jeudi 21 juin 2012

La Voisine



J’avais loué cet été là pour quelques semaines de farniente, un bungalow proche de l’ile du Crâne. Le dépaysement n’est pas question de kilomètres mais d’environnement proche. Dans ce coin-là, mon tricorne ne dirait donc rien à quiconque et j’allais pouvoir m’adonner à mon plaisir favori : Ecrire. Et accessoirement lire mon quotidien sportif préféré, ce qui n’était pas sûr, vu la rareté des dépôts de presse dans ces régions.

En fait de bungalow, c’était une maison sur pilotis. L’endroit était clair et le frigo approvisionné. La vue sur l’océan était impressionnante même si j’essayais d’oublier le danger des tsunamis ou la tempête subite. De longues passerelles et chemins de bois reliaient les maisons les unes aux autres et mon voisin le plus proche était une voisine, m’avait averti le gars de l’agence, avec un air malicieux.

Fallait être en jambes pour aller saluer la belle ou emprunter du sucre, car plusieurs kilomètres de planches séparaient parfois les habitations. Un samedi de solitude me donna courage pour aller saluer ma voisine et durant tout le chemin, j’inventais divers prétextes pour expliquer ma venue.

Un brin essoufflé par la balade, je frappais à la porte, décidé à lui demander du rhum blanc pour l’inciter à venir partager un gâteau ou une coupe de glace.

TOC TOC ! Fis-je franchement, en mettant mes mains sur les hanches et toisant l’horizon en me retournant pour bien montrer mon détachement et l’aléatoire de ma visite.

La porte s’ouvrit lentement et laissa découvrir une créature à la beauté sans nom. Le souffle coupé, je la regardais comme un vendeur de voiture découvrant une Ferrari. Elle s’accouda sur le chambranle de la porte, passant sa main dans les cheveux et laissant entrouvrir son chemisier déjà bien entrebâillé.

«  Que puis-je pour vous ? » Osa t-elle. Tu parles, ce que tu pourrais je n’ose même pas l’écrire, mon blog serait censuré tout de suite. J’inventais une excuse ou deux et je finissais par un truc du genre «juste histoire de faire connaissance entre voisins ». Elle du comprendre autre chose car je repartais avec un superbe tire-bouchon en forme de sarment vernis et tout le chemin du retour, je cogitais à une autre visite dès le lendemain, en me jurant de rester un peu plus longtemps. 

Je rêvais toute la nuit à mon inconnue et exténué d’avoir fait l’amour avec elle plusieurs fois, je reportais mon voyage jusqu’à sa paillotte à l’après-midi. A peine arrivé devant sa porte, elle sortait une serviette sur l’épaule et me lança : « Je vais à la plage. Vous venez ? » de ces dents blanches avec un sourire à qui on ne peut rien refuser…

Quelques kilomètres de marche plus tard, je la voyais courir sur la plage telle une sirène (sauf pour les jambes, bien sûr !) et ses déhanchements me rappelaient des rêves secrets dans un autre temps fait de publicités audiovisuelles clamant les bienfaits de déodorants démoniaques. J’en profitais pour me reposer, jusqu’à ce qu’elle m’appelle d’une voix forte et langoureuse « Venez, elle est chaude ! On va faire les fous … ». Je m’exécutais sur le champ avec de tels arguments, remarquant avec étonnement le bon fonctionnement de mes vielles jambes de pirate !

Les eaux claires portaient nos corps comme des fétus de paille et les courants marins nous enlevèrent vite nos maillots, nous laissant  comme des crevettes à l’océan…Son corps ondulait comme celui d’un poisson et je la rejoignais dans sa vague. Elle m’embrassa par surprise et ses mains me gratifièrent d’une belle sympathie que je lui rendais bien. Ses cheveux longs m’agrippèrent un peu partout comme des tentacules et jusqu’à la fin du jour, nous jouâmes comme des enfants ou presque…

Je me retrouvais le lendemain dans mon lit comme par miracle, me souvenant quand même du retour jusqu’à sa cabane. Un « et merci pour la journée ! » claqua la porte des espoirs et seul avec ma déception, je pris le chemin de mon retour, marmonnant dans ma barbe et surmontant ma grande fatigue dans un effort surhumain. Je décidais de retourner la voir une dernière fois pour lui dire adieu et aussi ma déception. Au fur et à mesure que j’approchais, mes résolutions tombaient les unes après les autres, et harassé due la marche et vidé de toutes forces, j’étais bien décidé à lui demander de l’épouser ! Tim ne m’en voudrait pas et même serait contente de ne plus être de corvée de patates, de lessive, et même de tarte aux fraises !

