DE L’ACTRICE
« Le caractère mauvais, l'âme fière et le corps solide »
«Si on respecte toutes les règles, on gâche tout le plaisir.»
«Si vous faites toujours ce qui vous intéresse, au moins une personne est satisfaite.»
«Quelquefois, je me demande si les hommes et les femmes sont faits pour vivre ensemble. Peut-être qu'ils devraient se contenter d'être voisins et de se rendre visite de temps à autre.»
«Je ne perds jamais de vue que le seul fait d'exister est une chance.»

LE GRAND AMOUR DE SA VIE : SPENCER TRACY
Spencer Tracy, né le 5 avril 1900 à Milwaukee (Wisconsin) et mort le 10 juin 1967 à Beverly Hills en Californie, était un acteur américain.
Spencer Tracy a obtenu deux Oscars du meilleur acteur deux années consécutives en 1937 pour Capitaines courageux et en 1938 pour Des hommes sont nés, ainsi que le BAFTA en 1967 pour Devine qui vient dîner ?. Marié, et ne pouvant divorcer de son épouse parce qu'il était un catholique fervent, il vécut maritalement jusqu'à sa mort avec Katharine Hepburn, avec cependant des "pauses" dans leurs relations.
Très malade lors du tournage de son dernier film (il souffrait d'emphysème et de diabète), il était en train de se préparer une tasse de café au matin du 10 juin 1967, lorsqu'il fut terrassé par une crise cardiaque, dix-sept jours après la fin du tournage de Devine qui vient dîner ?, avec Katharine Hepburn. C'est cette dernière qui le découvrira mort dans sa cuisine. Le film sortit en décembre, six mois après sa mort…                 L.P. 

dimanche 12 décembre 2010

Autant en emporte Scarlett

Pour une fois ou presque, j’enlève mon costume de pirate pour parler d’un grand film de l’Histoire du Cinéma : « Autant en Emporte le Vent ».

Film sorti aux USA en 1939, crédité à Victor Fleming et produit par David O’Selznick, il s’agit d’une adaptation du roman de Margaret Mitchell. Clark Gable et Vivien Leigh interprètent les deux héros Rhett Butler et Scarlett O’Hara, vivant les dernières heures du monde sudiste esclavagiste et le début  de la guerre de Sécession.

L’héroïne Scarlett retient toute l’attention de cette histoire,  et ses traits de caractère faits d’égoïsme, d’absence de scrupules et d’ingénuité réunis, en sont les principaux moteurs. Le caractère noble, amoureux sincère et faussement cynique du Capitaine Butler n’arrive à nous émouvoir qu’en contradiction aux vilainies de la demoiselle O’hara, toujours prête à tout. Et qui s’oppose encore plus aux larmoyants et idéalistes Ashley et Mélanie, ses cousins et autres principaux protagonistes.

Pourtant, « Gone with The Wind » est une fresque monumentale historico-politique sur l’histoire de l’Amérique du Nord et racontant la fin légale de l’esclavage. A travers les personnages  récurrents, on y raconte même une certaine nostalgie des maîtres blancs, propriétaires des champs de cotons et terre d’exploitations des hommes noirs…Incroyable idée aujourd’hui même si le racisme et le paternalisme voguent toujours dans les mœurs et les cerveaux de certains. Epoques…

Même si ce film recèle de grandes qualités cinématographiques et artistiques, ne pas oublier ce qu’il évoque et dénonce. Ne jamais lâcher sur le fond des choses et surtout de ces mauvaises choses, que certains voient comme des tares inéluctables de l’humanité, voire des défauts utiles… :(

J.R.

Synopsis Wikipedia

Géorgie, 1861. Scarlett O'Hara est une jeune fille de la haute société sudiste dont la famille possède une grande plantation de coton appelée Tara. Courtisée par tous les bons partis du pays, Scarlett O'Hara n'a d'yeux que pour Ashley Wilkes. Mais celui-ci est promis à sa cousine, la vertueuse Melanie Hamilton. Scarlett cherche à tout prix à le séduire mais à la réception des Douze Chênes c'est du cynique et controversé Rhett Butler qu'elle retient l'attention. Pendant ce temps, la guerre de Sécession éclate, Ashley avance son mariage avec Mélanie, et Scarlett pour le rendre jaloux, épouse Charles Hamilton, le frère de Mélanie. Suite au décès de son mari à la guerre, elle finit par épouser Rhett Butler.

Distribution: Vivien Leigh (Scarlett O'Hara), Clark Gable (VF : Robert Dalban ; Rhett Butler), Leslie Howard ( Ashley Wilkes), Olivia de Havilland (Melanie Hamilton), Hattie McDaniel (Mamma), Thomas Mitchell (Gerald O'Hara)…et aussi Barbara O'Neil,  Rand Brooks , Butterfly McQueen, Carroll Nye, Ward Bond, Oscar Polk.

De notre envoyée spéciale de l’île du Crâne, Laurence Peloille, quelques anecdotes à propos de ce film culte:

Le célèbre roman de Margaret Mitchell
Le film est adapté de l'unique oeuvre signée Margaret Mitchell. Rédigé de 1926 à 1929, le roman connut ensuite de nombreux remaniements. Il sortit le 30 juin 1936 et atteignit le million d'exemplaires vendus à Noël de la même année. Le livre fut également récompensé du prix Pulitzer l'année suivante.

