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vendredi 5 juin 2020

Un Doigt, puis un Autre



Ely est dans son grand bureau, à ressasser ses tourments et ses plans sur la comète. Elle a ouvert les fenêtres pour aérer un peu. Ce monde fou n’est pas fait pour elle mais elle compte bien le refaire, pierre par pierre ou feuillet par feuillet…

La pièce est jonchée de tous ses projets, tous en cours, indispensables à son bien-être, comme des enfants chéris qu’on promène au parc en attendant qu’ils grandissent à tour de rôle. Son esprit est toujours tourné ailleurs, là où son œil ne regarde pas, la clope au bec ou le doigt jauni, comme pointant un mot nouveau ou l’excellence d’une idée nouvelle.

Son cerveau vagabonde vers des mondes secrets dont elle ne parle jamais.  Ou alors avec des gens imaginaires, tels des grands écrivains ou bien des beaux gosses, grands, forts, faits pour cet amour dont on lui parle tant et qui n’existe pas.

La nuit, fronçant encore de ses sourcils de jour, elle rêve de saillies profondes, retournée dans tous les sens, si uniques que giratoires qu’elle se croit au manège et le cul encore tourné essaye d’attraper un ballon au dessus de sa tête. « L’Amour n’existe pas ! » crie-t-elle encore, comme un désespoir ou une provocation pour faire arriver ce qu’on n'espère plus…

Elle tire sur sa cigarette, mimant un geste équivoque et s’étale sur la chaise longue, écartant les jambes en déplaisir, juste pour narguer le sort et imaginer le goût d’un lit d’écrevisses sur la langue d’un éhonté, humant son dessert frivole.

Hum, l’heure est passée. Elle attend quelqu’un…Un vieil ami qu’elle n’a pas vu depuis longtemps. Ni grand, ni beau, qu’elle n’imagine même pas dans ses rêves, le fils d’un vieux Capitaine de marine avec qui elle a entretenu une abondante correspondance pendant un moment, puis plus rien. Elle avait bien cru pourtant…

Elle avait ouvert et Sam Le Rouge était là, tricorne à la main, un petit sourire aux lèvres et un bouquet de l’autre côté.

Assis sur un canapé, ils faisaient la conversation comme de vieux amis qui ne s’étaient jamais quittés. Lui parlant de quelque maladie dont il était sorti, elle évoquant les escroqueries d’un imprimeur véreux, ils reprenaient le cours de leur vie commune comme si de rien n’était, se regardant sans l’air d’y toucher telles deux pâtisseries goûteuses qu’on entame peu à peu avec un doigt,  puis un autre…

Jack Rackham

PS : J’aime les histoires qui ont un faux air d’Orgueil et Préjugés^^
Photos : Nicole Kidman dans The Hours (Daldry 2002)




lundi 14 octobre 2019

Ma Préférence




Elle lève les mains au ciel pour un mot oublié, une idée envolée, un terme inapproprié…Puis redescend ses paumes pour recoiffer sa chevelure sauvage, apaiser sa colère passagère puis reposer son âme et son stylo. Son inspiration trouble sa pensée, elle scrute son passé, cherchant au fond d’elle-même les réponses aux mystères.

L’Amour ? Il lui a semblé le connaître, il est venu de temps en temps en reconnaissance pour la visiter mais l’élan prometteur s’est vite effacé au fil de l’histoire, comme un processus inéluctable d’autodestruction programmée.

Depuis, elle n’attend plus rien, que son ambition et sa production créatrice, dévorant tout au passage. Elle aligne les pages de sa vie, imaginant des aventures, fomentant des stratégies, colorant des ambiances et construisant des univers entiers. Parfois même des Amours imaginés, en pleine fiction sans omniscience.

Elle aurait aimé jouer du piano, quelques mouvements au dessus du clavier, effleurant de sa main les notes d’une mélodie heureuse, tartinée de confitures et de fruits mûrs de la passion. Pas ces mélodies aux airs de libido ou de jeux de pouvoir, aux écœurements vomitifs des soumissions ou des dictatures. Pas de concurrence aux allures de chevaux de course, pariant sur plusieurs montures pour éviter de perdre.


Un tricorne est par là, rodant depuis toujours, observant sa bien-aimée, invisible et discret, il ne sait rien mais il pense tout. Elle lève la tête et l’aperçoit, un drôle d’air ce chenapan, il parait différent. Lui est patient et tenace, il va attendre un peu…

Sa préférence.