Je frappais doucement à la porte, avec mes dernières forces, quand…

(A Suivre…)


C’est le feuilleton de l’été, au diable les incipit, vive la grande aventure…

mercredi 13 juin 2012

L’Homme idéal


La peau dure et l’œil tendre, il mâche un chewing-gum imaginaire en regardant loin au-delà des collines en tournant une cuillère dans un café brûlant. Son chapeau sur sa chaise raconte bien des histoires et son regard effleure la fille en s’excusant, esquissant un sourire comme un baiser profond.

Ses gestes sont discrets et ses mains amicales. Il semble se parler à lui-même quand sa pomme d’Adam lui répond en va-et-vient, et ses rides lui vont bien.

Il regarde une carte au mur et trace une route de son doigt qui zigzague vers son but. Il remonte son chapeau sur le front et semble décidé en fronçant les sourcils et en faisant la moue. La fille vient aux nouvelles et passe devant lui. « Regardez, par là c’est bien plus court. Vous devriez la prendre » lui dit-elle, mains sur les hanches et remuant ses cheveux qui le frôlent gentiment.

Il a senti l’offrande et rougit de son trouble. Ils rient comme des enfants et leurs yeux se nouent de connivences. Soudain, la porte claque et interrompt leurs jeux.

Trois hommes aux nez masqués semblent vouloir noises et butin. L’homme jette son chapeau en l’air et avant qu’il ne retombe, laisse siffler ses poings. Les malfaisants gisent à terre et il sifflote un air en secouant ses mains.

« Vous n’avez pas mal, au moins ? » questionne la fille, en malaxant  ses doigts, profitant de l’aubaine. Il semble apaisé et le profond de ses yeux clairs la réconfortent.

« Je partirais demain » lui répond-il en souriant...


*

Steve Mc Queen est un acteur de Cinéma né en 1930, qui fut lancé en 1958 par la série télé western « Au nom de la Loi », et en 1960 par le film « Les 7 Mercenaires ». Il a tourné ensuite de nombreux succès tels La Grande Evasion (1963), Le Kid de Cincinatti (1965), La Canonnière du Yang-Tsé (1966), L’Affaire Thomas Crown (1968), Bullitt (1968), Papillon (1973), et finit par Le Chasseur en 1980, l’année où il mourut .

mardi 5 juin 2012

Les Yeux dans les Seins


J’avais rendez-vous avec Zack et Iggy dans une taverne de Cancun, au doux nom de LE TABOURET CREOLE, au menu évocateur et donnant appétit. Ils étaient arrivés en premiers et mataient déjà la serveuse, Rita, qui les aguichait en remuant son popotin sous sa jupe arrondie de froufrous et tabliers.

« Alors les loustics, on vous serre juste la pince ou vous prenez quelque chose ?»

« Deux cafés. « lança Zack, en la zyeutant de la tête au pied pour lui faire honneur. 

Elle tourna les talons en imaginant dans son dos les yeux exorbités et les pensées fumeuses. Elle faisait de même avec les copines, quand passait un matou au petit cul rebondi et qu’elles se laissaient imaginer la longueur du barzingue coulissant. Elle amena les cafés rapidement, calculant un rythme de passage qui, si elle savait s’y prendre, les amènerait à laisser toutes leurs pièces d’or…Une main sur une hanche, elle balançait sa féminité en une croupe aguicheuse et facile qu’elle agrémentait d’un sourire ravageur. Au détour d’un va-et-vient aux cuisines, elle arrangeait son corsage en descendant au mieux le balconnet qui bientôt laisserait voir le plus profond de leurs espérances.

Je rejoignais mes deux amis et saluais la demoiselle. Des cigarettes écrasées et des tasses vides jonchaient déjà sur la nappe à carreau, traces de leur attente, et ils me saluèrent façon détachée comme si le seul spectacle qu’ils captaient de leurs antennes était cette Rita aux cheveux blonds qui allait et venait. J’étais moi-même sous son charme et je commandais dans la foulée quelques tournées de bière pour faire revenir la belle devant nos langues affamées.


Les coutures de la belle n’eurent plus de secrets pour nous au long d’une longue nuit blanche pendus aux allers et venues de Rita, et zigzaguant jusqu’à la porte au petit matin, nous lui dîmes au-revoir plongeant une dernière fois nos regards embrumés dans sa beauté et notre envie…


Photo du haut : Iggy Pop et Tom Waits, dans COFFEE AND CIGARETTES de Jim Jarmusch. (2003)

lundi 28 mai 2012

Le premier Amour


Allongé sur le dos, il se tord le cou à regarder l’orage qui tonne au dessus de lui. Son attente a lassé son esprit et il n’attend plus rien que la pluie.

Le héros à la barbe hurle quelques menaces au temps et aux dieux, semblant tenir tête aux éléments qui le ballottent à tous les vents.

Le jeune homme sourit de toutes ses dents comme aimant ces grosses gouttes qui s’égrènent sur lui comme la pendule du temps.