La valse des réalisateurs
Clark Gable ne s'entendant pas avec George Cukor, ce dernier quitta officiellement les commandes du tournage le 13 février 1939, malgré la déception de Vivien Leigh et d'Olivia de Havilland. Et ce fut encore Clark Gable qui imposa Victor Fleming (avec qui il avait déjà travaillé sur trois films) à la réalisation.

F. Scott Fitzgerald
Lors de la préparation du film, on a demandé à l'auteur de 'Gatsby le magnifique' d'écrire un scénario qui a fini par être rejeté. Néanmoins, les premières lignes, que l'on peut voir défiler à l'ouverture du film, ont été conservées.

Ségrégation
A cause des lois raciales en vigueur à l'époque en Géorgie, Hattie McDaniel n'avait pas l'autorisation d'assister à la première du film qui se déroulait à Atlanta le 15 décembre 1939. Ne voulant pas mettre son producteur David O. Selznick dans l'obligation de prendre son parti, elle lui envoya une missive le prévenant qu'elle serait indisponible ce jour-là. Cette mentalité ségrégationniste très vivace ne l'empêcha pas de devenir en 1940 la première artiste noire 'oscarisée'.



Une pluie de récompenses
A la cérémonie des Oscars de 1940, le film de Fleming a remporté dix trophées : Meilleur film, Meilleur réalisateur, Meilleur scénario, Meilleure actrice, Meilleure actrice dans un Second Rôle pour Hattie McDaniel, Meilleure photographie, Meilleur montage, Meilleure direction artistique et deux récompenses techniques spéciales dont une pour le décorateur William Cameron Menzies.

Le plus gros succès de tous les temps ?
Pour un budget avoisinant les quatre millions de dollars, le film en rapporta vingt millions durant son exclusivité. En rapportant les recettes au niveau actuel du dollar, 'Autant en emporte le vent' serait le plus gros succès de tous les temps et atteindrait un milliard deux-cent-cinquante millions de recettes !

 Deux Nota bene en sus de Jack :
- Vivien Leigh, hors son Oscar pour ce rôle, s'y révèle comme une très très très très grande actrice !
- Né de la traduction française du film, on trouve au début du film dit par l'héroïne, le célèbre "Taratata" immortalisé par le clin d'oeil-titre d'emission télé musicale de Nagui... ^^

dimanche 22 août 2010

Rhum and Coca-cola

Quelques souvenirs de mes jeunes années de piraterie me reviennent. J’étais encore à Trinidad…

Les samedis soirs du mois d’août étaient réservés à de longues parties de cartes, couplées de sacrées beuveries. Le Bourbon ou la bière coulaient à flot selon les goûts, et je soupçonnais que c’était l’ivrognerie ambiante qui prévalait, car je n’ai jamais vu de longues discussions entre les joueurs pour telle ou telle partie ou enchère. Ou alors, l’occasion aurait été trop belle pour une belle bagarre, mais la lassitude des abordages et guerres incessantes durant nos voyages nous enlevait de l’esprit tout effort supplémentaire rentrés dans nos pénates…

Il y avait aussi d’autres intérêts à nos réunions ludiques. Pour pimenter nos parties de poker et les rendre moins interminables ou à but uniquement pécunier, nous avions décidé d’intéresser nos femmes à nos parties. C’est ainsi que je connus Arielle, une belle chanteuse de cabaret, qui était la compagne d’un pirate à la jambe de bois pas très connu : Bernardo Levistros.

Les soirées s’ouvraient d’un tour de chant de notre amie, et nous avions ainsi tout loisir de l’observer de la tête aux pieds, imaginant des gages futurs dus par son malheureux ami. Il était d’ailleurs un piètre joueur et sa femme eut bientôt une belle réputation dans toute la région. Tim que je venais de rencontrer, en était d’ailleurs jalouse, même si je lui rappelais que notre équipage de 40 hommes dont elle assurait primes et suppléments, était déjà un sacré trophée dont elle pouvait s’enorgueillir. «  C’est vrai, disait-elle, penaude. J’avais oublié… »

Nous avions l’habitude ensuite d’offrir une première tournée de ces fameux Rhum-Coca, le soda s’alliant bien à cet alcool plus fort et tenace. Grattant ma barbe déjà naissante, je contemplais  Arielle et ses jambes interminables, juchée sur un tabouret et qui d’un jeu de cuisses subtil et élégant, nous laissait entrevoir un avant-goût des parties perdues de Bernardo. Un petit sourire éclairait sa chevelure blonde et je la soupçonnais d’aimer les défaites de son compagnon. Sa bouche pulpeuse plongeait parfois dans le verre du Rhum-coca, cherchant de sa langue fine une cerise imaginaire…

Tim grommelait parfois, alors j’improvisais une martingale hasardeuse qui la laissait en pâture à Bernardo. Partant dans un salon discret avec sa jambe de bois, je la laissais à ses fantasmes même si c’était  de la fille dont elle avait envie…

Je gagnais souvent contre mon unijambiste et je me souviens de chacun des moments que la belle m’accorda. Immuable, elle avait un rituel où elle débouclait mon ceinturon à mes pieds, et c’est en un instant que je me transformais en cerise.  Sa bouche devenait le palais des mille et uns plaisirs, jusqu’au moment où se dévêtant  à son tour, je pouvais assouvir tous mes fantasmes et me gainer d’elle jusqu’au petit matin...

