mardi 30 décembre 2025

Wonder

 


L’Art du Cinéma se compose d’un éventail de films qui rentrent dans certaines catégories : Les grands films à succès, les films de genre, les comédies populaires, les films d’art et d’essai, les documentaires…Glissés au milieu des précédents, il y a ces petits films qui rappellent quelque chose de notre vie, comme une réminiscence de ce qui nous a construit et touche à nos complexes fondamentaux.  « Wonder » fait partie de ceux-là, pour moi ou d’autres pirates. On a sa sensibilité, quoi…

Il était une fois un petit garçon qui s’appelait August (mais que tout le monde l’appelle Auggie). Il avait eu une malformation du visage congénitale qu’on appelle Syndrome de Treacher Collins. 27 opérations avaient été nécessaires pour essayer de lui redonner un visage, ce qui avait empêché sa scolarité ! Sa maman avait pallié le manque en lui faisant cours elle-même, à la maison…

La maman, c’est Julia Roberts. Belle comme toujours, avec ce si grand sourire, elle met tout son cœur à l’éducation de son fils adoré, qui est très intelligent évidemment, avec une affection particulière pour les sciences. L’histoire commence alors qu’il doit rentrer à l’école pour la première fois à 11 ans. D’où l’inquiétude de ses proches, comme son père (Owen Wilson) ou sa sœur (Izabela Vidovic).

Car à ce moment-là de la vie, Auggie (Jacob Tremblay) s’attend à devoir surmonter moqueries, mises à l’écart ou méchancetés des camarades de son âge. Pourtant, le directeur de cette école privée (Mandy Patinkin) anticipe le problème en le parrainant par trois élèves emblématiques de l’établissement. Mais ce qui doit arriver arrive, et rien n’est si grave finalement…

Par ailleurs, on découvre les autres personnages de l’histoire : La sœur Olivia (« Via »), sa meilleure amie Miranda, le futur meilleur ami d’Auggie, Jack, la grand-mère maternelle, et Justin, l’amateur de théâtre (et amoureux de Via).

Si Auggie règle ses problèmes momentanément en portant un casque de cosmonaute, il arrive aussi à se faire respecter malgré sa laideur et sa différence intellectuelle. Les autres personnages arrivent à faire de même, comme emportés par le tourbillon « Auggie », Via et son impression d’être invisible, Miranda et son syndrome de l’imposteur, Jack et sa trahison involontaire…

Les jeunes « méchants » paient le tribut de leur bêtise et les grands resteront à jamais incorrigibles. Tout finit par un bon repas où se réconcilient les illusions perdues aux petits riens qui font le ciment de la vie !

*

Le sujet principal de ce film est évidemment la différence. Là, elle est congénitale et donc trop visible. La bêtise étant invisible, le combat est inégal. Heureusement pour Auggie, l’amour des siens, un directeur et quelques camarades rééquilibrent la balance de la vie.

Pour Via, c’est difficile d’avoir un frère malade qui captive toute l’attention de ses parents, comme une impression de grandir seule. Mais cela forge le caractère et donne l’indépendance !

Miranda, elle, s’est inventé un monde qui ressemblerait à cette famille si différente, avec ce drôle de petit frère mais tous qui s’aiment vraiment…

En regardant ce film, c’est un vieux capitaine qui a fait le point sur sa vie, cochant certaines cases qui m’ont rappelé des souvenirs. Comme un coup de sabre côté gauche qui m’avait prédestiné à la différence, ce ressenti depuis longtemps d’être obligé au silence alors que j’avais envie de crier  :

« Je suis Jack le Pirate ! Et je vous emm…»

Ca, c’est fait.^^

Jack Rackham

PS : Wonder est un film américain de Stephen Chbosky, sorti en 2017.

Photos et affiche du film Wonder.




 

lundi 8 décembre 2025

Aller chercher le Pain

 


Il y a des photos comme ça qui vous rappellent des souvenirs. Un premier rendez-vous, des vacances à la mer, un repas de famille, une grand-mère disparue, une voiture qu’on aimait, un moment unique ou non de sa vie quotidienne qui témoigne du temps qui a passé…

Les vieux Capitaines ont les mêmes passe-temps. Ils ont bourlingué dans les mêmes lieux, peut-être n’ont-ils pas eu le même comportement que vous, l’esprit s’échauffe plus vite quand on a un sabre bien aiguisé, mais les souvenirs sont bien là, communs et immuables.