Sa chemise est trempée et ses cheveux rigolent, quand au dessus de lui apparait celle qui sans se l’avouer, il attendait.

Sa chevelure le frôle et son corps semble léger comme le temps arrêté. Ils échangent quelques mots sans importance et leurs yeux se racontent mille aventures qu’ils vont vivre enlacés, imaginant un monde où ils ne sont que deux.

Leurs peaux fraîches se goûtent doucement, mouillées de l’orage qui gronde. Leurs bouches s’approchent lentement, dégustant l’autre comme un festin aux saveurs sublimes et infinies.

Ils se caressent et se sentent, semblent faire l’amour en se foutant du monde, leurs langues se baladent et se mangent en tournoyant dans leurs palais de délices où plus rien ne compte que cet instant.


Des baisers interminables scellent un parchemin qui cimente leurs lèvres pour toujours et un amour qu’ils n’oublieront jamais…



J.R.




Regardez donc CINEMA PARADISO, ce film de Giuseppe Tornatore (1989) avec Philippe Noiret et Jacques Perrin (musique de Andrea et Ennio Morricone). Un film sur l'Amour et l'amour du Cinéma... :)



dimanche 20 mai 2012

Au bord du Lit


Sa peau plisse sur sa joue quand sa main se pose pour réfléchir où elle l’a mis.

Les draps entourent ses cuisses chaudes qui s’hérissent pour faire croire à l’automne.

Ses cheveux courts attirent l’œil et les mains qui la caressent en vague de succions goulues qui s’entrechoquent entre ses dents.

Son dos rebelle innerve sa colonne qui entonne un va-et-vient connu de ses nuits fauves.

Son duvet érectile attire ma main qui fait le tour de son bassin pour plonger dans son envie…



Une simple photo au bord du lit.

mardi 8 mai 2012

Quizas quizas Josépha ♪


Il était une fois une andalouse que j’avais rencontré sur le ponton d’un ami. Cherchant une mercerie sur le port que jamais elle ne trouva, la compagnie d’un Capitaine lui avait plu. J’aimais aussi sa robe rouge et les senteurs aimables de son décolleté me rappelaient des îles inconnues qu’on marque sur la carte se promettant d’y venir un jour…

Justement, la belle Josépha se morfondait d’un amour d’enfance parti loin au-delà des mers et qu’elle avait retrouvé un jour de foire à la Capitale d’un carrefour d'archipels. Elle l’avait perdu ensuite car il ne pouvait renoncer à sa vie et la famille qu’il avait fondé au fin fond d’un autre monde. Son histoire me toucha le cœur et je lui promettais de l’aider du mieux que je pus, joignant vite mon ami le Magicien, en demande d’un onguent réparateur ou d’un sortilège défiant la mémoire et le temps.

Ceci fait, j’invitais Josépha à grimper avec moi dans mon hamac spatio-temporel et la saupoudrais d’une herbe magique sentant bon la Provence et quelques autres senteurs aux vertus enchanteresses. Je combinais avec un autre tour de mon ami prestidigitateur, recommandé pour la réalisation des souhaits les plus fous. Josépha se retournait de temps en temps sentant la force de mon amitié et ferma les yeux en s’abandonnant toute entière…

Le charme opéra enfin et elle partit en un tourbillon magique qui la fit voyager dans le temps et la ramena à l’aube de sa vie pour y retrouver l’élu de son cœur. Cette fois-ci elle ne le lâcha plus et réalisa son rêve, abandonnant sans le savoir d’autres amours et d’autres vies.

Comme quoi, quand on le souhaite très fort et quand on rencontre aussi le destin via un Capitaine, on arrive toujours à ses fins…

Et quelquefois, les yeux en l’air, comme remerciant le ciel, son nouveau mari et ses cinq enfants, elle chantonne un air lancinant qui dit :


Siempre que te pregunto
Que, cuándo, cómo y dónde
Tú siempre me respondes
Quizás, quizás, quizás

Y así pasan los días
Y yo, desesperando
Y tú, tú contestando
Quizás, quizás, quizás

Estás perdiendo el tiempo
Pensando, pensando
Por lo que más tú quieras
¿Hasta cuándo? ¿Hasta cuándo?

Y así pasan los días
Y yo, desesperando
Y tú, tú contestando
Quizás, quizás, quizás

Estás perdiendo el tiempo
Pensando, pensando
Por lo que más tú quieras
¿Hasta cuándo? ¿Hasta cuándo?

Y así pasan los días
Y yo, desesperando
Y tú, tú contestando
Quizás, quizás, quizás...

Besos Josépha
Jack

Photo du haut : "Carmen" ElzBieta Brozek (Lien tableau )
Photo du bas : Toile Annick Bouvattier.