Pour se venger de mes émois avec cette fille, Tim me joua un jour avec Bernardo. Une quinte floche eut raison de son brelan et je dus me résoudre à régler la dette de mon amie. Un petit sourire me fend encore la barbe du souvenir que j’ai de cette nuit là, car j’ai compris à ce moment pourquoi cet homme perdait autant...

On n’est pas toujours attiré vers les choses qu’on croit et quelquefois, plus que l’amour c’est souvent des promesses qui lient les personnes, des habitudes, des apparences…

Je n’ai pas revu Arielle depuis ces années-là. Je pense à elle comme figée dans le temps, avec ses cheveux blonds ondulés et ses lèvres rouges qui font la moue.

Mon hamac s’arrête de faire « Croui croui… » brusquement. Je saute sur le pont et m’approche du bastingage. Je penche la tête et voit cette femme sur le ponton, s’apprêtant à grimper sur la passerelle oubliée…Je reconnais cette silhouette, ces cheveux, cette bouche souriante qui entonne :

« If you ever go down Trinidad
They make you feel so very glad
Calypso sing and make up rhyme
Guarantee you one real good fine time

Drinkin' rhum and Coca-Cola
Go down Point Koomahnah
Both mother and daughter
Workin' for the Yankee dollar…” ♫♪♪

lundi 16 août 2010

L'île du Temps Perdu

16 août. On a beau être pirate, on n’a pas toujours une boussole dans la tête. Avais-je raté un alizé ou un vent m’avait-il lâché subitement entre deux îles des mers du sud, j’étais bel et bien perdu…

Nous avions improvisé une réunion au sommet avec Tim et Bosco, dans la cale car nous ne voulions pas affoler les hommes par nos conversations. Un peu de panique nous avait pris l’un et l’autre, et on avait beau chercher, nulle trace de nos courants et de l’île du Crâne…Pourtant, nous avions seulement fait un petit tour des environs, pour ne pas perdre la main, ou plutôt le pied marin. Les hommes ont besoin de temps en temps de faire leur métier, comme un oiseau a besoin de voler et un charretier de jurer.

J’avais bien aperçu une sorte d’éclair, sans doute un orage qui avait  éclaté pas loin et m’avait ébloui quelques instants, et je n’avais plus retrouvé ensuite le cap de ma route. Je tournais la carte dans tous les sens et je voyais bien Tim qui s’affolait, même si les femmes n’ont jamais su lire une carte des routes et les siècles à venir n’allaient pas arranger ce petit défaut d’orientation féminine.   

«  On ne va pas rester là, à attendre un messie ou un radeau-pilote ? » criait-elle. J’en étais médusé…

Je décidais de partir à l’aventure, vers la première île venue, pour poser campement et dégourdir l’équipage. Et nous trouvâmes rapidement ce petit havre de paix, baptisé sur le champ « Robinson », une idée comme ça.
« Capitaine, je ne veux pas avoir mauvais esprit, mais en prenant au sextant latitude et longitude et en positionnant l’emplacement sur la carte, nous sommes exactement…en Californie, dans le bureau du gouverneur de Los Angeles ! » Affirma Bosco, avec sa décontraction habituelle mais une pointe d’ironie.  Je décrétais l’installation immédiate d’un campement, à proximité de la plage et à l’orée d’un sous-bois de palmiers et fougères.

Hormis les ronflements de Bosco et quelques hommes qui permirent de maintenir à distance bêtes fauves et insectes venimeux, la nuit se passa très bien et j’autorisais même Mildred à se joindre à nous, Tim étant un peu chafouine.

17 août. Le lendemain matin, je me levais le premier, normal en tant que Capitaine. Les voiles étaient hautes et le plancher craquait quand même sous mes pieds méticuleux. Je me frottais les yeux et me frappais le front, ne comprenant plus rien. Je n’apercevais au loin nulle île, ni campement et baillant à s’en décrocher la mâchoire, bosco me dit : « Alors Capitaine, on rentre à la maison ? Le petit tour était sympa mais j’ai une partie de cartes ce soir au bistrot du village… »

J’allais dans ma cabine et j’ouvrais mon livre de bord. Je me frottais le menton et pris ma plume. En tirant la langue, j’écrivais méticuleusement :
« 16 août. Ballade en mer avec l’équipage...Petit tour des environs…»

A bientôt. Peut-être.

Jack.

PS :  Vivre une journée encore et encore, ça me rappelle un film de Harold Ramis «  Un Jour sans fin » ou Le Jour de la Marmotte (Groundhog Day ). Notre envoyée spéciale de l’île du Crâne Laurence Peloille nous fait dessus un petit topo :

« Un jour sans fin »

Une comédie américaine d’Harold Ramis datant de 1992.