Jack Rackham

 Photos ; Sean Young dans Blade Runner ( R.Scott 1982)





vendredi 7 juin 2019

Écrivaing


Depuis quelques temps, le vent m’amène d’étranges nouvelles bien ou mal intentionnées. Telle cette histoire d’écriture inclusive qui divise alors l’humanité dans ses confins les plus profonds, bouleversant les plus belles amitiés comme les plus grands amours…

J’ai donc remis du bois dans le feu, défait mon ouvrage, fait table rase de mes préjugés pour réfléchir à ce nouveau langage. Et la requête m’a paru légitime, révélant là quelques sentiments ancestraux de frustration et d’inégalité. Mon tricorne avait tranché vite en faveur des féministes, voyant bien    que :

- Oui, chaque métier pouvait comporter son pendant féminin sans que le masculin regroupe toutes les personnes.

- Oui, on pourrait dire « Humanité » au lieu du récapitulatif utilisé « Homme » englobant habituellement la Femme, avec perte et fracas. Fini le H majuscule !

- Oui, le pluriel des mots ne ferait plus l’emporter le masculin sur le féminin mais tout serait spécifié précisément, même par des raccourcis compréhensibles tels Cavalier-lières.

Bien sûr, il faudrait affiner et voir ce que cela donne sur une œuvre majeure déjà écrite et publiée, telle Les Misérables de Victor Hugo. Chiche ?

Ou alors éviter les féminisations impropres ou pas jolies telle : « Auteure » au lieu d’ « Autrice » (Beurk).

Ce langage inclusif/épicène, neutre et non sexiste a bien du charme et rend à la femme son importance irremplaçable, au côté de son alter-ego masculin. Il restera aussi d’autres domaines où ce n’est pas encore gagné comme l’égalité des salaires ou le partage des tâches ménagères, mais là ce sont encore d’autres histoires…

Ah oui, il peut aussi y avoir d’autres différences liées aux accents, question de goût ou d’imagination.

La jeune femme brune vient de finir son roman, ses intentions sont magnifiques, sa motivation inaltérable et ses buts sans concession. Mais son accent du midi va lui jouer un tour :

- Je serais écrivaing.

- Non : Ecrivaingue !

- Voilà...

Jack Le Pirate ♥

Photo : Géraldine Nakache.

lundi 1 avril 2019

Un Grain de Beauté


Son cœur est gros, son corps est grand, sa passion déferle entre les deux comme la tempête fait place au beau temps pour souffler un peu. Elle fait semblant de sourire, comme un faux air d’ambassadrice à la peau métissée, une Mona Lisa orientale qui prendrait ses aises de sortir de son tableau à l’occasion…

Un œil noir et doux regarde son amour loin au-delà des mers, comme les chats à travers les murs des maisons ou les barreaux de prison. Mais la fille est trop bonne et sa douceur de peau transparait dans ses intentions. Son pardon est déjà envoyé, le bourreau peut faire son office et la canaille sa trahison.

L’histoire est plus banale, un retard de calèche puis de goélette, les mouettes ont menti…

- J’ai eu peur de vous, Capitaine. Du moins de vos intentions.

- Je ne suis pas une buse, j’ai glissé sur le pavé mouillé, j’ai pris une vraie gamelle…

- Vous boitiez déjà, peut-être la jambe de bois ?

- Je n’aurais de bois que mon cercueil. Quand je pense à vous, ça me donne des ailes mais mon pas est lourd de mon désir.

- Vous me remplissez le cœur et de promesses ; mon esprit se trouble, je suis toute ouïe de vous.

- Approchez-vous que je vous cajole. Je vois vos yeux humides, mais j’aurais toujours un mouchoir pour vous.

- Je suis sotte d’avoir douté de vous, venez que je vous câline, je ne suis pas farouche.

- Votre peau est de pêche, votre cou me tente que je le caresse. Je suis fou de vous.  

- Embrassez-moi, votre chair burinée me parle bien. Mes pigments sont embrasés…

Le Capitaine lisse les beaux cheveux noirs de la fille, qui se détend et se presse contre lui. Elle semble perdre la tête quand il frôle doucement ses cuisses puis plus fermement pour lui montrer son amour. Ses doigts touchent ses lèvres puis tournent autour de sa bouche. Elle sourit en louchant un peu.

Le ciel a noirci, on annonce un grain.  Elle rougit...