  •                                              Model: Triin @ Urban Model Management
                                                 Music: Sara Montiel



samedi 28 avril 2012

Aurélie, Marquise des Anges


Il y a des histoires qu’on invente et celles où on exagère un peu. Et puis il y a celles où les mots sont insuffisants à reproduire la réalité tant l’émotion est indescriptible et la passion hors du commun.

Nous filions ce jour-là, à bord d’une goélette de commerce afin d’assurer une livraison d’étoffes pour une riche marchande de Madagascar. Le Capitaine Longfellows profitait toujours de ces voyages mercantiles pour transporter quelque connaissance et assouvir ses appétits sexuels maritimes. La vie à bord résonnait donc des ébats du Capitaine et de la petite Aurélie quand nous fûmes abordés de mains de pirates au beau milieu de l’Océan Indien, passant au dessus de Sainte Clotilde, ville portuaire d’une île de la région…

Un grand Capitaine à la barbe rousse et au sabre sanguinaire décréta sien le contenu de la goélette, âmes comprises. « Barbe-rouge, le priapique » était son surnom. Etait-ce le sourire de la petite copine du commandant mais il sembla décontracter son cœur et il lui fit visiter sa cabine au lit à baldaquin. Les crissements du bois d’une longue journée d’attente nous racontèrent leurs coïts et leurs jouissances, du moins pensais-je qu’ils avaient fait copains, mais torturant Longfellows dont nous dûmes enduire de cire les pavillons auditifs pour soulager son orgueil et sa jalousie. Tel n’aurait pas fait Ulysse, mais chacun son destin.

Au bout de quelques semaines, la vie de l’équipage prisonnier s’était fondue dans celle des pirates en guise de domestiques, et nous pouvions aller et venir sans se faire remarquer. Ce qui me permit d’assister, de hublots en écoutilles à quelques épisodes érotiques de nos amants. Barbe-rouge et Aurélie étaient inséparables et la prisonnière semblait se donner bien du mal à assouvir tous les désirs de son hôte. Un peu pour l’empêcher d’exterminer sur un coup de tête tous ses otages mais aussi par passion et vice, car elle était bien plus qu’une courtisane, une marquise de l’amour, une pécheresse de l’Eden, une libertine de Cancun…

S’offrant au pirate priapique qui méritait bien son nom, elle s’ouvrait telle une huître exorbitant les yeux du matador de la mer, invitant ses gros doigts l’engainant et l’avalant ; farfouillant ses endroits les plus goûteux, elle devenait son addiction et il tomba sous les feux de l’amour, ceux d’Aurélie la gourmande, qui fit de lui un gâteau qu’elle mangea bout par bout jusqu’à le digérer en entier et l’absorber définitivement.

Un mois avait passé depuis la prise du navire école, et Barbe-rouge était tombé amoureux pour de bon de notre voyageuse. Longfellows lui, s’était fait une raison et voyait là un moyen de recouvrer la liberté prochainement. Quand Aurélie, un peu coquine, se mit en tête de s’amuser de son pouvoir sur le Pirate et se mit à le faire souffrir, comme profitant d’un sortilège de sorcière, ne pouvant s’empêcher entre mille plaisirs de l’amour, de tester son amour-propre  autant qu’elle le put…

Les hommes de l’équipage l’aimèrent un à un pour tester son pouvoir et Barbe-rouge si amoureux lui pardonna n’importe laquelle de ces extravagances. Même la nuit où je partageais la couche d’Aurélie sous les yeux même du priapique pirate…Ma langue était effilée comme celle d’un lézard des montagnes et il me semblait d’avoir un tentacule des mers qui allait exploser devant moi. La belle savait alors éteindre le feu qui me brûlait et sa gorge rafraichissante apaisait mon désir jusqu’à éteindre sa propre soif. Sa salive gainant mon corps de sa passion comme un bonbon au miel, je croisais les yeux fatigués de Barbe-rouge, profitant du corps d’Aurélie  autant que je le pus jusqu’au petit matin.

Comme attendu, le pirate rouge se lassa et même se laissa aller. Nous fumes un jour abordés par un autre vaisseau pirate qui nous libéra dans la foulée et emporta Aurélie pour tout butin. Laissant là Barbe-Rouge et ses hommes à leur dépression…Peyrac le pirate avait conquis le cœur de notre Aurélie qui tomba en amour devant sa balafre virile. On dit qu’ils vécurent un amour sans nom et milles aventures.

Mais ça, c’est une autre histoire…


Voilà Aurélie, quelques amours imaginaires ou prémonitoires qui sait…
Besos

Photos avec Michèle Mercier (et Robert Hossein, la 2ème). Extraites de la série Cinéma "Angélique, Marquise des Anges" 5 films de 1964 à 1968. (Et avec Jean Rochefort, Giuliano Gemma)

Ci-dessous, extrait musical d'Angélique.