Ce film met en scène un présentateur météo, Phil Connors, sur une chaîne de télévision régionale de Pittsburgh, prétentieux, aigri et imbu de lui-même. Le 2 février, il part en reportage à l'occasion du jour de la Marmotte, « GROUNDHOG Day », festivité traditionnelle célébrée en Amérique du Nord le jour de la Chandeleur. Lassé de ce devoir annuel et de la bourgade, Phil enregistre à contrecœur son reportage sur le festival et tente de revenir à Pittsburgh quand une tempête de neige, que ses prévisions avaient localisée dans une autre région, bloque les routes principales. Ce blizzard le force à passer la nuit sur place. A chaque fois que son réveil sonne, victime d’un sortilège, il se voit condamner à revivre sans cesse la même journée. Phil semble bloqué dans le temps jusqu'à ce que de jour en jour des épreuves répétitives l’améliorent et enfin lui donnent un sens à sa vie. Le sortilège prend fin et on découvre un nouveau Phil Connors.

Le jour de la marmotte (Groundhog Day en anglais) est un événement célébré en Amérique du Nord le jour de la Chandeleur, soit le 2 février. Selon la tradition, ce jour-là, on doit observer l'entrée du terrier d'une marmotte. Si elle émerge et ne voit pas son ombre parce que le temps est nuageux, l'hiver finira bientôt. Par contre, si elle voit son ombre parce que le temps est lumineux et clair, elle sera effrayée et se réfugiera de nouveau dans son trou, et l'hiver continuera pendant six semaines supplémentaires.

Ce film a connu un succès relatif lors de sa sortie aux États-Unis, avant de lentement s'imposer comme référence culturelle. En 2000, l'American Film Institute a classé Groundhog Day comme 34e meilleure comédie du XXe siècle, et comme 8e film fantastique.
Le film a été inscrit au National Film Registry en 2006.

Ce film, basé sur un postulat simple, ouvre la réflexion à plusieurs niveaux.
Tout d'abord l'épanouissement personnel, montrant qu'un homme cynique et imbu de sa personne peut devenir un héros local si les circonstances le lui permettent. Ensuite une réflexion philosophique sur le quotidien, car la routine et la répétitivité sont à plusieurs reprises suggérés dans le film. Enfin, le héros est amené à progresser humainement tout au long du film en découvrant que chaque personne, même la plus anonyme, a son identité, son histoire et sa raison d'être, ce qui l'amène à considérer l'autre, et à l'apprécier pour ce qu'il est, différemment de son premier regard. Le film ouvre ainsi une réflexion profonde sur la considération des « autres », la tolérance, l'égoïsme et les préjugés. Le tout situé dans un contexte irréel truffé de drôleries et d'allusions. C'est un film à considérer au second degré si l'on souhaite en percevoir la pleine portée.


En tant que tel, le film est devenu un favori des bouddhistes, parce qu'ils voient ces thèmes d'altruisme et de renaissance comme un reflet de leurs propres messages spirituels.
Aux États-Unis et, dans une moindre mesure, dans d'autres pays anglophones, l'expression "Groundhog Day" est entrée dans l'usage commun comme une référence à une situation désagréable qui se répète sans cesse.

Phils Connors est interprété par Bill Murray. Acteur, auteur, comédien et producteur américain, il est notamment connu pour son interprétation dans 'SOS Fantômes' qui le consacre star de l'année. Puis c'est le redouté passage à vide. Autant sa générosité, son talent d'improvisateur et son imagination sont appréciés, autant ses excès de colère et son perfectionnisme tatillon ne sont que trop connus.
Bill Murray reprend de l'ampleur lorsqu’ il signe de très belles performances dans 'Mad Dog and Glory' et 'Un jour sans fin' d'Harold Ramis.
En 2003, il s'illustre à merveille dans 'Lost in Translation', une comédie douce-amère signée Sofia Coppola et revient sur le devant de la scène. Courtisé par le cinéma indépendant américain, il campe le premier rôle du film de Jim Jarmusch 'Broken Flowers' - présenté à Cannes en 2005 - et le décapant commandant Zissou dans 'Une vie aquatique' de Wes Anderson. Malgré une carrière en dents de scie, Bill Murray reste une figure incontournable de la comédie américaine, autant que d'un cinéma exigeant.
L’une de ces citations favorites est : « «Si Dieu avait voulu qu’on soit courageux, pourquoi nous a-t-il donné des jambes ?»

Laurence Peloille.

JR : Sans oublier la sublime Andie Mac Dowell, bien sûr...^^ 

lundi 31 mai 2010

Dennis Hopper, un Biker au paradis

Le Cinéma vient de perdre un de ses acteurs et réalisateurs les plus rebelles de sa génération. Il me vient encore cette image de Dennis Hopper dans Géant, 1956, tout jeune acteur et si propre sur lui qu'on ne peut imaginer que 30 ans plus tard, il interprétera le gangster déjanté de Blue Velvet...

Entre les deux, la vie d'un homme qui a tout essayé, tout fumé et tout bu. Sa vie a basculé en 1969 avec Easy Rider qu'il réalise, et qui le consacre mondialement. Un biker est tombé le 29 mai 2010
Laurence Peloille, envoyée spéciale de l'Ile du Crâne, lui rend hommage, revient sur son oeuvre et sa carrière, et nous parle du "Road-Movie". Good bye, Pirate du Cinéma...J.R.