Pour une visite chez un commerçant, c’est pareil. On a refait le trajet plusieurs fois, on a le temps de se répéter ce qu’on veut et on imagine secrètement une aventure peu ordinaire et inattendue. La boulangerie est le principal lieu de débauche, tant illustré par un film de Pagnol aux accents moralisateurs. Comme si l’endroit se prêtait particulièrement à l’adultère ou aux galipettes sauvages. Mais non…

La pharmacie allait bien tout autant aux polissonneries de passage, voire même aux rendez-vous répétés. Comme des running-gags étalés sur les prescriptions médicales mensuelles ou trimestrielles. Des regards enfouis par des corsages énigmatiques ou des frôlements ambigus d’encouragements.



Il y avait aussi les joies de l’éducation Nationale et ses représentants, ces conseils de parents d’élève s’éternisant par des conseils hautement privés, les épiceries de village et leur rideau de fer tardif, jetant un voile de discrétion pudique aux échanges alimentaires, et les réunions de Mairie aux apéritifs festifs et chaleureux…

Souvenirs de ces mutines donnant un peu de bonheur aux âmes errantes un soir d’été ou un jour de promenade, pour une baguette, une aspirine, une question qui taraude ou une libido qui chatouille…

Besos

"Tu vas où, Jack ?

Je vais chercher le pain..."





Photos : Marie-Hélène Breillat/ Anna Galiéna/ Christina Hendrickx.

dimanche 23 novembre 2025

La Dentellière

 


La dentellière, c’est d’abord un livre. De Pascal Lainé. Sorti en 1974, il reçoit à l’automne le célèbre Prix Goncourt…Quelques années plus tard,  Claude Goretta en fait un film. Il sort en 1977. C’est un franc succès et consacre l’actrice Isabelle Huppert pour son rôle-titre.

Me balançant dans mon vieux hamac, je me souviens d’avoir vu ce film durant mes jeunes années. Les mouettes peuvent ricaner mais j’en ai tiré des leçons, un sacré bon film mouais…

C’est l’histoire d’une jeune fille, Béatrice, réservée, silencieuse, qui travaille dans un salon de coiffure. Sa vie, elle la voit simplement, modeste comme ses origines et cela lui va bien. Elle ne fait jamais de vague et fait ce qu’on lui dit, du mieux qu’elle peut. Un jour, sa patronne l’emmène en vacances en bord de mer et elle y rencontre François, un étudiant brillant, un fils de famille…

Elle lui plait, ils s’aiment et il lui présente ses amis, sa famille. Elle, est toujours silencieuse, sage comme une image et ils ont décidé de vivre ensemble. Béatrice n’est pas de son milieu, ses amis ne comprennent pas ce qu’il lui trouve mais c’est comme ça. Elle le prend comme il est, sans rien dire.

Des différences se creusent entre eux, peu à peu. Différences de culture, d’ambition, de mode de vie, tout les sépare en fait. François décide de la quitter et brise leur amour. Elle ne bronche apparemment pas mais subit cette rupture si fort  qu’elle l’envoie en hôpital psychiatrique.

Quelques mois plus tard, François revient  la voir mais rien n’y fait, elle se renferme sur elle-même, toujours silencieuse. Elle arrive au quotidien à surmonter ce désamour en s’adonnant à la dentelle. Comme ces dentellières de jadis, concentrant toute leur énergie et patience sur leur ouvrage. Comme pour oublier un amour perdu ?

Je tire un peu sur ma vieille pipe, envoyant une bouffée de volutes vers les mouettes toussantes, me laissant aussi le temps de réfléchir…

Je pense en ce moment, à une jeune moussaillonne de mes amours, rencontrée sur le net. Rien n’avait pu nous séparer, les amis, la famille, les préjugés, nos cultures et nos habitudes. D’ailleurs, nous sommes toujours ensemble, qui sait…^^

Hum… Rien ne peut séparer des amours qui s’aiment quand ils ne le veulent  pas. Ou alors c’est que leur amour n’est pas si fort, ou qu’il n’est pas réciproque, et à ce moment-là, cela n’a plus d’importance. Non ?

Plein de besos



Jack Rackham

PS : Attention aux pervers narcississiques qui rôdent sur les Goëlettes…Méfi, mes moussaillonnes !



Haut : Johannes Vermeer.

Bas : Affiche du film/Isabelle Huppert.


