jeudi 26 mars 2026

Comme Toi

 


On se connait depuis longtemps.

Ta chevelure fournie sentait bon, flottant au vent et entourant mon cou comme une écharpe, volant au gré de ma mobylette qui fonçait vers notre amour. Nous nous étions rencontrés dans une cour de récréation, un seul regard avait jeté à bas nos timidités. J’avais le soleil dans les yeux, j’ai cru que c’était toi alors je t’ai longtemps appelée « ma Lumière » !

Tu avais l’air d’un chat inquiet qui a l’habitude de voler dans la gamelle du voisin mais ta bouille joufflue m’a conquise et convaincue de ta bonne foi naturelle.

Tu m’observais souvent bizarrement, comme si tu regardais à travers moi. On se tenait tout le temps la main, la peur de se perdre en chemin. Les temps qui courent sont parsemés d’embûches, de pièges ou de malfaisants qui font du mal. La fois où je t’ai fait du bouche à bouche, tu avais oublié de respirer comme si on t’avait brisé le cœur. Mais ce n’était pas moi !

J’aime quand tu dessines, quand j’ai l’impression d’être importante à tes yeux, d’être la seule à exister pour toi. Je surveille la porte et je prépare la soupe. On est heureux.

Le temps a l’air de passer au ralenti quand tu n’es pas là, quand tu vas faire les courses ou chez le dentiste. Puis un million d’années après, à ton retour, la maison reprend vie avec ton pas qui résonne à l’entrée, le temps redémarre, j’entends la liste des courses que tu as faite et les gens que tu as rencontrés. Ce soir, on va manger des crevettes. La maison embaume d’un de ces airs marins inimitables, mes yeux brillent de notre amour…

Comme toi.

On se ressemble de plus en plus. Ce n’est pas le temps qui passe mais le temps qui reste. La radio résonne de nos airs préférés, nous rappelant des souvenirs innombrables. On ne s’est jamais disputés sinon pour des choses sans importance…

Comme toi, j’aime le Cinéma quand je me fais des films ou que je m’endors devant la télé. Tu dis alors que c’est la télé qui me regarde… Surtout le Cinéma d’horreur. Alors là, je me réveille et ça me fout la trouille !

On fait alors une pause, je vais chercher du chocolat et on fait des grimaces. On se colle nos visages l’un contre l’autre puis on se tourne de l’autre côté sans se détacher, comme font les singes des montagnes. Gnngnn !

Comme toi...

Pour toi, j’arrête le temps, pour ne pas être en retard quand on procrastine. C’est bien notre seul défaut ^^

J’aime quand tu me regardes, on se ressemble de plus en plus. D’ailleurs, je commence à dire de plus en plus souvent : Comme toi !

Comme toi.

Comme toi.

Comme toi…

 

Jack Rackham




Photos : Patti Smith/Robert Mapplethorpe - 3 photos I miss Sonia Henie (CM 71)

 



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