LE HEROS MYTHIQUE DE "EASY RIDER" EST MORT  A 74 ANS

La carrière de réalisateur de Dennis Hopper lui vaut d'être l'un des chefs de file de la contre-culture au cinéma. Il doit cette réussite à 'Easy Rider', road-movie avec Jack Nicholson et Peter Fonda, dont les allusions à la culture hippie présentent une nouvelle génération américaine, au même titre que, de façon détournée, le 'Bonnie and Clyde' d'Arthur Penn. Formé en Californie puis à l'Actors' Studio, Hopper se destine vers la comédie. Son aspect rebelle lui permet de s'associer à James Dean, autre emblème de l'époque, dans 'La Fureur de vivre'. Avant de réaliser son premier film, l'acteur témoigne d'une attitude difficile sur les plateaux, ce qui lui vaut d'apparaître dans des séries B pendant un temps. Il met à profit cette carrière en dents de scie pour se livrer à la photographie et à la peinture. Associé aucourant du Pop Art, ses dons pour l'art plastique prennent la forme de clichés de rue et deportraits d'artistes de son époque, tels Warhol ou Rauschenberg, dont il s'inspire dans son oeuvre picturale.
Il expose auprès de leur oeuvre à la Cinémathèque en 2008.
Sa carrière d'acteur prend un nouveau départ à la fin des années 1970, puisqu'il apparaît chez Wim Wenders dans 'L' Ami américain', puis dans 'Apocalypse Now', dans lequel il incarne un photographe.

Des rôles de plus en plus sombres lui valent d'intéresser les nouvelles générations, que ce soit dans le cinéma d'auteur avec 'Blue Velvet' de David Lynch ou le cinéma d'action avec 'Speed'.

Sa carrière de réalisateur n'atteint pas le culte voué à 'Easy Rider', même s'il réussit quelques coups d'éclat comme 'Colors' ou 'The Hot Spot';

Véritable touche-à-tout, titulaire d'une existence tumultueuse marquée par la drogue et la contestation, Dennis Hopper incarnait le mythe de l'artiste et de la modernité américaine.

'Easy Rider' (1968) de Dennis Hopper, est l'histoire du périple de trois hippies - interprétés par Dennis Hopper, Peter Fonda et Jack Nicholson - au milieu d'une Amérique archaïque, conservatrice et raciste. Montés sur leurs choppers débridés, ils roulent d'ouest en est (vers une "conquête de l'Est" ?), à la recherche d'un endroit où s'affirmer et d'une société plus évoluée où chacun pourrait "se nourrir, se vêtir, se loger et se déplacer également et sans efforts". Au lieu de cela, ils ne rencontrent sur leur chemin que la stupidité, la violence et l'incompréhension. Comme le dit le personnage interprété par Jack Nicholson : "Ce que tu représentes, c'est la liberté. Ca fait peur. C'est difficile d'être libre quand on est un produit acheté et vendu au marché." Porteurs de vie et d'espoir, ils mourront tous les trois, le road-movie ne laissant que peu de chance de survie aux personnages positifs.

De tous les genres cinématographiques, le road-movie est sans doute le plus délicat à définir. A l'image de ses récits, de 'Easy Rider' à 'Into the Wild', de ses étendues désertiques aux lignes de fuite infinies, de ses vagabonds, solitaires et mystérieux, le road-movie ne cesse de traverser le temps et les époques.


"Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage", écrivait le poète Joachim Du Bellay, se remémorant l'incroyable errance méditerranéenne du héros victorieux chantée par Homère dans son 'Odyssée'. Une intrigue basée sur le voyage, un récit découpé en étapes, des aventures et des rencontres imprévues. Ainsi la littérature antique portait-elle déjà en elle les prémisses de ce qui deviendrait bien plus tard le road-movie. Genre essentiellement américain, intimement lié aux souvenirs des pionniers, le "film de route" est d'abord un cinéma du voyage. Un voyage qui, de la conquête de l'Ouest aux grandes vagues d'immigration en provenance de l'Europe, constitue une des composantes fondamentales de la culture outre-Atlantique.


"La route, c'est la vie"

Selon le très libertaire Jack Kerouac, "La route est pure. La route rattache l'homme des villes aux grandes forces de la nature (…). Sur la route, dans les restaurants qui la bordent, les postes à essence, les faubourgs des villes qu'elle traverse, les amitiés et les amours de passages se nouent. La route, c'est la vie." Avec ses rencontres à la croisée des chemins, ses séparations et ses voies sans issue. On part pour rejoindre une famille, un(e) ami(e), un idéal. On quitte une ville, une personne, un mal-être. Fuite ou quête initiatique, le road-movie fait de la route un lieu d'expérimentation, de liberté et de révolte face à l'ordre établi. Une façon également d'opérer un retour sur soi, de se questionner sur les fondements de notre société moderne.