JACK RACKHAM


Photo : Necar ZADEGAN. Actrice et mannequin germano-américaine d’origine iranienne née en 1982, elle se spécialise peu à peu dans les séries télé et se fait connaitre au niveau international grâce à un rôle important dans la série 24 Heures Chrono. (2010)

jeudi 7 mars 2019

Victor Hugo



Le temps s’est de nouveau arrêté sur mon ponton, attendant un commentaire de moussaillonne ou le guano d’une mouette maladroite et coquine. Je couine dans mon hamac au gré des vents et vaque dans mes pensées profondes, voir si mes héros de légende se portent bien.

A côté de John Ford et François Truffaut, et juste avant Marcel Pagnol et Agatha Christie, un de ceux que je connais moins mais que grignote ma curiosité, gagnant en effeuillages compulsifs et dévorages de biographie : Victor Hugo.

Je ne suis pas pressé de tout savoir mais le nom a de la gueule et l’homme du panache. C’est un monument artistique et une montagne physique. Il est mort patriarche là où d’autres s’essoufflaient à la moitié de son âge. Son poil est fourni tel un vieux sage, comme assumant toute sa vie et ses œuvres sur son visage.

Les femmes de sa vie sont nombreuses mais à la qualité rare, protectrices et demandeuses, invisibles et mystérieuses. L’amant est entier, viril, esquissant peu de bonheur, l’esprit est créateur, ses rêves sont pleins de seins lourds et ses mains vides de fantasmes sans amour. Adèle, Juliette et Léonie pour l’éternité, mille inconnues à contempler pour des siècles de légende.

Roman, théâtre, Poésie, peinture, photographie, il aura touché à chaque chose comme un maître et suggéré le grand Cinéma du XXème siècle à venir. J’ai été touché par ses Misérables, son Jean Valjean et sa Cosette, j’ai conspué ses Thénardier, symboles de toutes les lâchetés et turpitudes. Celles qui salissent les âmes, au point de perdre toute humanité.

Je l’imagine aussi faisant de la radio, un bel outil moderne, lui militant vociférant, hélant à la révolte et au rassemblement, vivant avant l’heure les réseaux sociaux et les gilets jaunes…

- Hep, vous là-bas !

Je me levais de mon hamac, prenant mon regard de tricorne le plus fronceur et m’approchait du bastingage, à bâbord.

- Non rien, j’avais rêvé, juste le vent mais ma barbe avait terriblement poussé…

*
Victor Hugo, œuvres principales :

Notre-Dame de Paris (1831) Roman
Les Misérables (1862) Roman
Les Contemplations (1856) Poésie
La Légende des siècles (1859) Poésie
Ruy Blas (1838) Théâtre…

jeudi 22 novembre 2018

Le Retour de Rackham Le Rouge



Comme un ciel de rentrée des classes s’affichait sur mon écran en retrouvant mon fidèle clavier aux touches magiques. Tout me revenait de mes premiers voyages imaginaires, les crapahutages de l’île du Crâne comme les cocktails au rhum d’une taverne du Paradis…

Un vent de combats maritimes et de sang embaumait mes narines, rappelant aussi les coups de hache et les hurlements qui avaient jonché le ponton de mes souvenirs. Mes tympans étaient restés sourds aux horreurs des amputations, préférant garder en mémoire le gargouillis des lampées de rhum ou le crissement des caresses de bas retroussés, des moussaillonnes aux cuisses hautes offrant là à son moussaillon le plus long des supplices avant les saillies intenses et profondes du reste de la nuit.
Tel était mon destin de Capitaine, enfilant son manteau de magicien encore et encore.

- Remarquez, y’a pire. Les fois précédentes, j’étais un peu usé, vidé, j’avais besoin de ressourcer l’île d’autres trésors, sans compter une morsure de vipère une autre fois…Là, c’est comme une renaissance !

Planant et riant au dessus  de ma tête, les mouettes savaient bien que c’était autre chose, plus fort que le goût de l’aventure, plus fort que les parties de cartes et de rhum coulant à flot jusqu’au bout de la nuit, plus fort que l’envie d’écrire (quoi que), plus fort que l’amour du Cinéma (oula), c’était…
…l’envie de retrouver mes moussaillonnes !

Katia et son coup de pédale endiablé, donnant vie à mes vocations premières, Sara et ses sortilèges de sirène, Rita aux formes de rêves, Maia la petite sorcière au cœur d’ange, Madeleine le premier amour d’une autre vie, Lady Ania Chester l’attachée de presse au grand cœur ( et au sourire suave), Marie la bienveillante, et tous ces amours fous, sur tous les pontons et tous les univers…

Et puis Orfeenix la poétesse, Ava la pharmacienne, Cameron la traitresse…et toutes ces femmes invisibles, infidèles, de lettres, courtisanes,  nues, amoureuses, au téléphone, au lit, bien-aimées, mentalistes ou abandonnées, quoi !