 

samedi 15 novembre 2025

Jane Austen a encore frappé

 

Quelquefois, même quand on est Capitaine, on traînaille de-ci de-là, à la recherche d’un truc à faire, ou à lire, pour s’occuper quoi. Pourtant, la tâche n’est pas aisée, on a beau se gratter la tête sous le tricorne, on n’a plus d’idée. Les Amours perdues sont bien envolées, , les ambitions professionnelles enterrées, et les sites Porno censurés ou contrôlés. Même faire la cuisine vous dégoûte, les plats cuisinés pas chers étant livrables à domicile sur tous les bons sites…

Puis on tombe sur Jane Austen. Inévitablement. C’est l’auteur à la mode depuis une quinzaine d’année. Finies les Virginia Woolf, les Marguerite Duras et même Agatha Christie survit par ses adaptations locales ou éditions raccourcies. Mes mouettes s’arrachent les griffes tant la bougresse a tissé ses réseaux jusque dans les nids. J’aimerais connaître son agent, tiens !

Jane Austen s’est fait connaitre longtemps après sa mort, de maladie en 1817 à 41 ans, par l’entremise de son neveu avec un livre hommage, sorti en 1869 : « Souvenir de Jane Austen ». Ainsi se relance la carrière posthume de l’auteur de « Raisons et Sentiments » ou « Orgueil .et préjugés », et permet d’éditer des œuvres inédites telle « Persuasion ».

Pourtant, son influence continue encore aujourd’hui auprès des libraires, et même des cinéastes qui font des films autour de son œuvre, racontant des histoires d’amour contrariées en évoquant la condition féminine de l’époque en Angleterre.

Donc, j’ai pu voir, et apprécier, un nouveau film intitulé « Jane Austen a gâché ma vie ». Le titre est ironique mais pas loin de la vérité car le personnage féminin central est à deux doigts de faire les mauvais choix…Mais tout se finit bien, comme dans les romans de Jane. Etonnant, non ?

L’actrice est Camille Rutherford, une franco-britannique au tempérament incontestable et incarnant avec talent son personnage. Car les univers de Jane Austen méritent d’être interprétés par des femmes de caractère. Telles Keira Knightley ou même Katie Mc Grath…

Bon film !

Jack Rackham


Photos : Haut, Katie Mc Grath

Bas, Jane Austen, by Ozias Humphry/ Dessous : Affiche du film .





jeudi 9 octobre 2025

Les 13 Tricornes de Terry Gilliam

 

Connaissez-vous les Monty Python’s ? 

C’étaient des humoristes anglais (principalement) qui ont sévi depuis la fin des années 60 à la télévision puis au Cinéma. Leur humour, du Burlesque absurde particulièrement corrosif et décalé, a eu un succès mondial et est même devenu une référence par-delà les époques. Graham Chapman (1989) et Terry Jones (2010) ayant disparu, il reste John Cleese, Eric Idle, Michaël Palin et enfin Terry Gilliam pour poursuivre leurs créations respectives.

Terry Gilliam était d’ailleurs le seul américain de la troupe, mais frère d’armes sans pareil pour pratiquer cet humour labelisé Monty Python’s, fils prodigue de cet humour anglais original. Au cours de sa longue carrière, il réalise 13 longs métrages pour le Cinéma :

Sacré Graal (75), Jabberwocky (77), Bandits bandits (81), Brazil (85), Les Aventures du Baron de Munchausen (88), The Fisher King (91), L’Armée des 12 Singes (95), Las  Végas Parano (98), Les Frères Grimm (05), Tideland (05), L’Imaginarium du Dr Parnassus (09),  Zéro Théorem (13), puis L’Homme qui tua Don Quichotte (18) …

Son premier film, Sacré Graal, était directement une production Monty Python’s, co-réalisé avec Terry Jones. Brazil, son film majeur, est devenu depuis un classique du Cinéma. Les 12 Singes et Dr Parnassus confirmèrent son appartenance au gratin des grands réalisateurs. Mais Gilliam, c’est avant tout un vrai pirate de la création, un touche-à-tout, un scénariste-dialoguiste, un artiste-dessinateur, un maquettiste-décorateur, et aussi évidemment un acteur… Wow !

Il a bien sûr participé aux autres films des MP : La Première Folie des MP ou Pataquesse   (71-remake de  morceaux choisis du TV Flying Circus), La Vie de Brian (79), Les MP à Hollywood (82), et Le Sens de la Vie (83).  Ce dernier film, Terry Gilliam en réalisa seul, le prologue : Un court-métrage intitulé The Crimson Permanent Assurance. Un chef-d’œuvre !

Ah oui : Terry prépare un nouveau film, son dernier, peut-être.

Le Carnaval de la Fin du Jour.