Le road-movie, manifeste du Nouvel Hollywood


C'est dans le contexte contestataire de la fin des années 1960, aux Etats-Unis, que le road-movie devient un genre cinématographique à part entière. Dans un pays aux abois, tout juste sorti de sa chasse aux sorcières, embourbé dans la guerre du Vietnam et les revendications raciales, un certain nombre de jeunes cinéastes (ceux qui incarnent le Nouvel Hollywood ), trouvent dans le récit de voyage une façon de représenter les travers de l'Amérique contemporaine. Fruit de la contre-culture et de la beat generation , le road-movie trouve une parfaite résonance à son propos dans cette révolte qui appelle à la recherche d'autres espaces, d'autres expériences, où s'effacerait l'image d'une Amérique repliée sur elle-même. Plus qu'une simple forme cinématographique, le road-movie dépeint cet esprit de liberté et ce désir de changement chez une jeunesse en mal de vivre.

En 1940 déjà, 'Les Raisins de la colère' de John Ford, adapté du roman de John Steinbeck, s'évertuait à démythifier l'idée de rêve américain en suivant le parcours d'une famille de paysans que la Dépression avait poussé à fuir vers une Californie largement idéalisée.

Road-movie avant l'heure, le film de Ford en avait néanmoins capté l'essence : une quête initiatique structurée en étapes et à l'issue le plus souvent malheureuse. Mais près de trente ans plus tard, deux films donneront véritablement corps à ce genre cinématographique. 'Bonnie and Clyde' (1967) d'Arthur Penn, une cavale tragique d'un couple de truands dans les années 1930, et, plus encore, ce 'Easy Rider' (1968) de Dennis Hopper...

Ainsi aux destins excessivement positifs proposés par le cinéma hollywoodien traditionnel, les Francis Ford Coppola, Martin Scorsese et autres Steven Spielberg préfèrent les existences autrement plus chaotiques de ces marginaux nés sous une mauvaise étoile, errant sur des chemins d'exil et de liberté, vers des espaces sans limites. Le voyage apparaît alors comme le meilleur moyen de quitter la société et ses règles...  


BONNE ROUTE VERS LES CIEUX, MONSIEUR HOPPER !


Laurence Peloille.


samedi 29 mai 2010

Uncle Boonmee, le Fantôme du Pirate


Le plancher du pont craqua une fois de plus. Je devais avoir de la visite, et je préparais déjà l'échiquier et la bouteille de gnôle, mon esprit visiteur avait ses habitudes...

Uncle Boonmee, un vieux thaïlandais, avait choisi mon rafiot pour hanter une dernière fois les siens. Eut-il mal visé pour réincarner son esprit en ces lieux, c'était au cours d'une partie de table tournante de Tim qui avait mal tourné que le vieux nous apparut...Nous nous retrouvions avec cet esprit perdu, et au bout de quelques conversations improvisées, nous avions pris l'habitude de jouer aux échecs en partageant quelques verres. J'avais aussi une petite idée derrière la tête au sujet d'une amie disparue...

J'avais appris à ménager Boonmee en le questionnant. Quelques phrases bien senties l'avait encouragé dans ses bavardages et j'en profitais pour en apprendre sur la réincarnation et les vies antérieures. Les récits de ses rencontres avec les fantômes de sa femme et son fils me laissaient des yeux grands écarquillés et même Tim, curieuse au début de ces réunions, avaient coutume de filer au village à son apparition, voir si une commande de la manufacture Laines et Pelotes n'était pas arrivée...

Je me régalais de ces confidences sur ce grand singe sombre aux yeux rouges sensé être son fils, et regardais autrement le moindre des ouistitis que je croisais dans la jungle au cours de cueillette de fruits rouges ou chasse aux morilles...A chaque rencontre, j'osais poser des questions de plus en plus précises jusqu'à demander carrément des nouvelles de ma chère et tendre Rita, disparue prématurément. Le vieil homme me regarda l'oeil malicieux et me lanca :
- Mais votre Rita ne vous a jamais quitté, elle est là sur ce bateau, à vos côtés...pour l'éternité ! 







J'imaginais ma Rita assister à chaque instants de ma vie, mes galipettes avec Tim, mes trocs aux parts de tartes aux fraises avec Bosco, mes rendez-vous avec Emma ma prof d'anglais, tous ces butinages qui pouvaient lui laisser penser que je pensais peu à elle en fait.


Une sorte de petite voix m'interpella, sous l'oeil complice de Boonmee au sourire suave. C'était Rita :
  • Voyons Jack, tu penses bien que ce n'est pas la fidélité qui a caractérisé nos relations. Nous étions le préféré l'un de l'autre, c'était suffisant...
  • Tu as raison Rita , nos sentiments et notre amour étaient essentiels...Dis-je avec aplomb.

  • Oui, car moi aussi j'ai eu de nombreuses relations qui pouvaient laisser penser que je ne pensais pas à toi, mon cher Jack...
En pensée, je transformais momentanément ma chère Rita en singe rouge avec des yeux en forme d'étoiles vertes. Mais cette petite rancœur passa bien vite et je revenais peu à peu sur le pont de ma goélette où l'Oncle Boonmee répondit à une ultime question :
  • Rita se transformer en quoi ? Mais dans la forme qui la représente le mieux dans votre cœur, selon vos peurs, vos désirs profonds, au croisement de votre âme et votre inconscient...