Sans oublier cette femme imaginaire, écrivain dans l’âme, jouant du piano dans ses rêves et amoureuse des séries télé ^^

Ca y est, je suis de retour…

Besos

Jack le Pirate

PS : Pour cette occasion, je me suis rasé (mais j’ai pas repris la cigarette, ‘tention hein ?)

Image du bas : Keith Richards le pirate.

vendredi 25 novembre 2016

La Femme imaginée



La feuille blanche est là qui me nargue comme une effrontée et je rentre la tête dans les épaules, froissant l’arrière de mon tricorne et ma vanité. Les idées sont notées, le chemin de fer siffle à mes oreilles comme une bouilloire vivante, je tiens le corps du récit comme une sacripande et je fais glisser mes doigts cornus plein de chatouilles maladroites pour faire frétiller la sirène de mes mots coincés quelque part entre les méandres de ma trouille inavouée.

Soudain, je sens un souffle ami sur ma joue hirsute, grelotant de l’insolitude agréée et je romps aussitôt ce vœu de silence inconscient lâchant les flots d’inspiration contenue tel un réservoir renversé à grands flots dans un jardin de bonne terre…

Elle m’a apaisé et je la regarde par-dessus mon épaule, esquissant quelques traits d’abord, la prenant pour modèle telle une muse de mon talent enfui puis retrouvé. Ma main glisse sur les contours de sa forme, intelligente et belle comme une œuvre complète, originale et hors du commun.

Le dessin est à sa gloire, je la regarde encore un peu, pour m’en régaler sans la consommer ou la déranger. L’instant d’un clignement d’yeux pour mieux la graver dans ma mémoire.

La femme imaginée..


samedi 23 avril 2016

Le Dernier Jour du Monde (sur Terre)

Et si un jour, on savait précisément l’heure de sa mort ? Si l’annonce d’une météorite fatale, une attaque nucléaire imminente, un retour de l’ère glaciaire ou des dinosaures sur la planète, bref si un jour on avait à se préparer pour la fin du monde, que ferions-nous ?

Ce n’est pas exactement à ça que je pensais lorsque j’avais lancé une invitation à un coquetèle dansant sur le Poseidon mais l’occasion était belle de revoir une dernière fois certaines des moussaillones qui avait émoustillé mon tricorne avant de briser mon cœur d’artichaut. Je zieutais avec ma lorgnette les petits culs dodelinant avec entrain, leurs cœurs enivrés encore d’espoir, de projets, d’avenir…

Bosco avait prévu un chargement de bretzels et cacahuètes avant les amuse-gueules du dîner puis les plats de résistance fourrés de tout. Des ballottes variées aux papillotes composées, on allait s’enivrer de saveurs du terroir environnant, sous la surveillance bienveillante de Liza, la patronne du bar-restaurant de « l’île du Trésor ». Son sourire toujours suave me charmait tant mais je découvrais mieux ses formes et son déhanché que j’approfondissais avec détail de ma lorgnette de course réglée au millimètre. Mes pensées vagabondaient vers des perversités sans nom, mais je me disais qu’un jour de fin du monde tout était possible.^^

De l’autre côté du buffet, une petite sorcière rousse charmait son auditoire de grands éclats de rire et de tapes dans le dos, s’enfilant entre autres des rasades d’un nectar jaune de sa préférence. Son décolleté laissait frémir des pointes d’envie que la flanelle rendait bien…Plus loin, une grande poétesse bien connue des habitués du lieu était plantée sur ses belles jambes galbées et musclées, comme une invitation à la danse ou d’autres jeux pratiqués dans les salons mondains ou même plus modestes. Son œil clair clignotait vers moi pour que je m’approche et je faisais signe d’un rapprochement imminent et prometteur. ;)

Près du gouvernail demandant moult explications à l’homme de quart, une petite blonde au corsage abondant avait les yeux brillants de tous ces détails et demandait même à conduire elle-même le bateau quelques miles marins, juste pour voir. Un peu en retrait regardant tout ce monde, une belle brune orientale aux yeux profonds et sages grignotait quelques amuse-gueules. C’était une amie secrète que nul n’avait vue encore et dont j’aimais le front haut regardant vers le ciel le destin de nos passions communes. Je m’approchais d’elle, sans parler, pour une fois...

