
"Quel est le nom de cet homme déjà ? Ah oui: Jack Rakham. A la manière qu'il a eu de vouloir m'étreindre il doit avoir l'habitude qu'aucune femme ne lui résiste. ... J'espère ne pas y être allée trop fort en le propulsant dehors comme je l'ai fait, le pauvre. Je suis une vraie brute, parfois."
Dana repensait à cette rencontre inattendue alors qu'elle était à la cueillette et culpabilisait un peu de sa rudesse envers son visiteur. La végétation était luxuriante et, c'est vrai, elle ne manquait de rien. Elle agrémentait parfois les repas qu'elle préparait à ses enfants avec des poissons et des coquillages qu'elle ramenait du rivage. C'est d'ailleurs en y allant qu'elle l'avait vu. Elle avait préféré se dévoiler et se présenter plutôt que de jouer à une partie de cache-cache. Surtout, elle ne voulait pas que cet homme et ses compagnons envahissent son territoire et viennent mettre en danger la vie qu'elle avait choisi de mener là, loin de tous ces sauvages qui se disaient civilisés mais qui ne respectaient pas grand chose en réalité. En tout cas pas la confiance qu'elle avait cru pouvoir accorder à quelques-uns.
Son regard se voila au souvenir de sa vie passée et de ce qui l'avait amenée à partir vivre le plus à l'écart possible des hommes. Mais elle se reprit bien vite en se disant que ces choses-là avaient déjà une place: le passé. Elle comptait bien les y laisser.
Depuis qu'elle vivait là, et la vie n'était pas toujours facile en haut d'un arbre, même douillettement installée, elle était heureuse. Elle était aussi heureuse d'offrir une vie de cette qualité à ceux qu'elle aimait le plus au monde: ses enfants. A eux trois ils formaient une famille sereine qui n'avait pas à s'embarrasser des contraintes sociales. Ils vivaient au rythme de la nature, et cela leur allait bien.
Elle regarda la position du soleil. Bientôt dix heures. Elle décida de rentrer avec ce qu'elle avait déjà cueilli, de quoi tenir facilement trois jours.
En s'approchant de la maison elle entendit des éclats de voix. Intriguée, elle grimpa discrètement jusqu'en haut de l'arbre et entendit son fils dire de sa voix toute colorée: "Ah non, ma maman ne sera pas d'accord ! Il faut vite que vous partiez, sinon elle va se fâcher." Elle entra dans la maison et fut rassurée de voir que sa grande fille veillait sur son petit garçon. Elle prit celui-ci dans ses bras et lui demanda en frottant son nez contre le sien : "Et je ne serai pas d'accord pour quoi, petit bonhomme ?"
Le petit garçon tourna la tête et répondit "Le monsieur veut te parler."
Elle ne fut pas vraiment surprise de voir Jack:
"- Ah c'est toi ? Qu'est-ce qui t'amène par ici ?
- Toi, répondit-il simplement.
- Moi ? Comment, moi ?"
Jack eut un moment d'hésitation. Il semblait chercher une réponse. Puis une idée de génie sembla germer dans son esprit à en juger par l'éclat qui naissait dans son regard. Il sourit :
"- Tu m'as bien dit que tu écrivais. Il se trouve que j'ai aussi cette occupation solitaire, lorsque je ne suis pas occupé à ... Faire autre chose ... Avec des personnes.
- Et donc ? demanda Dana en réprimant un rire.
- Et donc, si cela t'intéresse, nous pourrions collaborer. Littérairement bien sûr ! S'empressa-til d'ajouter.
- Bien sûr ... répéta-t-elle en plissant ses yeux."
Elle sentit son regard sur elle portant son enfant dans les bras et elle eut l'impression qu'il la découvrait. Il réalisait que cette femme était une mère qui, telle une lionne, s'attaquerait sans pitié à quiconque s'en prendrait à ses petits. C'était dans ses yeux, dans ses expressions, et d'une manière générale, dans son attitude toute entière. Il comprit dès cet instant qu'elle se refuserait à lui mais pas seulement. Il comprit qu'elle ne laisserait plus aucun homme l'approcher, elle, ni entrer dans sa vie.
Elle posa son petit garçon sur le plancher.
"Je veux bien, dit-elle. L'idée d'un travail ensemble est intéressante. J'aime écrire. J'accepte ta proposition à la seule condition que notre collaboration ne dépassera pas le cadre de l'écriture et que tu respecteras la vie que j'ai ici avec mes enfants."
Il accepta le marché et elle sut qu'il tiendrait parole. Pour la première fois depuis longtemps elle se risquait à refaire confiance à un homme.
Pour lui faire comprendre qu'ils s'étaient tout dit elle lui montra seulement du regard l'entrée de sa maison. Elle n'eut pas besoin de l'éjecter pour qu'il parte.
( A SUIVRE...)
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