Le temps a passé et je ne revis plus Uncle Boonmee, du moins son fantôme. Ma goélette prit d'autres habitudes et je partageais parfois ma gnôle secrète avec quelques voyageurs ou passants de fortune. Et Le soir venu étalé sur ma couche en pensant à Rita, je penchais la tête vers ce grand bocal aux algues artificielles posé sur la commode, où se baladait un beau poisson rouge...


J.Rackham

* * *

Lung Boonmee raluek chat (thaï : ลุงบุญมีระลึกชาติ, titre international : Uncle Boonme Who Can Recall His Past Lives) est un film thaïlandais du réalisateur thaïlandais Apichatpong Weerasethakul, sorti en 2010. Il a remporté la Palme d'or lors du Festival de Cannes 2010.

De notre envoyée spéciale de l'île du Crâne, Laurence P. :
« Pour conclure cette 63e édition du Festival de Cannes, c'est l'actrice Charlotte Gainsbourg qui est venue remettre la précieuse Palme d'or. A l'austérité froide du 'Ruban blanc' succède le mystère tropical de 'Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures' du cinéaste thaïlandais Apichatpong Weerasethakul. L'histoire d'un vieil homme malade, qui décide de rassembler sa famille pour vivre ses derniers instants. Là, étrangement, les fantômes de sa femme et de son fils disparus lui apparaissent et le prennent sous leurs ailes. Dans la continuité de 'Tropical Malady', Apichatpong Weerasethakul signe un film stupéfiant, au genre indéfinissable, entre fantastique, poésie et spiritualité. "Après la jungle, c'est surréaliste de se retrouver ici", a déclaré le cinéaste, tout de blanc vêtu. "C'est un moment important pour le cinéma thaïlandais." Heureux de pouvoir "partager le monde qui est le [sien]", Apichatpong Weerasethakul a remercié ses compatriotes... sans oublier les esprits et les fantômes.
  »

Distribution :
Thanapat Saisaymar : l'oncle Boonmee
Jenjira Pongpas : Jen
Sakda Kaewbuadee : Tong
Natthakarn Aphaiwonk : Huav, la femme de Boonmee
Geerasak Kulhong : Boonsong, le fils de Boonmee
Kanokporn Thongaram : Roong, l'ami de Jen
Samud Kugasang : Jaai
Wallapa Mongkolprasert : la princesse
Sumit Suebsee : le soldat
Vien Pimdee : le fermier


« Le cinéma d’Apichatpong Weerasethakul est l’un des plus inspirés et excitants qui soient. Le metteur en scène crée un monde où la réalité est filmée comme un rêve, où la nature et le surnaturel reprennent leurs droits. On y croise ainsi une ribambelle de fantômes, aussi bien sous apparence humaine qu’animale. Le tigre de ‘Tropical Malady’ et le singe-fantôme de ‘Oncle Boonmee…’ sont deux figures issues des influences hindouistes et animistes thaïlandaises. Et chez Weerasethakul, la magie est étroitement liée à la science. Une façon de rappeler que ce que l’obscurantisme appelait dans le passé “sorcellerie” avait bien souvent une explication rationnelle. Avec naïveté, le cinéaste fait le lien entre tradition et modernité. Il confronte volontiers les vieux remèdes à la médecine moderne (la maladie de peau de ‘Blissfully Yours’), la religion à la technologie (le moine bouddhiste mélomane de ‘Syndromes and a Century’), comme pour rappeler que rien n’est vraiment ce qu’il paraît. Les animaux ne sont-ils que des animaux, les hommes, que des hommes ? L’oncle Boonmee répond à la question en convoquant ses proches disparus et en revivant ses vies passées. A l’heure de mourir, l’homme verrait-il resurgir en lui ses plus vieux souvenirs, de cette vie ou d’une autre ? Un tel film, si proche du cinéma expérimental, ne permet pas de réponse toute faite. Aux spectateurs d’‘Oncle Boonmee…’ de comprendre comme ils le souhaitent la parabole de la grotte, de voir dans le poisson-chat autre chose qu’un animal, dans la princesse autre chose qu’une femme. Aux spectateurs de trancher, s’il le faut, sur le lien étroit entre la maladie et l’esprit (une autre problématique scientifique), d’adhérer à la notion de karma. Apichatpong Weerasethakul signe une oeuvre ouverte, faite surtout de sensations et d’impressions, dans laquelle son propre esprit se mélange avec celui du moribond oncle Boonmee. Comme si, au moment de mourir, les hommes pouvaient enfin communiquer et apprendre. » Laurence P.


samedi 17 avril 2010

Souvenir d'une Souris


Le souvenir des nonnes goulues me faisait encore sourire...Je ne racontais rien à Katia mais un petit rictus en coin me disait qu'elle avait compris. Son coup de pédale était joyeux et primesautier et j'essayais de deviner où elle me conduisait.

On arrivait devant un manoir aux volets fermés et je me disais que ces maisons closes recélaient en leurs intérieurs des trésors d'humanité, imaginant déjà les filles que j'allais y rencontrer...L'endroit était lugubre et on voyait des chauve-souris entrer et sortir par quelques fenêtres hautes. Katia sonna prestement mais la porte s'ouvrit sans grincer. Par contre, le nain défiguré qui nous accueillit allait bien dans le tableau, il ne manquait plus que la tête de mort poussiéreuse et le grand escalier pourri qui montait jusqu'au grenier...