Tout un programme…

 Jack Rackham 


Photo du haut : Terry Gilliam. Vidéo du bas : Brazil (film)

lundi 16 juin 2025

Les Passages Sucrés

 


La Belle a l’air endormie, malgré ses yeux grand’ ouverts, un livre plaqué sur sa poitrine et retourné à l’envers, face contre les pages lues.

Le titre n’est pas si important même si il doit ressembler à quelque chose comme « La Putain du Rio Grande » ou alors « Gang Bang à Hill Valley ». Le temps s’est arrêté soudain, le souffle coupé par tant d’émotions, les sens malmenés tels des feuilles de palmiers secouées dans tous les sens, si on ose dire.

Elle a joui plusieurs fois, le souffle coupé et le corps tétanisé. La pensée du monde réel est devenue obsolète et l’appétit de nourriture n’est plus qu’un vieux souvenir. La sexualité a remplacé tout le reste…

Elle a profité de chaque seconde, s’appliquant à bien lire chaque passage, chaque mot, transposant dans sa tête les sensations décrites. La lecture est devenue une passion obsessionnelle qui provoque tant de plaisirs chez elle qu’elle ne planifie rien d’autre dans ses journées. Sauf aller chez le libraire du coin, et échanger avec lui sur quelques titres dont il connait bien le contenu. Son petit rire en coin semble à chaque fois comme lui témoigner de sacrés encouragements ou alors il va à la pêche sans savoir. Tant pis…

Elle est déjà prête à replonger dans la tourmente des plaisirs, retenant le signal du départ pour mieux profiter du moment. Ces moments qui vont s’enchaîner, ces passages de lectures suggérant ces belles images pieuses qui égrènent des secondes de secousses orgasmiques. Dans sa tête, elle mime des sexes et des langues, des poils et des  peaux, des respirations haletantes et des transpirations aux odeurs suaves. Les pénétrations succèdent aux léchages, les palpations aux frôlements, on a vite envie de passer d’une séquence à l’autre et on tient le livre entre deux doigts, l’œil esquissant une lecture en diagonale où tout est compris d’instinct.

La fille a presque fini son livre, du moins les derniers passages coquins. Elle aurait envie d’autre chose que ces passages sucrés.

Plutôt de partager des passages secrets avec un beau héros masqué à l’allure virile qui surprendrait vos envies et votre désir, et qui sans vous demander la permission,  traverserait tous vos buissons ardents…

Jack Rackham


Images : Emma Stone (haut) et Guy Williams (bas).

lundi 7 octobre 2024

Un Air d'Opéra

 J’avais rencontré une drôle de fille un soir de pleine lune, lors d’une descente d’escaliers d’un théâtre où nous venions de voir « Tosca », un des chefs-d’œuvre du maître Puccini, roi de la mélancolie chantée de tous les temps…

Elle avait perdu un escarpin telle Cendrillon que ma vue de marin avait vite repéré, sur un marchepied entre deux rambardes.  Je rendais l’objet à la belle, reconnaissante et m’invitant illico à boire un café au bistrot d’en face.

Elle se tenait guillerette à mon bras, caressant mon biceps sans l’air d’y toucher mais le faisant quand même,  dodelinant jusqu’à l’entrée du Bar. Nous trouvâmes un canapé confortable à nos fesses et je commandais d’un claquement deux cafés. Je la regardais pendant qu’elle grandiloquait, les doigts lancés vers des sentences imaginaires. Son sourire était suave et ses lèvres douces semblaient minauder quelques stratagèmes charmants.

Je tombais amoureux rapidement et lui trouvais plein de prénoms, tels Manon, Musetta, ou Turandot. Tosca, peut-être… 

Elle s’appelait Anna, avoua-t-elle devant moi... Ses yeux clignotèrent comme des guirlandes, et elle avait rougi comme si elle se trouvait nue  en prononçant son patronyme.

Je la regardais alors comme elle était vraiment, avec un fond de teint prononcé, des épaules arrondies où se miraient de beaux cheveux. Ses yeux en amande étaient marqués de noir et sa robe échancrée vous laissait voir ses seins comme des pêches posées.

Elle se mit alors à parler de sa vie et quand sa bouche s’ouvrait, on pouvait entendre  la musique de son cœur. Le rythme était lent, l’orchestre laissant la place à la mélodie principale, elle racontait ses plus belles passions en fermant les yeux comme si elle revoyait tout devant elle, comme dans un film.

Je la raccompagnais, apaisée mais encore fébrile.

Je lui donnais un baiser.

 

C’est vrai qu’elle avait un drôle d’air.

Un air d’Opéra...