L’annonce à la radio d’un trou noir proche d’absorber la terre-je fais ce que je veux dans mes histoires de pirates, j’ai même un portable et une connexion internet non mais-les cloua sur place, se prenant la tête et tout à coup pensant à leur compagnon si loin ou à leur mère, ou surtout un enfant qu’elle ne reverrait plus …Puis se rendant à l’évidence de leur isolement lié à leur présence sur ce navire en pleine mer, elles se détendaient alors en pensant à distance à ces êtres chers, le portable ne passant pas dans ces régions caribéennes. C’était aussi le moment de faire le point sur leur vie puis de profiter une toute dernière fois du bonheur de vivre, en toute humanité.

La bière et le rhum coulèrent à flot à nouveau, pour le plus grand plaisir de l’équipage, garçons et filles retrouvant là cet instinct de vie et de survie propre à leur espèce. Un grand boum résonna jusqu’au fin fond de l’espace puis le Poséidon se retrouva telle une arche stellaire filant dans le noir infini…

Je posais mes binocles sur le grand livre des Aventures du Monde puis un brouhaha se fit sur le pont car chacun voulait donner son avis sur la manière de vivre ses dernières heures sur Terre.

Et vous ?

Jack Rackham


PS : Une dernière bière, un dernier amour, cela serait très romantique quand même ma fin du monde, ce ne serait pas si sexuel que ça finalement…sauf si la fille veut bien, évidemment !


Image du bas : San Andréas, film.



mercredi 30 mars 2016

Chloé Miroir



Elle penche la tête sur un côté, pour mieux l’observer ou alors c’est un signe d’attirance inconsciente. C’est dans tous les manuels de séduction, de tics corporels qu’il est bon de reconnaitre entre spécimens de sexes opposés. Elle tient sa cigarette  entre l’index et le majeur, grattant le filtre machinalement avec le pouce. Mais là, ça ne veut rien dire, elle réfléchit c’est tout…

Elle lui a ouvert la porte facilement, au premier coup de sonnette. Elle devait être devant la porte à attendre. Quoi de plus normal pour son nouvel ami virtuel, tant de conversations littéraires et téléphoniques, c’était écrit de se rencontrer un jour. Ses grosses lunettes encadrent son champ visuel, faisant loupe sur sa belle amie et ses grains de beauté. Il la trouve très sexy, il a de la chance… 

Sa vie semble arrêtée dans le temps, restant immobile et penchée comme fascinée par le nouvel arrivant. Elle a mis sa robe la plus décolletée pour l’occasion. C’était la moindre des choses, pour avoir tant désiré cette rencontre. Elle le détaille et se souvient de leurs conversations, il est en dessous de sa vérité. Ses complexes ont minimisé son charme, et étant bien proportionné, sa taille n’a plus d’importance…

Il a l’impression qu’elle se regarde en lui comme dans un miroir, comme si elle attendait sa réaction. Même imperceptible. Il n’ose pas bouger de peur qu’elle se méprenne. Il est déjà amoureux d’elle, elle est telle qu’il l’avait imaginée. Sa peau sent bon l’amour et son œil l’intelligence qu’il a déjà perçu dans leur correspondance et leurs tchats. Il lui sourit…

Elle sourit à son tour et lui propose de rentrer. Elle tire une grande bouffée de fumée en fermant les yeux quand il passe devant elle, elle se sent heureuse…


Elle les rouvre subitement, mais elle est seule. 

Elle aurait pourtant juré…Elle est devant son miroir et allume une cigarette machinalement. Elle ne sait plus ce qu’elle attend mais regarde son miroir, son beau miroir, et essaye de lire quelque chose au fond de son tain.

« Miroir, Ô mon beau, dis-moi qui est la plus belle ? » Demande-t-elle. 

Non pas qu’elle s’inquiète de sa beauté mais plutôt de sa vie, et de toutes ces choses dont elle rêvait quand elle était enfant. Elle voulait faire écrivain, ou quelque chose comme ça. Écrire pour les autres, pour ceux qui ne savent pas écrire ou pas bien...

Elle regarde au fond de son miroir attendant sa réponse, mais il tarde comme s’il était en train de réfléchir ou de reprendre sa respiration.

« Toc ! Toc ! » Entend-elle soudainement.