D'où descendit une grande dame brune qui s'avança vers nous en ouvrant grand ses bras.
  • Angélica !
  • Katia !
Elle s'embrassèrent longuement, s'envoyant même des baisers qui m'étonnèrent de Katia, terriblement hétéro. Elles finirent les salutations puis se tournèrent vers moi. Surtout cette Angélica dont le regard violet me transperçait littéralement.
  • Ton amie m'a dit le plus grand bien de toi, Jack. Un vrai trésor, parait-il...
Elle me fit signe de la suivre alors je la suivis. Katia avait eu encore l'idée de me livrer en pâture à son amie sans doute. On traversait une grande salle de femmes entre deux âges qui tenaient réunion là. D'un couvent de nonnes presque pucelles, je passais à un manoir rempli de sorcières nymphomanes. Comment allais-je finir la soirée, livré en mignon rose bonbon à une réunion anniversaire d'anciens militaires ou en bon à tirer chez un imprimeur ?

Nous étions à notre aise sur un grand lit à baldaquins et mon amie sorcière était une vraie brune aux pilosités sensuelles et fournies. Mon nez était en train de se frayer un chemin vers l'inconnu de son intimité quand je sentis des frissons me parcourir, des étoiles couvrir mes yeux et mon corps se recouvrir de poils étranges. La belle Angélica avait du me jeter un sortilège, me transformant en gorille puissant ou en guerrier Umpala des montagnes...

L'odeur des lieux me rappelait quelque chose en plus fort mais je n'identifiais pas l'endroit. Malgré la pénombre, je voyais des parois rosacées et je me dirigeais vers un semblant de lumière entre des fourrés de plantes inconnues. En sortant en plein jour, je reconnaissais la couleur du couvre-lit mais la taille gigantesque de ses motifs me fit comprendre la situation et l'endroit d'où je venais...

Le miroir ovale au pied du lit finit de me renseigner sur ma condition et un tremblement en forme de voix fit résonner mes petites oreilles.
  • Petit souriceau ! Tu n'aimes pas les entrailles de ton amie Angélica ? Ha ha ha ! Dit-elle en me tenant par la queue...
Je balançais interminablement entre ses doigts et j'étais tétanisé de terreur, à la merci de cette sorcière aux sortilèges dévastateurs et qui venaient de bouleverser ma vie...

Mes moustaches frétillaient encore quand je repris mes esprits et reconnaissait Katia qui s'était couvert d'un chapeau pointu en cette soirée d'halloween...Un mauvais rêve avait du se mélanger à ce vin mousseux frelaté qui avait arrosé nos pâtisseries préférées : Des religieuses...

* * *

Ce texte est directement inspiré d'un film de Nicolas Roeg, les Sorcières. ( The Witches ) Sorti en 1990, l'interprète principale en est Angélica Huston...

Notre envoyée spéciale de l'île du Crâne, Laurence P. nous dit quelques mots sur ce film et son auteur :

« Les Sorcières » (The Witches) est un film étonnant. Une belle réussite du fantastique réalisée par Nicolas Roeg, cinéaste anglais dont l’œuvre était très tourmentée et assez difficile d’accès jusque-là. Bien sûr, le grand public avait découvert ce réalisateur avec « Performance », un film rock’n roll et défoncé avec Mick Jagger en interprète principal.
Cependant, c’est avec « L’Homme qui Venait d’Ailleurs », brillante et mélancolique adaptation SF du très beau roman de Walter Tevis (« L’Homme Tombé du Ciel », Présence du Futur n°171) qu’il avait frappé les esprits. Il est vrai qu’un David Bowie au top de sa carrière, éthéré et quasi anémique (abonné aux substances illicites à l’époque), était parfait en extra-terrestre paumé.
Et pourtant... Ces films font presque figure de parenthèses enjouées (!) dans une œuvre encore plus noire.

Côté histoire, « Les Sorcières » trouve sa source dans un roman de Roald Dahl dont Tim Burton adaptera plus tard le « Charlie et la Chocolaterie » -un film de commande, moyennement surprenant, mais très correctement réalisé.

Destinée avant tout à un jeune public, l’imagerie du film ne fait pas dans la dentelle. Les sorcières sont laides (pustuleuses à souhait, nez crochus à l’envi) et résolument méchantes (transformer les enfants en souris, s’éclater en faisant le mal). Elles utilisent aussi les armes qu’on leur prête depuis toujours et sont des professionnelles des charmes, déguisements et potions aux effets ravageurs.
Dans ce combat du bien contre le mal, joliment mené sur un rythme enjoué, on savourera tout particulièrement l’étonnante composition de Anjelica Huston, parfaite en Big Boss maléfique et autoritaire.

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Ce billet fête le premier anniversaire de ce blog "Rackham Le Rouge" , créé le 11 avril 2009 mais dont le premier texte fut publié le 17 avril suivant avec "L'île au Trésor".

Jack Rackham