Chloé se retourne, la clope à la main, et dit au miroir : « Attends, on frappe à la porte ! »

  C’est vrai. Aujourd’hui, elle attendait quelqu’un…


FIN

Jack Rackham

PS : Il y a des histoires où on peut comprendre ce qu’on veut. Profitez-en…^^

jeudi 22 octobre 2015

Une Poupée qui dit non



Les hommes pénétrèrent dans ma cabine à pas discrets, si l’on peut dire pour des pirates aguerris aux abordages et défonçages en tous genres, et s’approchèrent du lit sous la fenêtre qui était l’endroit le mieux éclairé de toute la pièce. Y posant doucement la poupée, si délicatement en fait que je crus à un accident sur le pont dont ils avaient transporté le corps de la victime, ils se mirent tous en rond autour d’elle pendant que je sortais tranquillement de mon coin toilette, car à l’époque les salles de bains n’existaient pas encore.

- Quoi ? Qu’estchque vous… dis-je la bouche pleine d’un produit blanchâtre et mentholé qui venait des Indes. 

Restant muets un long moment, les regards se renvoyaient les uns aux autres et je commençais à soupçonner le début d’une mutinerie. J’avais déjà repéré le grand sabre accroché au mur du fond et mentalement, je commençais un écrémage en règle de ma belle compagnie matinale. Quand un raclement de gorge de Bosco suivi d’un mouvement de menton m’incita à regarder de plus prés cette chose sur une lit.

- Une poupée ? Dis-je. J’avais cru sur le moment à une fille et je m’avançais pour mieux voir.

C’était si étonnant de précision et de réalité que pendant un court instant, je crus bien à une nana. Une de celles que j’avais bien connu dans tous les ports du monde et qui moyennant quelques piécettes avaient embrouillé mes yeux et ébouriffé mon tricorne. Mais non. J’effleurais son visage de mon pouce et je ressentis un frisson comme à mes plus beaux jours de jeune homme.

- C’est drôlement bien imité, dis-je, en comprenant d’un coup le pourquoi du comment.
- Joyeux anniversaire, Captain ! Entonnèrent de concert les hommes, Mildred arrivant avec un grand plateau d’argent et un gros gâteau à la crème couvert de chantilly dessus. 

Soufflant sur les 5 bougies qui allaient avec, je jetais un œil à mon cadeau qui ressemblait vraiment à un joli brin de fille. Fut-ce les bulles de champagne ou l’émotion créée par cette surprise, je commençais à m’échauffer et demandait un peu d’intimité à toute cette compagnie beuglante et ripaillante. En quelques secondes, je fus seul avec ma nouvelle amie et décidais de tenter une approche non équivoque sur mes intentions véritables. Frôlant de mes doigts de velours sa toison brune dépassant du drap, elle ouvrit les yeux plus grands encore et me regarda fixement mais avec douceur, clignotant des yeux comme un jeune chiot. Ses cheveux longs et bruns couraient à côté d’elle sur le lit et je la regardais longuement ayant toujours de drôles d’idées en tête. 

Tout à coup, elle posa sa main sur mon avant-bras et mes poils s’hérissèrent de mes orteils jusqu’à la pointe de mon crâne. J’oubliais alors qu’elle était une poupée et je me mis à la caresser aussi. L’effleurant à peine juste pour sentir sa féminité, j’eus alors des visions étranges, des sortes de récits imaginaires arrivant dans mes pensées déjà confuses mais qui les éclairaient  d’une texture nouvelle. J’étais déjà un drôle de capitaine avec des habitudes littéraires  et créatives qui sortaient de l’ordinaire, mais je sentais là l’expression d’un souffle nouveau, d’une nouvelle inspiration qui me séduisait, captivant mon intérêt et aiguisant mon imagination.

J’essayais de m’approcher un peu plus mais d’un signe de la main, elle me signifia la fin des opérations. J’étais éconduit dans ma propre cabine, le jour même de mon anniversaire, mais je souriais de l’aventure. Elle disparut juste après, comme par enchantement mais je savais que ce bateau recélait bien mystères qu’il pourrait me la rendre un jour.

Je fermais les yeux.

Je posai mon rasoir sur le rebord de la cuvette quand on tapa à la porte. Bosco était là, et quelques hommes derrière lui portant une grosse tarte aux fraises surmontée de chantilly et de quelques bougies. Il s’avança en bafouillant, il tenait quelques choses dans sa main.

 « Un plumier et quelques livres de Jules Verne, ce n’est pas grand-chose mais on a pensé que ce la vous serait utile, mon Capitaine…. »

Jack Rackham

 
 PS : Pour info, mon anniversaire est le 27 juin !

Photo : Claudia Koll